Maléfique 2 : Le Pouvoir du Mal


Cinq ans après la sortie de Maléfique (Robert Stromberg, 2014) , la sorcière de Disney revient sur grand écran dans Maléfique : Le Pouvoir du mal (Joachim Rønning, 2019) un film bien plus guerrier qu’il n’y parait.

Aneglina Jolie est Maléfique (critique)

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Une méchante pas si méchante

Il y a cinq ans, la sorcière la plus iconique de Disney débarquait pour la première fois en prises de vues réelles au cinéma dans Maléfique (Robert Stromberg, 2014). Incarnée par Angelina Jolie, le personnage de Maléfique en imposait sévère avec ses pommettes saillantes, ses grandes ailes et ses cornes. Adaptation très libre de La Belle au bois dormant (1959), le récit avait pris l’option de développer le personnage de Maléfique en lui inventant un passé, celui d’une gentille fée vivant au royaume de la Lande qui se fait trahir et couper les ailes par son prétendant humain, le roi Stéphane. Sa vengeance sera terrible…Ou non. Après avoir maudit la fille du roi, Aurore (Elle Fanning), Maléfique se repent en la voyant devenir une jeune fille rayonnante, si bien qu’elle la sauve de la malédiction en lui donnant elle-même le baiser d’amour véritable qui la sort de son sommeil. Autant dire que cette nouvelle Maléfique bienveillante avait dérouté bon nombre de spectateurs à l’époque. Si on peut comprendre que Disney ait voulu s’éloigner du manichéisme souvent trop simpliste de ses dessins animés, il n’en restait pas moins surprenant de voir une méchante aussi emblématique dépeinte de manière si vulnérable.

Créature ailée dans le film Maléfique : Le Pouvoir du Mal (critique)

                            © The Walt Disney Company – DR

Le second film sorti cet octobre détourne encore davantage Maléfique de ses mauvais instincts malgré le titre évocateur Maléfique : Le Pouvoir du mal (encore pire en anglais, Maleficent : Mistress of Evil, soit “la maitresse du mal”). Si le long-métrage conserve la même scénariste, Linda Woolverton – une habituée des Disney – on retrouve cette fois le norvégien Joachim Rønning à la réalisation pour son premier projet en solo, lui qui travaille d’habitude en collaboration avec son compatriote Espen Sandberg, par exemple sur Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar (2017). Il est évidemment indéniable que l’aspect visuel est excellent – avec un budget de 185 millions de dollars ce serait quand même dommage. Que ce soit pour les créatures et décors féériques qui peuplent la Lande, les incroyables tenues et bijoux de la princesse Aurore, les effets spéciaux pendant les scènes de batailles, ou l’esthétique générale extrêmement soignée, l’objet vaut la peine d’être vu. Néanmoins, la caractérisation des personnages est cruellement limitée tandis que le scénario s’emmêle les pinceaux en voulant en faire trop. On y retrouve donc Aurore à ses 21 ans, désormais reine du royaume de la Lande et prête à épouser le prince Philippe du royaume d’Ulstead, l’occasion parfaite pour réunir le monde des fées et le monde des humains. Maléfique, très protectrice, ne saute pas de joie à l’idée de ce mariage mais accepte quand même l’invitation à dîner au château des parents de Philippe. C’est là qu’elle rencontre le roi Jean et surtout la reine Ingrith, incarnée par l’indétrônable Michelle Pfeiffer. La vraie méchante, la vraie maitresse du mal, c’est bien elle, et non pas Maléfique. Ingrith n’a aucune intention d’instaurer la paix entre les deux royaumes ; bien au contraire elle prépare tout un arsenal de guerre dans les caves du château pour anéantir les créatures féériques de la Lande et ainsi étendre son pouvoir.

Michelle Pfeiffer en Reine Ingrith dans le film Maléfique : Le Pouvoir du Mal (critique)

                         © The Walt Disney Company – DR

Pour le reste, je vais me risquer à spoiler, vous êtes prévenus ! Quand le dîner vire au règlement de comptes, Maléfique, accusée de tous les maux malgré son innocence, prend la fuite et trouve refuge chez une vaste tribu de fées vouées à l’exil par les humains. Ces fées qui arborent les mêmes caractéristiques physiques que Maléfique sont la grosse (et mauvaise) surprise du film, d’autant plus que leur existence ouvre la porte à une mythologie sans queue ni tête. À croire que la rivalité entre la Lande et les humains ne suffisait pas – peut-être trop similaire au premier opus – la tension dramatique se voit démultipliée par l’ajout de ces créatures bien décidées à reconquérir leurs terres. Le problème, c’est qu’avec ces nouveaux personnages, tous plus guerriers les uns que les autres, Maléfique n’existe plus. Malgré le titre du long-métrage, elle se voit souvent refoulée au second plan, derrière la reine Ingrith qui est au final la véritable héroïne. Malgré son charisme, Angelina Jolie fait pâle figure (sans mauvais jeu de mots) face à Michelle Pfeiffer qui joue son rôle à fond et éclipse ainsi tous ses comparses – Elle Fanning est malheureusement elle aussi totalement transparente, et que dire des autres acteurs…Les complots machiavéliques et les scènes de guerres occupent la plus grande partie du récit, maladroitement entrecoupés d’élans comiques qui tombent à plat. On est loin de l’esprit Disney des autres productions en prises de vues réelles. En ce sens, Maléfique : Le Pouvoir du mal ressemble davantage à Blanche Neige et le chasseur de Rupert Sanders (2012) et je ne sais pas si c’est un compliment. 


A propos de Emma Ben Hadj

Étudiante de doctorat et enseignante à l’université de Pittsburgh, Emma commence actuellement l’écriture de sa thèse sur l’industrie des films d’horreur en France. Étrangement fascinée par les femmes cannibales au cinéma, elle n’a pourtant aucune intention de reproduire ces méfaits dans la vraie vie. Enfin, il ne faut jamais dire jamais.

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