La Revanche des Mortes-Vivantes


L’éditeur Le Chat qui Fume offre à un certain cinéma d’exploitation français une nouvelle visibilité mérité. Avant de découvrir leurs précieuses restaurations des films de Claude Mulot, on a pu découvrir le travail remarquable effectué sur l’édition Blu-Ray de La Revanche des Mortes-Vivantes de Pierre B. Reinhard (1987)

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Les Produits Laitiers sont nos amis pour la vie

Si le nom de Pierre B. Reinhard n’a pas véritablement marqué l’histoire officielle du cinéma français, il reste bien connu des amateurs de cinéma d’exploitation hexagonal. Comme beaucoup de ses confrères de l’époque qui s’étaient essayés aux cinémas de genres, Reinhard est d’abord passé par la cour d’école qu’était l’industrie du cinéma pornographique, où il fit ses armes en tant qu’assistant, chef monteur puis réalisateur. Au début des années quatre-vingt, il tourne plusieurs longs-métrages pornographiques aux titres aussi évocateurs que drôlatiques : Entre cuisse (1977), Le Pensionnat des Petites Salopes (1982), Dressage (1986) ou la comédie érotique Le Diable Rose (1986). Toutes ces bobines furent produites par Jean-Claude Roy, l’un des producteurs les plus intrépides sur le terrain de la série B francophones et qui finit par lui proposer de réaliser un film fantastique (ou presque) intitulé La Revanche des Mortes-Vivantes (1987). Le projet suivait alors le déferlement zombie qui inondait les cinématographies du monde entier, surfant sur le succès des premiers travaux de George A. Romero. Si en Italie notamment, Lucio Fulci s’était attelé au genre avec L’Enfer des Zombie (1979), la France ne fut pas en reste avec notamment les œuvres de Jean Rollin, qui quittait un temps le film de vampire pour illustrer, à sa façon, la thématique du zombie : Les Raisins de la Mort (1978), Le Lac des Morts-Vivants (1981), La Morte-Vivante (1982).

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Le récit commence par une séquence assez énigmatique où un motard déverse dans un camion de laitier un produit toxique. Peu de temps après, trois jeunes femmes qui ont consommé ce lait contaminé meurent dans d’atroces souffrances. Très vite, l’intrigue nous apprend que tout cela est orchestré par la secrétaire du patron de l’usine de lait, afin de le faire chanter. Derrière cette histoire de morts-vivants se dévoile donc en filigrane une dimension écologique en avance sur son temps englobé dans une atmosphère de thriller érotique. Ce n’est qu’un peu plus tard que les victimes du lait toxique vont se révéler mortes-vivantes, réveillées d’outre-tombe par le déversement du fameux produit toxique dans le cimetière dans lequel elles ont été enterrées. S’enchaîne alors une vendetta durant laquelle nos trois mortes-vivantes vont se mettre en chasse pour éliminer un à un tous ceux qui ont une part de responsabilité dans leur mort. Cette déferlante vengeresse permet à Pierre B. Reinhard de s’amuser comme un petit fou avec quelques séquences gores, entre émasculation et mort via pénétration.

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Si La Revanche des Mortes Vivantes n’échappe pas aux principaux écueils des films d’exploitation – scénario alambiqué, interprétations parfois discutables, manque criant de moyens financiers – on ne peut que souligner le travail du regretté Benoît Lestang. Considéré, à juste raison, comme l’un des précurseurs des effets de maquillage en France. Lorsqu’il signe les prothèses et effets gores de La Revanche des Mortes-Vivantes (1987) il n’est alors qu’un jeune débutant, ayant simplement fait ses armes sur La Morte Vivante (1982) de Jean Rollin. Si ses effets sur le film de Pierre B. Reinhard sont assez exceptionnels, Lestang développera une carrière de maquilleur qui force le respect. On le verra notamment donner vie aux délires de Frank Henenlotter – avec qui nous avions mené un entretien à lire ou relire – pour Elmer, le remue-méninges (1987) l’un des grands films cultes du cinéma bis new-yorkais. Autres faits d’armes remarquables du bonhomme, ses nombreux effets visibles ou invisibles dans, entre beaucoup d’autres, Lune de Fiel (Roman Polanski, 1992), La Cité des Enfants Perdus (Caro/Jeunet, 1995), Le Pacte des Loups (Christophe Gans, 2001), Brocéliande (Doug Headline, 2002) et bien sûr Martyrs (Pascal Laugier, 2008) dont Benoît Lestang n’a pu savourer le succès d’estime, se donnant la mort avant la sortie en salles de ce film qui fit tant polémique, en grande partie à cause de l’ultra-réalisme des maquillages gores.

Assez logiquement, cette édition blu-ray, très riche en suppléments, offre un hommage appuyé au génie de Benoît Lestang, avec un entretien chargé d’émotion avec son ami Christophe Lemaire, un très amusant entretien croisé entre le gouailleur Jean-Claude Roy et le maquilleur Benoît Lestang, qui enchaînent les blagues très premier degré avec une certaine malice, et enfin, une visite guidée de l’atelier de Lestang par lui-même, tournée avant la sortie de Martyrs et donc quelques temps seulement avant sa disparition tragique. A ces bonus déjà copieux, s’ajoutent un entretien passionnant avec le réalisateur Pierre B. Reinhard, dans lequel il raconte, outre de savoureux souvenirs du tournage, son parcours dans le cinéma pornographique et la crise qui toucha le milieu au début des années 1980. Une édition qui passe du parfait au sublime en étant complétée par une galette supplémentaire qui n’est autre que la bande originale du film composée par Christopher Ried, déjà disponible en vinyle chez Omega Production Records. Comme souvent, et ça n’étonnera personne, la nouvelle volute du Chat qui fume s’impose, une fois n’est pas coutume, comme une énième édition de prestige à en faire pâlir la concurrence.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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