The Revenant 5


De nouveau, Alejandro Gonzales Iñarritu vient poser sa marque sur le septième art, un an après l’oscarisé et multi-prisé Birdman (2015). Se concentrant sur un monde plus hostile que ceux de ses anciens films, le réalisateur propose une traversée épique agrémentée d’un mélange des genres, bouleversant ce début d’année.

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Qui d’autre que le cinéma aime dépeindre la (sur)vie de héros hors du commun, suant sang et eau pour parvenir à leur but ultime. Nous-mêmes, simples spectateurs, les adorons, ne nous le cachons pas. Quelle ne fut pas ma joie lorsque je me rendis compte que j’allais passer deux heures trente en tête à tête avec un Leonardo DiCaprio rampant, crachant et vociférant, n’ayant que pour mot d’ordre la vengeance. L’histoire n’est pas originale, ayant déjà fait le sujet du film Le convoi sauvage de Richard C. Sarafian (1971). Grossièrement inspiré de faits réels, le film narre le trépidant voyage du trappeur Hugh Glass, attaqué par un grizzli et laissé pour mort par les hommes qu’il devait raccompagner au Fort Kiowa, à plus de 300 kilomètres de là. Sur sa paillasse de mort, il assiste impuissant au meurtre de son fils (sa bataille) par Fitzgerald, un trappeur en charge de veiller sur lui, incarné par un Tom Hardy quelque peu poussif. S’ensuit une traversée douloureuse en territoires indiens, où moult péripéties attendent notre valeureux trappeur. Le décor est posé.

2The Revenant ne se contente pas de narrer une histoire, mais se révèle être un véritable exercice de style, où trois facettes importantes du film de genre viennent se mêler pour un résultat optimal et très divertissant. Le western ouvre le film avec une séquence impressionnante et violente, dans laquelle le groupe de trappeurs subit une attaque surprise d’indiens hostiles. Le spectateur n’a pas encore fait connaissance avec les personnages que les corps tombent déjà un à un, mutilés, nous plongeant dans la froideur d’un combat d’anonymes. Arrive la phase survival, où notre trappeur se retrouve seul, déchiré, mourant, contre tous les éléments pouvant se présenter à lui. Phase marquée par le fameux affrontement entre Glass et une maman grizzli, qui tout comme lui, ne cherche qu’à protéger sa progéniture. Si la scène s’avère très impressionnante, elle n’en bascule pas moins dans le trash ou le gore, gardant plutôt ce côté spectaculaire à couper le souffle. Les Indiens, l’Amérique sauvage, la nature hostile… L’univers est suffisamment dense pour proposer une base narrative solide, emplie de péripéties et rebondissements, où chaque être vivant est un potentiel danger. Le revenge movie vient (enfin) boucler le tableau. Glass retrouve les hommes qui l’avaient abandonné et part à la recherche du meurtrier de son fils. Un final plutôt court, s’achevant sur l’affrontement entre Léo et Tom qui s’en donnent à cœur joie, dans une séquence sanglante. Un plan vient illustrer toute la puissance du film, celui d’un Indien sauveur de Hugh Glass, retrouvé pendu avec autour du cou la pancarte inscrite en lettres de sang « Nous sommes tous des sauvages ». Une dimension quasi-religieuse vient alors bouleverser la vision du film, entre pseudo-résurrection du héros et hallucinations dignes d’apparitions bibliques, retranscrites à travers les flashbacks d’Hugh Glass. Qui mérite le pardon, la rédemption, la paix ? Personne, ni trappeur, ni indiens.

3L’aspect technique de The Revenant n’est pas négligeable dans sa réussite, et constitue sans doute l’argument de force du film. Iñarritu fait de nouveau appel au directeur de la photographie Emmanuel Lubezki, pointure dans son milieu, ayant déjà travaillé sur Birdman. Les paysages défilent, tous plus sublimes les uns que les autres, Lubezki affirmant que chacun d’entre eux a été tourné en lumière naturelle. L’ensemble des plans -séquences reste tout autant impressionnant, de par la complexité de certaines scènes (l’attaque de l’ours et le combat final entres autres), impliquant une mise en scène millimétrée et un travail d’acteur colossal. Le casting reste très bon, exclusivement masculin, Léo au sommet de son art, bredouillant et vociférant son Oscar, Tom Hardy un peu trop impliqué, au personnage tellement exécrable qu’il en devient parfois exagéré. Les rejoignent le jeune et très convaincant Will Poulter ainsi que Domhnall Gleeson, troquant son costume d’amiral de Star Wars : Le Reveil de la Force contre celui de capitaine colon. Si l’ensemble peut paraître alléchant, le film traîne en longueur, lui donnant davantage des airs de documentaire National Geographic que de survival. La caméra se veut par-dessus proche des corps, subissant sueur, crachas sanglants et buée, pas vraiment original, parfois un peu too much pour un film qui se veut finalement si épuré.

Certains auront trouvé The Revenant en dessous des précédentes réalisations d’Iñarritu, il ne fait pourtant que confirmer un certain talent et le travail titanesque d’une équipe soigneusement sélectionnée. Le film n’a aujourd’hui plus rien à prouver, élu Meilleur film aux BAFTA 2016, Meilleur réalisateur et Leonardo DiCaprio sacré Meilleur acteur masculin (enfin !) aux Oscars… The Revenant s’inscrit dans la longue lignée des films de genre hybrides ne pouvant nous laisser indifférent.


A propos de Jade Vincent

Jeune sorcière attendant toujours sa lettre de Poudlard, Jade se contente pour le moment de la magie du cinéma. Fan absolue de Jurassic Park, Robin Williams et Sono Sion, elle espère pouvoir un jour apporter sa pierre à l'édifice du septième art en tant que scénariste. Les rumeurs prétendent qu'elle voue un culte non assumé aux found-footages, mais chut... Ses spécialités sont le cinéma japonais et asiatique en général.


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