I Am Bruce Lee


Elephant Films a récemment porté à notre connaissance un documentaire télévisuel (et ça se sent) sur l’immortel Bruce Lee, intitulé « I Am Bruce Lee ». Retour sur l’édition DVD de ce docu vivant s’il en est.

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Bruce tout puissant

Je ne vais pas ajouter une couche sur le vernis brucelee-ien, même si comme une majorité de petits garçons, j’y suis moi aussi allé de mon admiration et de mes hurlements en imitation, et même si comme tous les autres j’ai dû friser le ridicule, voire le bouffer complet. Il est probable que Bruce Lee et son mythe n’aient aucun équivalent, de par la richesse de sa personnalité, de son existence, de ses idées et positions politiques ou philosophiques (on y reviendra, vous en faites pas) et en plus du fait qu’il réunit tout ça en étant un visage de médias de masse, la télévision d’abord puis le cinéma. En gros, le mec fait un strike. Néanmoins, on peut être surpris du nombre de documentaires sérieux ou de biopics (un seul en 1993 et plutôt moyen : Dragon, l’histoire de Bruce Lee de Rob Cohen) sur un personnage qui est par contre nettement plus décortiqué par la voie littéraire, avec moult biographies, récits de vie, analyses etc. Si Bruce Lee avait assez de profondeur pour en faire le sujet thumbnail_6179de plusieurs livres, il est bel et bien étonnant de constater que le cinéma n’a pas davantage récupéré son rejeton du film d’action et d’art martial, devenu après sa mort ni plus ni moins qu’une des plus grandes figures de la culture populaire mondiale.

Faute de mieux, ce n’est pas le cinéma qui nous fournit ce I Am Bruce Lee mais la chaîne de télévision Spike et le réalisateur Pete McCormack, auteur d’un précédent et apprécié Facing Ali (2009). On ne pourra reprocher au documentaire son dynamisme dû au nombre et à la diversité de ses intervenants, à un montage alerte, l’emploi d’images d’archives intéressantes (le premier casting de Bruce Lee..) et une « décoration » graphique vivante. La chronologie de la vie de l’acteur est respectée, d’une enfance star à Hong Kong à sa disparition en 1973, mais la construction lui fait plusieurs entorses thématiques, à l’image de traits parallèles, qui partent d’un élément de la vie de Bruce Lee pour embrasser un sujet qui parvient jusqu’à nous. C’est ainsi qu’on aura, en abordant La fureur du dragon (Bruce Lee, 1972) et le combat avec Chuck Norris, une parenthèse sur la portée politique des films avec de ou avec Bruce Lee, et une analyse pertinente de son rapport à l’autorité, à la domination de l’étranger (issue de son enfance dans une zone occupée par les Japonais), et forcément, à cette époque, à la fois à la considération des ethnies7590_5 (les Black Panthers sont au top en 1971) et de l’impérialisme en opposition au tiers-monde, duquel il est devenu un symbole. Passionnant et assez limpide finalement, en repensant à plusieurs scènes de sa filmographie.

Adapté au format télévisuel, I Am Bruce Lee est conçu comme un divertissement didactique limpide et sautillant, au milieu duquel on imagine sans peine une page (ou plusieurs) pages de pubs… Quand on a pas l’impression qu’elles sont carrément incluses dans le film. En effet, un long chapitre est réservé au lien éventuel et contesté entre l’apport de Bruce Lee aux arts martiaux, basé une réunion de plusieurs disciplines 71Lc3JIUHXL._SL1500_au-delà des styles (on apprend notamment sa fascination pour l’escrime) et le Mixed Martial Arts, truc de bourrin régi par l’UFC et qui était alors diffusé sur…Tiens, Spike. Heureusement, à part les témoignages des combattants UFC et du directeur de l’organisation, ceux de la veuve de Lee, de sa fille, de sa nièce, de Mickey Rourke ou de Kobe Bryant paraissent plus désintéressés et surtout plus intrigants, bien que je ne suis pas du tout certain que les fans de Bruce Lee, dont je ne fais pas partie, y apprennent quelque chose de dingue. Il suffit de voir comme la dimension polémique de la mort de Bruce Lee est traitée par dessus la jambe, quand la raison de l’abandon du tournage du Jeu de la Mort (Robert Clouse, 1972) est carrément inabordée (si on ignore son interruption, on pense même qu’il a été mené à son terme, normal).

Au rayon des boni, Elephant Films fait dans le fan service, avec des documents vidéo du maître martial tels que l’entraînement ou son premier casting, ainsi qu’une galerie de photos dont même les fans pourront se dispenser, objectivement. Un minimum relatif, qui correspond au film qu’ils accompagnent.


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.

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