Les Chevaliers du Zodiaque – La Légende du Sanctuaire 1


Moi-même j’ai du mal à le croire, mais Saint Seiya est revenu en 2014 sous la forme d’un film d’animation en images de synthèses. Réalisé par Keiichi Sato (Karas, Tiger & Bunny, Black Butler) et produit par Yosuke Asama (Albator Corsaire de l’Espace, 2013) et Masami Kurama (auteur du manga original), le film n’est pas passé inaperçu pour les fans de la licence. Retour sur le film à l’occasion de sa sortie en vidéo chez Wild Side.

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“Le chevalier d’or, et personne ne devrait le réveiller”

Les rumeurs à son sujet remontent au moins jusqu’en 2010, lorsque j’apprenais au détour d’une discussion avec un gérant de magasin amiennois qu’un film Saint Seiya en images de synthèse était en préparation. Alors que ce genre de modernisation ne s’est jamais opérée en la faveur d’aucune série d’animation à ce jour, nous étions en droit de craindre le pire… Et “pire” n’est qu’un doux euphémisme, un peu comme “Terminator Genisys était dispensable”. Cinq années plus tard, j’ai vu Saint Seiya : Legends of Sanctuary et j’ai à nouveau envie de me réfugier dans mon adolescence pour ne plus jamais en sortir (entre l’appareil dentaire, l’acné et les fringues moches, laissez-moi vous dire que ce n’est pas quelque chose que je dis à la légère).saintseiya (2)

Tout d’abord, je ne me vois pas entamer cet article sans aborder mon rapport aux Chevaliers du Zodiaque. Un peu comme Nicky Larson, Ken le Survivant et Dragon Ball Z, nous parlons là d’un dessin animé à côté duquel peu d’entre nous ont pu passer. On pouvait ne pas aimer et même ignorer totalement cette série (mais ça donne mauvaise haleine), cependant, les Chevaliers du Zodiaque sont indéniablement un des dessins animés majeurs de l’arrivée de la japanimation en France. Et même plus généralement, à l’instar des séries citées plus haut, il repose sur les bases les plus pures du shonen, un genre qui désigne littéralement ces mangas pour adolescents. Autrement dit, ça va raconter comment une bande de jeunes garçons vont devoir se surpasser tous les trois épisodes pour affronter des ennemis toujours plus puissants. C’est peu engageant dit ainsi, mais Saint Seiya c’était tout de même plus que ça. Certes, il y avait du gnangnan, des comportements bien clichés et l’issue des combats ne faisaient que rarement plus d’un pli. Mais à côté de ça, c’était la magie, un univers absolument dingue, une imagerie inoubliable et des moments d’une beauté à en laisser tomber sa cuillère pleine de chocapic dans le bol. En effet, au cadre de la mythologie grecque dans lequel Masami Kuramada avait choisi de dérouler l’action s’ajoutaient des personnages absolument géniaux et l’intrigue ainsi que la mise en scène rendaient certaines scènes absolument mythiques. Le dessin animé qui a découlé de ce manga dans les années 80 a magnifié chacun de ces aspects, grâce au chara-design de Shingo Araki (décédé en 2013), aux techniques d’animations propres aux japonais à l’époque et enfin grâce à une bande-son qui résonne encore dans les oreilles de qui lèvera les yeux vers la voûte céleste, en scrutant les constellations pour retrouver son signe du zodiaque avant de se rappeler qu’il est poisson. Bref, un peu comme tous ceux qui ont eu la chance d’apprécier chacun des moments passés devant les épisodes de Saint Seiya, c’est resté pour moi une série sacrée, et pas seulement pour ses nsaintseiya (3)ombreuses qualités objectives.

Avec ça en tête, je me demande encore comment j’ai pu résister à l’envie d’aller moi-même couler l’Archipel lorsque j’ai vu le premier trailer du fameux film en CGI qui a malheureusement confirmé toutes mes craintes à son égard. À tous les clichés étalés par Saint Seiya de base au niveau de ses personnages, ils ont cru bon de rajouter encore une pelletée de fautes de goût en termes de chara-design et de mise en scène. Attention, rien de typique de l’époque hein. Non, il s’agit là de retrouver touuuutes les conventions, les lieux communs, les codes visuels et sonores des productions post-2000 de la japanimation. Et ce n’est pas glorieux, car admettons que ma méconnaissance de cette production m’en biaise la perception, je me suis surtout éloigné des mangas et des animes parce que j’étais lassé de toutes cette niaiserie, des représentations stupides voire misogynes des auteurs, de ces fausses ficelles narratives et de tous ces chara-design issus du même moule.

Mais à la rigueur, ça ne concerne que moi après tout… Non, là où le problème se pose, c’est quand on soulève une question simple : Pourquoi moderniser ce qui était déjà très bien à l’époque ? Le pognon, pardi, nous ne sommes pas dupes. Mais alors pourquoi ça fonctionne ? Parce que les gens payent. Ah. À l’instar de l’industrie du Jeu Vidéo, le Cinéma connaît le même phénomène où des productions consacrent un pognon monstrueux pour nous vendre des remakes. Que Gus Van Sant reprenne Psycho à sa façon, soit, que l’on nous redonne la chance de profiter de Titanic sur grand écran en 3D, pourquoi pas… Sauf que les raisons appelées ne sont que rarement admissibles. Quand on ne frôle pas le foutage de gueule avec le coup de “l’hommage”, c’est celui de “l’opportunité pour les nouvelles générations de s’intéresser à d’anciens chef d’œuvres”. C’est renier ce qui a rendu possible l’émergence de ces œuvres que de penser saintseiya (4)qu’un ravalement de façade et une adaptation selon les techniques actuelles peuvent rendre service à notre environnement culturel. Toutefois, le nouveau produit ne remplace pas systématiquement le précédent, c’est pour cette raison que le sempiternel argument régulièrement brandi par les opposants aux adaptations cinématographiques ou aux remakes en tout genre “Ils massacrent l’œuvre originale” ne m’a jamais convenu. Toutefois, en vendant une arnaque comme Saint Seiya : Legend of Sanctuary, ils s’exposent à nos plumes. Et notre rôle, en tant que consommateurs quand un produit ou qu’une tendance ne nous semble pas correct, c’est de ne pas approuver leur démarche avec notre blé.

Comparer l’histoire du film et le déroulement de la série (ou du manga) serait bien trop fastidieux. Il en reprend les grandes lignes, les arrange comme on assaisonnerait mollement un plat de pâte après un soir de cuite et conclue en nous balançant à la tronche un vieux final que j’ai très personnellement interprété ainsi “Regardez comme on s’en balance de la cohérence des personnages et de l’univers : bouffe mes CGI !”.

Le film s’ouvre sur un affrontement entre trois chevaliers d’or, l’un d’eux étant en fuite avec un couffin dans les bras. Les trois chevaliers s’avèrent être bien connus des fans, Saga des Gémeaux, Shura du Capricorn et Aiolos du Sagittaire. Le combat ne tournant pas à l’avantage de ce dernier, il s’écrase dans le massif de l’Himalaya. Peu de temps après, trois types qui faisaient une expédition passent par là, et l’un saintseiya (5)d’eux, Mitsumasa Kido se voit remettre l’enfant par le chevalier mourant. Avant de rendre son dernier souffle, il lui explique qu’elle est la réincarnation d’Athéna, que le grand Pope cherche à l’éliminer et que dans 16 ans, 5 jeunes hommes viendront la protéger. Nous voilà alors 16 ans plus tard. Après un deuxième flashback déjà formidablement niais, on retrouve Saori conduite par son chauffeur (présent pendant l’expédition). Celui-ci lui explique “alors au fait, tu as des pouvoirs magique, ça s’appelle le cosmos. Maintenant que t’as 16 ans et que t’as passé suffisamment de temps à te demander d’où te venait ce halo doré autour de tes mains, voilà l’histoire. Sinon en Grèce, y avait Athéna, c’était une déesse vachement juste et sympa et elle avait des gardiens qu’on appelait les chevaliers du zodiaque, leur esprit combatif c’était justement le cosmos. Ils étaient choisis pour la protéger, et votre grand-père est parti à leur recherche. Et oui, Athéna c’est vous, d’ailleurs attendez-moi une minute, on va s’arrêter sur l’aire d’autoroute j’ai une méchante envie de m’acheter un paquet de Balistos au franprix.” Alors qu’elle venait de se remettre de sa -tête de fille d’animée choquée n°32-, ils se font attaquer sur l’autoroute. Arrivent alors quatre chevaliers de bronze, Seiyar de Pégase, Hyoga du Cygne, Shiryu du Dragon et Shun d’Andromède. La tournure des événements fera qu’ils se rendront tous au Sanctuaire pour corriger le Grand Pope qui en veut à la vie d’Athéna.

Comme dans le dessin animé, quoi. Sauf qu’au lieu de durer 80 épisodes, tout est condensé en une petite heure. La quintessence de Saint Seiya, à savoir les affrontements contre les chevaliers d’or est ici réduit à “bon, si il ne nous laisse pas passer, on le tue en deux-deux.” Bref, ça n’a aucun intérêt car si on ne connaît pas la série de base, tout va trop vite pour comprendre qui est qui, et si on a tout lu et regardé 50 fois, on s’étrangle devant la tournure de certains combats. Et pourtant, dans le fond, la chronologie des événements est plus ou moins respectée : Ce sont les mêmes chevaliers d’or qui s’allient à nos héros, ce sont les mêmes qui sont sous l’emprise du Grand Pope, ce sont les mêmes qui se doutent de ses mauvaises intentions mais qui veulent quand même la bagarre, etc. Dans tous les cas, en terme de narration, l’intérêt de tout ce remaniement est nul. C’est alors que je me suis quand même demandé ce que je pouvais bien trouver d’autre.

saintseiya (6)Et il se trouve que malgré tout, il y a quelques aspects à sauver de Saint Seiya Legends of Sanctuary. D’abord, puisque non contents d’avoir honteusement simplifié l’histoire ils se sont aussi fendus de quelques nouveautés, je me suis surpris à trouver idées bienvenues. Faire de Milo du Scorpion un personnage féminin me semble plutôt bien vu, puisqu’elle est d’une part assez réussie, et surtout la série de base ne comporte qu’assez peu de femmes dans son histoire. De même, la découverte du chevalier Deathmask du Cancer n’a rien à voir avec celle du manga original. En effet, c’est au cours d’un passage chanté, d’une chorégraphie grotesque et au sein d’une imagerie très burtonienne que le chevalier d’or se présente à nos héros. C’est audacieux, ça n’a rien à voir avec l’esprit de base, mais c’est peut-être le seul moment où ils ont donné l’impression de partir dans leur propre délire (après si on me demande, je trouve que ça craint. Mais de toute façon, personne n’a jamais aimé Deathmask). D’un point de vue purement audio-visuel, on se fade une esthétique “cinématique de Final Fantasy” ma foi assez convenue au cours du film. Toutefois, la mise en scène des attaques spéciales et des animations d’armures sont vraiment réussies et tirent vraiment parti de codes plus récents dans la fiction japonaise en ce qui concerne les scènes d’action. (Au passage, le redesign des armures, leur aspect plus mécanique est fortement influencé par Kei’ichi Sato qui a œuvré dans de nombreuses séries de mecha). De même, j’ai trouvé intéressant la façon dont ils ont esthétisé le Sanctuaire. Quitte à faire du neuf qui ne plaira pas à tout le monde, autant se lâcher. Et l’imagerie déployée donne un mélange entre science-fiction et mythologie grecque plutôt réussi. Dommage que dans un film aussi court, il ne soit pas exploré ni mis en valeur, car on ne se l’approprie pas comme dans la série originale, on a juste à peine le temps de remarquer tout ce qu’ils ont changé que les scènes repassent en intérieur. Musicalement, le film ne tient pas la comparaison avec la légendaire bande-son du dessin animé, cependant ce sont plutôt les bruitages qui vont attirer l’attention. Et de ce point de vue, le sound design a vraiment été poussé loin et contribue largement à sauver la plastique du film. Dans la même continuité, j’ai trouvé le doublage français absolument convenable à ma grande surprise.

saintseiya (7)En tout cas, le film étant récemment sorti en DVD et Bluray chez Wild Side, il vous est facilement accessible. Il comprend deux bonus fort intéressants à mon sens, une interview de Kei’ichi Sato, et une autre abordant “la génération Saint Seiya” d’après trois intervenants. Grégoire Hellot (Directeur des éditions Kurokawa), Cédric Littardi (Fondateur des labels Kazé et @Anime) et enfin, le sempiternel Bernard Minet. Celui dont le nom est indissociable des Chevaliers du Zodiaque pour nous autres français.

Question, faut-il moderniser ou ressortir à outrance les vieilles gloires d’un passé pas si lointain ? Je ne conseillerai à aucun néophyte le visionnage de ce film. Les mangas et la série anime ont connu de récentes éditions parfaitement adaptées aux besoins actuels en termes de confort. Aucune raison de se priver. Le film peut toutefois faire office de bonus, et pour peu que vous soyez indulgent, je pense que sous ses airs d’imposture culturelle il y a quelque chose à en retenir. Pas grand chose, mais faites un effort.

Nicolas Dewit


A propos de Nicolas Dewit

Maître Pokémon depuis 1999, Nicolas est aussi champion de France du "Comme ta mère" discipline qu'il a lui même inventé. Né le même jour que Jean Rollin, il espère être sa réincarnation. On sait désormais de source sure , qu'il est l'homme qui a inspiré le personnage du Dresseur "Pêcheur Miguel" dans Pokemon Rouge. Son penchant pour les jeux vidéoludiques en fait un peu notre spécialiste des adaptations cinématographiques de cet art du pauvre, tout comme des animés japonaises pré-Jacques Chirac, sans vraiment assumer.


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