La mariée sanglante 2


L’un des chefs-d’œuvre du cinéma bis espagnol débarque enfin en DVD ! La mariée sanglante, réalisé en 1972 par Vicente Aranda, s’offre enfin une seconde vie en France grâce à Artus Films.

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Mariage pour toutes ?

En 1972 en Espagne, le gouvernement franquiste allait bientôt toucher à sa fin. Depuis quelques années, un groupe de cinéastes, désigné sous le nom d’Ecole de Barcelone, parle de la dure réalité de leur pays en utilisant l’allégorie. Vicente Aranda est l’un de ceux-ci, sans doute le principal représentant de cette Ecole de Barcelone, caractérisé par un univers et un langage à la croisée du cinéma expérimental et du film d’exploitation ; La mariée sanglante, son quatrième film, est sans aucun doute le plus célèbre de cette période. Un film choc, bizarre mais intelligent, qui n’hésite pas à donner dans le gore le plus cru et dans l’érotisme le plus déviant. Inspiré, comme la trilogie Karnstein produite par la Hammer entre 1970 et 1971 (dont un seul volet, Les sévices de Dracula, a pu être distribué en France), par le Carmilla de Sheridan Le Fanu, le long métrage de Vicente Aranda raconte l’histoire de Susan (Maribel Martin), jeune femme à peine mariée avec un noble (Simon Andreu), en proie à des cauchemars terribles dans lesquels elle commet des exactions extrêmement violentes, sur l’ordre d’une femme. Mais un jour, au château, elle reconnaît la femme de ses rêves, Carmilla (Alexandra Bastedo), sauvée de la mort par son mari…lamarieesanglante

Il semble que Carmilla ait été redécouvert au début des années 1970, à une époque où l’homosexualité et l’amour saphique n’étaient plus un problème dans une œuvre d’art. Un problème encore moindre pour un film de série B, vous pensez bien. La Hammer propose ses premières scènes érotiques et Vicente Aranda, de son côté, s’inspire du roman de Sheridan Le Fanu pour livrer une féroce charge féministe et clairement contre le mariage traditionnel. Un film engagé, donc, à un moment où la faiblesse physique du Caudillo n’était pas une entrave à la dureté de sa politique, mais à un moment aussi où le film d’horreur espagnol vivait ce que l’on peut désigner sous le nom d’« âge d’or ». Ici, le mythe du vampire est presque entièrement réinventé, l’absence de pieux, de crucifix et d’ail laissant la place à une série de rêves morbides et violents, à des morsures, à un amour lesbien et une haine de plus en plus profonde envers les hommes. Le film est magnifique, aspirant à se placer bien au-dessus des nombreuses productions de série B grâce à un langage digne du plus grand cinéma d’art et essai : les séquences gore (sans doute les plus extrêmes à l’époque) et oniriques, réalisées avec un talent immense, rappellent Argento, Polanski ou Hitchcock. Parmi celles-ci, la scène dans laquelle le mari de Susan découvrant Mircalla, nue, enfouie dans le sable, se place parmi les plus surréalistes de l’histoire du cinéma. Aranda, cinéaste engagé, utilise aussi le rêve comme moyen d’exprimer l’impensable dans l’Espagne du général Franco ; Mariée-3Det si la femme, dans les rêves les plus violents, prend le dessus sur l’homme, la réalité est bien différente, le machisme étant une norme masculine et la répression des pulsions, des volontés et des fantasmes féminins par la gent masculine étant inéluctable…

La mariée sanglante n’est pas, à proprement parler, un film d’horreur : il s’agit plutôt d’un grand drame féministe – certes réalisé par un homme, mais Catherine Breillat n’est pas très loin – dénonçant le mariage forcé (dans le couple, Susan est encore jeune et vierge, alors que son mari, nettement plus âgé, semble avoir vu du país, si l’on en croit son attirance toute particulière pour le sexe déviant : leur première scène d’amour, d’ailleurs, est un viol déguisé, comme pour dire que le mariage serait du viol légal). Une œuvre qui compte pourtant parmi les plus grands films horrifiques jamais réalisés, pour son ambiance, son sujet (le vampirisme reste le thème central de la trame), sa violence et le message délivré. Pour la première fois en France, le film de Vicente Aranda est disponible depuis le 2 septembre dernier en DVD grâce à Artus Films, qui nous l’offre dans une superbe édition restaurée et intégrale, en version espagnole sous-titrée français et en version française (Dolby 2.0 pour les deux pistes). L’image ne présente aucun défaut, et permet d’apprécier notamment le travail sur les magnifiques couleurs. Côté bonus, Artus nous propose les bandes-annonces de sa collection Cine de terror, une galerie d’images ainsi qu’une scène alternative du film : des suppléments un peu maigres, certes, mais le vrai cadeau de ce DVD, c’est le film, alors à quoi bon demander plus ?


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.


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