Tony et Ridley Scott, Frères d’Armes (Livre)


Après s’être intéressée entre autres, à Tobe Hooper et à J.J Abrams, la très recommandable maison d’édition Playlist Society nous gratifie d’une analyse passionnante sur non pas un, mais deux cinéastes à la fois. Et pas des moindres, puisqu’il s’agit de frères d’armes : Tony et Ridley Scott.

Les Frères Scott

Si l’on avait lâchement outrepassé la dernière sortie en date de chez Playlist Society qu’était Christopher Nolan, la possibilité d’un monde c’est moins par fainéantise que parce que, vous le savez sûrement, le cinéaste anglais est loin d’être notre meilleur copain en ces lieux. On ne va pas en dire plus par peur de voir à nouveau vrombir le terrifiant tonnerre de son conglomérat de fans. Nul doute que son auteur, Timothée Gérardin, aurait eu de bons arguments à défendre, mais nous ne partions pas suffisamment convaincus et passionnés par le cinéaste pour porter un avis impartial. Car oui, il me semble qu’un livre consacré à un cinéaste s’apprécie mieux si l’on ne le déteste pas et qu’on y cherche autre chose que matière à être enfin convaincu, mais davantage une source de réflexion, de relecture, d’une œuvre qu’on a déjà su apprécier. C’est le cas de ce livre consacré à l’une des fratries de réalisateurs les plus célèbres du septième art, qui se lit goulument, à condition bien sûr, d’apprécier un minimum le travail de ces deux bons hommes et d’être familiers de leurs filmographies respectives.

Car l’une des grandes forces de cet essai de Marc Moquin, intitulé Tony et Ridley Scott, Frères d’Armes c’est de parvenir à nous faire ré-apprécier le travail de non pas un mais deux cinéastes contemporains à la fois. En un livre somme, qui tisse des liens cohérents et passionnants entre deux filmographies qu’on pourraient penser parfois antinomiques – d’un côté chez Ridley, le goût des grandes épopées historiques et/ou spatiales, de l’autre un dévouement pour le cinéma d’action pop et acidulé – Marc Moquin dresse des ponts aussi inattendus que pertinents entre les films des deux frères, dévoilant même à quel point, par moment, leurs œuvres réalisées à la même époque peuvent se voir comme des diptyques complémentaires. Le socle de cette réflexion, c’est la dimension politique de leur travail et la manière dont se manifeste au sein de leurs œuvres une certaine vision commune. Une critique de la société dont leurs héros ou anti-héros sont les prisonniers, esclaves d’un système qu’ils doivent péniblement combattre. Une analyse qui permet à l’auteur d’autant réunir que d’opposer les deux frères, les présentant comme un duo complémentaire dont l’un incarnerait le versant optimiste – Tony Scott – quand l’autre – Ridley, vous imaginez bien – serait le pessimiste.

En brisant l’idée malheureusement répandue d’un cinéma populaire dénué de sens, Marc Moquin rappelle l’importance et la richesse des grands films de Ridley Scott – de Alien, le huitième passager (1979) au mythique Blade Runner (1982) – sur lesquels il y a tant à dire et dont tant a été dit, mais parvient surtout à ré-inscrire certains films jugés mineurs de sa filmographie dans une réflexion plus générale de l’œuvre tout entière d’un cinéaste, qui a abordé des univers et des genres très différents. De même, et c’est peut-être là bien plus notable encore, l’auteur réhabilite le cinéma de Tony Scott, cinéaste sous-estimé et surtout bien moins adulé et consacré que son grand frère. Le piège aurait été de s’appesantir par simplicité, plus généralement sur Ridley Scott – parce qu’il est peut-être coutume de penser qu’il y a plus matière à en dire –  mais le livre tient les promesses de son titre et ne place jamais Tony derrière Ridley. Au final, ce bel essai d’une centaine de page qui se lisent assez facilement, évite admirablement tous les écueils dans lesquels peuvent parfois tomber ces semblables qui parfois, à trop vouloir atteindre le rang de livre somme et de traiter de tout, ne reste finalement qu’en surface. Ici, il est évident que par son intelligence de traitement et la précision concise mais néanmoins dense de l’analyse, l’œuvre fera désormais office de référence dans les bibliothèques pour ce qui concerne ces deux réalisateurs.

Alors, quoi demander de plus à un livre que d’enrichir votre connaissance d’un cinéaste et de sa filmographie tout en vous ouvrant à des pistes de réflexions inenvisagées ? Peut-être qu’il parvienne à vous donner, aussi, envie de voir et revoir les films dont il est question. Et c’est justement aussi ça, toute la grâce de l’écriture de Marc Moquin, qui ne tombe jamais dans le pensum littéraire et universitaire et parvient à transmettre au fil des mots et des chapitres, son amour des longs-métrages dont il parle et nous donner l’envie de s’y replonger éperdument, histoire d’y trouver peut-être autres choses avec toutes ces idées en tête.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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