La Belle et la Bête 2


La Belle et la Bête est une histoire universelle. Une histoire éternelle aussi, si l’on en croit la petite théière du célèbre dessin animé des studios Disney. Deux contes originels issus de la culture orale populaire de la France du XVIIIe siècle. Deux contes dont la morale est la suivante : ne juge pas les autres sur leur apparence. Ces deux contes ont bénéficié (ou subi, selon les cas) de plusieurs dizaines de réécritures (notamment Sortilèges d’Alex Flinn, adapté au cinéma en 2011, ou un conte russe de Timofeïvitch Akasov) et d’adaptations télévisées (la série de Ron Koslow en 1990 ou celle de Jennifer Levin, actuellement diffusée) ou cinématographiques (les plus connues étant celles de Cocteau et de Disney). Je n’ai aucun problème avec la réécriture des contes. Cocteau, Disney, parlons en, se sont bien amusés et n’ont jamais été blâmés pour cela. Alors pourquoi jeter la pierre à ce pauvre Christophe Gans ?

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La Bête du Gévomi

Il est d’abord difficile de ne pas soupirer en voyant les visuels, déjà kitsch, du film de Gans, là où ceux de Cocteau n’ont pas pris une ride. Mais pour sa défense, les deux réalisateurs ne se sont pas inspirés de la même version du conte. Le poète s’étant basé sur le livre de Madame Leprince de Beaumont alors que Gans s’est servi de celle de Madame de Villeneuve. Certes, il est vrai que Belle rêve constamment dans cette version. Mais elle rêve d’un prince beau comme un dieu sans savoir qui il est, alors que Gans décide de faire comprendre explicitement à la Belle que le prince qu’elle voit en rêve, et dont elle n’est pas le moins du monde amoureuse, est la Bête et qu’elle peut briser le sort. Bravo la morale. Gans a décidé, et c’est tout à son honneur, d’inventer la plupart des rebondissements du film, pour donner un côté épique diront nous,belle-et-le-bête-2014-gans afin de satisfaire les garçons (point « gender » atteint), mais malheureusement pour lui, lesdits rebondissements finissent dans le mélodrame larmoyant devant lequel il est difficile de ne pas réprimer un fou rire. Je pense notamment à cette scène, dans le rêve de Belle, ou le prince finit par tuer une biche qui se transforme en sa propre femme qui était en vérité… une nymphe des bois. Je veux bien croire que le conte de base est un tantinet niais, mais tout de même. Difficile aussi de ne pas songer à ce conte moyenâgeux qu’est La complainte de la Blanche Biche racontant l’histoire d’une jeune fille qui se transforme en biche la nuit et qui finit par être mangée par son frère et ses potes. Le Moyen-Âge, belle époque pleine d’espoir. Est ce une citation volontaire ? Un hasard ? Ou alors Gans a t-il trop regardé Le cygne et la princesse ? Ainsi, dans le conte originel le prince est transformé en Bête pour contrecarrer un sort lancer à la Belle, qui est en vérité une princesse qui doit épouser un monstre (en gros). Ici c’est la vengeance du père de la nymphe des bois pas content que sa fille se soit faite tuer par un prince en collant. Le réalisateur s’est fait plaisir en ajoutant une histoire de frère pourchassé par un méchant bandit et sa copine diseuse de bonne aventure. Histoire totalement inutile qui nous aurait fait économiser, au minimum, vingt minutes de temps.

Capture-decran-2014-01-23-a-17Le réalisateur dit s’être inspiré de l’univers de Miyazaki, j’espère que ce dernier n’est pas trop vexé d’être assimilé à des beagles, affreux, aux grands yeux en image de synthèse. Ou à un nuage noir qui se met vite fait en colère, ou a des géants de pierres pas contents ou encore à des petites lucioles qui papotent. Pour les affreux décors il est dommage d’oublier l’existence de dizaines de châteaux plus ou moins abandonnés, en France, pour privilégier les fonds verts qui sont insupportables depuis l’horrible Alice de Burton. Tout comme il aurait été plus judicieux de maquiller Vincent Cassel plutôt que de lui enfiler une combinaison. Le pauvre acteur ne croit pas du tout en ce qu’il fait et qui aurait même plutôt dû doubler directement un double déjà crée en images de synthèse, je suis certaine qu’il aurait mieux joué. Quant à Léa Seydoux, éternellement exécrable, elle reste dans son jeu le plus théâtral possible, qui n’aide pas André Dussolier, lui aussi éprouvant à regarder.

Il est difficile également de ne pas grincer des dents et serrer les poings devant la promotion désastreuse du film, ou les acteurs et le réalisateur défendent leur gras en cassant du sucre sur le monument Cocteau. S’ils voulaient se dédouaner de cet héritage, c’est raté. Pire encore, Internet a décidé de ne cesser de comparer les deux films. C’est assez honteux d’entendre Cassel parler de la longueur du chef d’oeuvre coctalien quand nous-mêmes souffrons de la très longue mise en place du film. Quant à l’inspiration, force est de constater qu’elle est bien présente, si je vais éviter de parler de l’utilisationbelle-et-le-bête-2014-gans-2 de l’eau comme miroir et des miroirs faisant le pont entre les rêves de Belle et la réalité, on ne peut que lever un sourcil lorsque Belle répond au prince qu’elle se serait habituée à la laideur de la Bête, là ou dans la version coctalienne la Belle répond au prince qu’elle s’habituerait à ne plus voir la Bête qu’elle aimait tant, d’un air mélancolique. Le réalisateur n’hésite pas non plus à plagier plan par plan l’originale scène du bal proposée par les studios Disney.

La Belle et la Bête rejoint donc les rangs de ces affreux Hansel et Gretel, chasseurs de sorcièresJack chasseur de géants et autres Blanche Neige et le chasseur, des pseudos remakes originaux de contes de fées, où la morale les définissant disparaît au profit d’effets spéciaux rocambolesques et d’acteurs musclés. Les deux seuls point positifs à cette catastrophe cinématographique sont les jolies bougies de chez Ladurée (Marketing quand tu nous tiens) et un nouveau film pour les soirées pizzas-nanars. Merci Christophe !

Angélique Haÿne


A propos Angie Haÿne

Biberonnée aux Chair de Poule et à X-Files, Angie grandit avec une tendresse particulière pour les monstres, la faute à Jean Cocteau et sa bête, et développe en même temps une phobie envers les enfants démons. Elle tombe amoureuse d'Antoine Doinel en 1999 et cherche depuis un moyen d'entrer les films de Truffaut pour l'épouser. En attendant, elle joue la comédie et écrit un mémoire de recherche sur le corps de l'acteur et la capture de mouvement.


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