Le Français Jean-François Richet revient sur grand écran avec Mutiny, actionner musclé voire barbare, dans lequel la critique peu voilée de la mondialisation sauvage prend corps et âme dans les muscles tendus d’un Jason Statham heureusement fidèle à lui-même, et tel qu’on l’aime.

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Boat People

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Le cinéma de genre est la voie royale de l’expatriation. Toutefois si les tentatives sont nombreuses, de René Manzor (embauché par Steven Spielberg et George Lucas sur la série Les nouvelles du jeune Indiana Jones), Jean-Pierre Jeunet (Alien la résurrection, 1997), et Mathieu Kassovitz (Gothika, 2003) à Pitof (Catwoman, 2004) ou Sébastien Vaniček (Evil Dead Burn, 2026), ceux qui embrassent pour de bon le rêve américain et y posent leurs valises ne sont pas légion. Jean-François Richet fait partie de ceux-ci, aux côtés des Alexandre Aja et autres Louis Leterrier. Richet perce dans les années 90 avec une série de films dits “de banlieue” à inspiration sociale forte, dont Ma 6-T va crack-er (1997) suivant la déflagration La Haine (Mathieu Kassovitz, encore lui, 1995). John Carpenter lui fera l’honneur de l’inviter à venir réaliser le remake de son bijou urban paranoïaque Assaut (1976) mais Richet reviendra en France à l’occasion du biopic de Jacques Mesrine en deux parties triomphales (avec box office et Césars) puis alternera dans la suite de sa filmographie entre des projets hexagonaux et des productions en collaboration avec Hollywood. Le réalisateur aime les gueules de cinéma à n’en pas douter puisqu’il aura fait tourner devant sa caméra testostéronée Mel Gibson (Blood Father, 2016) et Gerard Butler (Mayday, 2023) : il ne lui manquait donc plus que Jason Statham, un des grands visages du cinéma d’action contemporain, dont la célébrité mondiale doit beaucoup au Transporteur (2002) réalisé par… Louis Leterrier. Tiens, tiens.
Cole Reed (notre Jason adoré) est le garde du corps de Tibu, un magnat du transport maritime, fonction réductrice tant c’est un rapport filial qui s’est instauré entre les deux hommes, bien nourri par les traumatismes de Cole suite à la perte de son propre père – couleur psychologique finalement peu exploitée par la suite, si ce n’est sur l’optique de la vengeance. Car c’est bien cette dernière qui pousse le bodyguard à embarquer sur un porte-conteneur, à la suite d’un guet-apens ayant coûté la vie à Tibu, et dont on essaie de lui faire porter le chapeau. Il apparaît très vite à Cole et à Angie, une Américaine ex-militaire personnel de bord, que le bateau et son équipage sont impliqués dans du trafic d’êtres humains. Porté par le désir de découvrir les raisons de l’assassinat de son magnat, motivé par loi du Talion, et la foi de sauver les pauvres hères captifs des conteneurs, le binôme prend les armes contre les malfrats dans un huis clos à ciel ouvert.

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Il est à porter au crédit du film la réalisation efficace de Jean-François Richet, ce qui ne nous surprendra pas au vu du CV du bonhomme, l’impeccable santé de Jason Statham et la bonne alchimie avec Annabelle Wallis sa partenaire de jeu. Là où Mutiny est le plus malin, c’est toutefois dans sa gestion de l’espace : car un porte-conteneur a beau être énorme, il ne dispose que de peu de lieux différents, contrairement à un paquebot de croisière sur lequel on pourrait jouer des diverses ambiances (restaurant, cabines, dancing, pont…). La narration parvient à varier les arènes – quitte à aller dans du tout petit, tel que les voies d’aération – sans donner le sentiment d’une redite ni que le caractère anxiogène, parfois claustrophobique, ne se perde en route. Le fond moral du long-métrage, fustigeant une piraterie internationale en lien avec le mercenariat, la barbouzerie, le pouvoir politique corrompu et de grandes multinationales est relativement crédible, surtout à une époque où les complots à grande échelle n’ont jamais paru aussi plausibles pour beaucoup de nos contemporains… En somme, ce divertissement avec juste ce qu’il faut de respect du spectateur et d’implication de ses artisans aura été le bon pot de pop corn de la fin d’été, et qui fera satiété pour les fans de Statham. Demeure l’interrogation, mais qui dépasse le film, sur le degré de violence de Mutiny, plutôt gratiné pour du moins de 12 ans, relançant le débat d’un vide dans la classification française en l’occurrence la possibilité d’une interdiction aux moins de 14 ans.



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