Tulsa King • Saison 3


Comme on le pressentait au sortir de la saison 2, la série Tulsa King (Taylor Sheridan & Terence Winter, depuis 2022) est devenu un véhicule au service total de sa star Sylvester Stallone. Cette troisième saison disponible sur Paramount+ est en effet un parfait exemple des travers que Sly a pu emprunter tout au long de sa carrière et un écrin un peu dérangeant des idées politiques qu’il revendique désormais.

Sylvester Stallone et Samuel L. Jackson discutent autour d'une table et d'une bouteille de whisky dans la saison 3 de Tulsa King.

Photo Credit: Brian Douglas/Paramount+. ©2025 Viacom Int. Inc. All Rights Reserved.

No Kings

De la sympathique petite série gangstero-comique des débuts au pamphlet gentiment trumpiste, il y avait qu’un pas que Sylvester Stallone a su franchir en plusieurs temps. Alors que la première saison de Tulsa King (Taylor Sheridan & Terence Winter, depuis 2022) maniait le décalage entre cultures et générations – Dwight, le personnage principal, était présenté comme un dinosaure macho devant s’adapter à de nouveaux mœurs – la seconde partie voyait déjà la série prendre un virage idéologique où c’était plutôt aux autres de devoir se plier aux idées rétrogrades de notre antihéros. On pouvait y voir une évolution scénaristique comme une autre, mais l’implication grandissante de Stallone à l’écriture laissait percevoir ce changement de cap idéologique. Et ce ne sont pas ses récentes prises de positions pour le président américain Donald Trump, qu’il qualifiait de « nouveau Georges Washington », qui viendront changer cette impression. Si l’on pouvait encore admettre que Rocky IV (S. Stallone, 1985) ou Rambo 2 : La Mission (George Pan Cosmatos, 1985) avaient pu être récupérés par Ronald Reagan pour en faire des charges anti-communistes en leurs temps, la connivence actuelle entre Trump et Sly est telle qu’il est compliqué de lire la troisième saison de Tulsa King autrement.

Sylvester Stallone menant une foule hostile, entre deux personnes se visant au revolver dans Tulsa King Saison 3 de Taylor Sheridan.

Photo Credit: Brian Douglas/Paramount+. ©2025 Viacom Int. Inc. All Rights Reserved.

On reprend cette saison là où la seconde s’était arrêtée ; Dwight Manfredi, le gangster exilé à Tulsa par ses parrains new-yorkais, continue de bâtir son empire mafieux. Après le cannabis et les jeux d’argent, il souhaite se lancer dans la vente d’alcool en rachetant l’entreprise familiale de Montague fabricant de whisky haut-de-gamme. Problème : le business est déjà convoité par Jeremiah Dunmire, un PDG peu scrupuleux aux méthodes peut-être plus violentes encore que celles de Dwight. Ajoutons à cela des élections à venir et un agent des stups aux basques de notre anti-héros et nous obtenons une saison pour le moins garnie. Comme toujours, Tulsa King jongle entre l’humour et le très sérieux pour raconter son histoire, et on peut même dire que la série a trouvé un certain rythme de croisière là où les premières salves d’épisodes ne parvenaient pas toujours à l’équilibre. Pourtant, beaucoup de nouveaux personnages viennent s’ajouter à la distribution déjà riche, mais ce n’est finalement pas un problème tant Tulsa King est parvenu à resserrer plus que jamais les enjeux autour de Stallone et personne d’autre. De fait, la série rappelle les grandes heures mégalomaniaques de l’acteur-scénariste-réalisateur qui, à bientôt quatre-vingt ans, se pose encore et toujours comme le trompe-la-mort ultime.

La série est toujours efficace et suffisamment bien emballée pour nous concerner sur dix épisodes sans temps morts. Alors oui, quelques scènes d’action pêchent ici et là – notamment le climax de la saison qui est bâclée de façon incompréhensible – et le poids de l’âge se sent de plus en plus sur les épaules de Sly. Son jeu est de plus en plus figé par la chirurgie et des pépins de santé – l’acteur est paralysé au niveau du cou depuis une dizaine d’années – mais son charisme de vieil animal blessé fait toujours mouche. Son plaisir sincère est communicatif et, de facto, se répercute sur l’ensemble de Tulsa King et sur le reste de la distribution. Martin Starr est toujours très drôle en geek qui n’a rien demandé mais se retrouve embarqué dans une entreprise criminelle. Garrett Hedlund rejoue sa participation du beau gosse redneck. Et Frank Grillo – un peu sous-exploité cette saison – prouve qu’il est un excellent acteur à la présence magnétique. Cette année, se joignent à la fête ni plus ni moins que Bella Heathcote, Kevin Pollack, Samuel L. Jackson et Robert Patrick. S’il s’agit de la première confrontation entre Stallone et Jackson – qui aura le droit à son spin-off NOLA King en cours de production – l’interprète légendaire de Rocky et Rambo retrouve le T-1000 après le sublime Copland (James Mangold, 1997) et le moins bon Compte à rebours mortel (Jim Gillespie, 2002).

Robert Patrick et Stallone dans Tulsa King, le premier semblant pensif sous les mots du second, vu de dos.

Photo Credit: Brian Douglas/Paramount+. ©2025 Viacom Int. Inc. All Rights Reserved.

En fait, ce qui prend une drôle de tournure au visionnage de cette troisième saison, c’est quand on commence à y voir des parallèles très directs avec l’actualité. Si on avait prêté à tort des avis politiques à Stallone dans les années 80 – même si parfois il l’avait bien cherché – l’acteur, qui scénarise plusieurs épisodes clés ici, emprunte une voie plus frontale, à l’image de son soutien récent à Donald Trump. Même si le personnage de John Rambo n’a jamais été un fana des droits de l’Homme en zigouillant la moitié du sud-est de l’Asie, cela s’inscrivait dans un propos dénonçant, surtout dans le premier film, les institutions militaires américaines façonnant des jeunes gens pour les vider de leur humanité. Dans Tulsa King, les sombres pulsions de vengeance de Dwight Manfredi – plutôt tuer que d’envoyer un coupable devant un tribunal – ne sont jamais vraiment présentées autrement que comme du « bon sens ». Les passages entre Dwight et l’agent des stups sont à ce titre très éloquents. Et on ne parlera pas du final où la self justice atteint des degrés – littéralement – que même Trump n’aurait osé, ou de la place des femmes réduite à peau de chagrin. Elles sont soit des love interest, soit des petites choses en détresse ou les moteurs de vengeances XXL.

De plus, dans cette nouvelle saison, le personnage de Cal Thresher, joué par Neil McDonough, a des ambitions politiques puisqu’il est candidat au poste de gouverneur. Une occasion rêvée pour Stallone de traiter de la corruption des élites. « Amusant » de voir que McDonough ressemble à s’y méprendre à Joe Biden, mais cela en dit long sur la dérive idéologique de la série. Si Taylor Sheridan, le créateur de la série, n’est pas connu pour son gauchisme acharné, il s’était jusque-là contenté de parler d’une Amérique de carte postale et des petites gens qui la peuplent comme dans Yellowstone (2018-2024) ou Landman (depuis 2024). En laissant plus de place à Stallone à la manœuvre, on sent que Tulsa King devient un véhicule politique pour celui qui a été chargé par le président Trump d’être « ses yeux et ses oreilles » dans un Hollywood supposé woke. C’est d’autant plus regrettable que cela vient parasiter ce que le mythique acteur a fait de mieux depuis belles lurettes. Et comme je l’écrivais dans notre article consacré à Stallone, je prends d’autant moins de plaisir à tirer sur l’ambulance que j’ai passé ma vie de cinéphile à le défendre, lui et son cinéma, auprès de ceux qui le caricaturaient. Force est de constater qu’il s’est finalement résolu à tomber dans cette caricature.


A propos de Kévin Robic

Kevin a décidé de ne plus se laver la main depuis qu’il lui a serré celle de son idole Martin Scorsese, un beau matin d’août 2010. Spectateur compulsif de nouveautés comme de vieux films, sa vie est rythmée autour de ces sessions de visionnage. Et de ses enfants, accessoirement. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/rNJuC

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

deux × trois =

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.