L’héritier de la violence


Nouvelle parution HK vidéo côté Metropolitan Films avec la sortie en Blu-Ray de L’Héritier de la violence (1986) de Ronny Yu. Il ne s’agit pas de n’importe quel héritage : on parle ici de la plus grande star du cinéma d’action asiatique, d’une légende du septième art, Bruce Lee puisque ce long-métrage est le premier avec son fils, Brandon Lee, qui saute le pas du cinéma.

Brandon Lee charge un revolver dans le film L'héritier de la violence.

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Tel père tel fils

Brandon Lee souhaite tracer sa propre route, avoir son propre style, en évitant de marcher dans les traces – trop – grandes laissées par son père dans le cinéma martial. C’est sans compter sur l’industrie hongkongaise qui voit dans le fils du Petit Dragon une valeur marchande à fort potentiel… Ronny Yu dans les bonus du Blu-Ray explique clairement le projet : mettre le fils de Bruce Lee en haut de l’affiche et permettre à Brandon d’avoir une carte de visite pour lancer sa carrière cinématographique. Le cinéaste aurait été direct avec lui en lui faisant comprendre que s’il n’était pas le fils de Bruce Lee, personne ne s’intéresserait à lui. Le projet se lance alors avec une campagne marketing sans ambiguïté et une l’affiche teaser du film sur laquelle est inscrit “1971 : Bruce Lee bouleverse le monde ! Aujourd’hui son fils Brandon Lee continue sa légende.” L’Héritier de la violence est une histoire de vengeance dans laquelle Brandon est trahi par son meilleur ami et il faudra au spectateur une suspension d’incrédulité à toute épreuve, bien que nous ne soyons pas là pour le scénario. Lee joue un prolétaire, alternant travail dans une casse la journée, serveur la nuit et aidant une gamine perdue à retrouver sa mère entre les deux. Il reprend le rôle d’un personnage droit et besogneux, comme pouvait l’endosser son père qui pouvait travailler dans une usine de glace dans Big Boss (Lo Wei, 1971) ou dans un restaurant à Rome dans La Fureur du dragon (1972, Bruce Lee).

Brandon Lee et Regina Kent parlent sous une pluie battante et un parapluie dans L'héritier de la violence.

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Dans la première partie du récit, Brandon Lee est provoqué et affronte une bande de malfrats sévissant dans son bar. Brandon accepte un duel et expédie tout ce beau monde au tapis en un temps record ! Il reprend le style martial de son père, le fameux jeet kund do, les coups sont secs et violents. Il singe même Bruce Lee avec certains mouvements, comme celui, caractéristique et provocateur, de pointer son adversaire du doigt. Le flambeau est donné entre le père et le fils dans cette séquence par l’acteur Bolo Yeung, interprétant le chef de cette meute et représentant le dernier adversaire adepte des arts martiaux de la carrière de Bruce Lee dans Opération Dragon (Robert Clouse, 1973) – l’abject projet vénal du Jeu de la mort (Robert Clouse, 1973) se servant d’images du réel enterrement de Bruce Lee pour finaliser le montage est difficilement acceptable dans sa filmographie. La passation finie, Brandon peut aller vers d’autres horizons dans la deuxième partie du récit. En revanche par la suite Brandon Lee, contrairement à son père dans les deux films précédemment cités, n’investit pas la figure du migrant, dans le seul film chinois de sa carrière, ni même dans le reste de sa filmographie. Après tout, il est né et a grandi aux Etats-Unis, son parcours de vie et la célébrité de son nom ne lui permettent pas d’incarner ce registre. Pour s’éloigner de son père, il va se distinguer dans les scènes d’action. Les combats au corps à corps vont laisser place à des courses poursuite en voiture et à des gunfights. Hong-Kong oblige, une certaine folie se dégage des scènes en voiture, de la taule froissée à profusion, des véhicules explosent au moindre impact, etc. Brandon au volant, devant se servir de ses deux mains pour tirer sur ses adversaires, utilise son pied pour manœuvrer son véhicule, donnant naissance à un plan génial ! L’action y est de plus en plus sanglante avec une pointe de gore par moment (entamné dès l’introduction démarre d’ailleurs sur le meurtre d’un passeur de drogue qui reçoit une balle dans la tête en plan rapproché ou la mort d’un homme de main projeter sur du verre cassé).

Les idées sanglantes et baroques de Ronny Yu sont donc ici en gestation avant ses réalisations les plus célèbres (The Bride with White Hair, 1993, Magic warrior, 1997, Freddy contre Jason, 2003) quoi que le cinéaste ait l’air d’être plus un coordinateur de cascades qu’un véritable metteur en scène sur l’un de ses premiers longs… En résumé Brandon Lee est solide pour son premier rôle et se montre déjà charismatique, avant de poursuivre sa carrière aux Etats-Unis, malheureusement trop vite écourtée en raison d’un accident qui cause sa mort sur le tournage de The Crow (Alex Proyas, 1994). Une œuvre pour les curieux de la carrière de Brandon Lee et les nostalgiques des films d’actions des années 1980 – 1990 avec un savoureux cocktail entre ses séquences d’évasions de prison, son acolyte farceur, sa générosité frénétique et le côté artisanal de Hong-Kong que nous aimons tant !


A propos de Mathieu Guilloux

Mathieu n'a jamais compris le principe de hiérarchisation, il ne voit alors aucun problème à mettre sur un même plan un Godard et un Jackie Chan. Bien au contraire, il adore construire des passerelles entre des œuvres qui n'ont en surface rien en commun. Car une fois l'épiderme creusé, on peut très vite s'ouvrir vers des trésors souterrains. Il perçoit donc la critique comme étant avant tout un travail d'archéologue. Spécialiste du cinéma de Hong-Kong et de Jackie Chan, il est aussi un grand connaisseur de la filmographie de Steven Spielberg. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/rNTIY

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