Las de voir Liam Neeson, Kevin Costner ou John Travolta débouler dans nos rues parisiennes pour se castagner avec tout ce qui bouge, Guillaume Canet a décidé de reprendre les choses en mains. Avec Rodolphe Lauga derrière la caméra, il produit et scénarise son thriller bourrin à lui, sorti directement sur Netflix : Ad Vitam (2025).

© Tous Droits Réservés
98 minutes pour suivre

© Tous Droits Réservés
Paris. Sa Tour Eiffel. Ses musées. Ses films américains à base de gros coups de poings la prenant pour cadre, Taken (Pierre Morel, 2008), From Paris with Love (P. Morel, 2010), 3 Days to Kill (McG, 2014) pour citer parmi les plus récents. Autant de bessonades qui, si elles n’ont pas franchement contribué à l’Histoire du septième art ni au rayonnement international de la Ville Lumière, ont eu assez de succès pour lancer un sous-genre à part entière : celui de la star américaine venue casser du coude à la chaine au pays de Christophe Honoré. Guillaume Canet, l’un de nos comédiens ayant réussi à s’exporter mondialement – comme acteur avec La Plage (Danny Boyle, 1999) ou comme cinéaste avec Blood Ties (2013) – a décidé de se réapproprier cette figure du justicier moderne sur fond de complot d’État avec Ad Vitam. Dans ce film qu’il scénarise, il incarne Franck Lazarev, un ancien membre du GIGN vivant avec Léo, sa femme. Ils attendent l’arrivée prochaine d’un enfant quand une équipe de criminels débarque chez eux pour kidnapper Léo. Franck a alors quatre heures pour répondre aux ordres du groupe s’il veut revoir sa femme vivante. Il va devoir pour cela se replonger dans ses années au GIGN.
Un scénario tout à fait classique et propice à une avalanche de scènes d’action, ce que le récit, d’emblée, propose avec une entrée en matière tendue et énergique où le spectateur est aussi déconcerté que ces personnages dont, à ce stade, on ne sait rien. On se dit alors que le film en garde sous le coude pour lever le voile sur ses zones d’ombre au fur et à mesure de l’intrigue. Mais non : au mystère et au suspense sur le « comment en est-on arrivé là ? », Canet et Lauga préfèrent une construction narrative invraisemblable. Plutôt que de disséminer des indices ici et là, l’introduction prometteuse est suivie d’un trop long flashback expliquant les raisons des malheurs de Franck. S’en suit donc une interminable phase d’apprentissage où notre héros devient un membre du GIGN, où il rencontre l’amour dans les rangs de l’institution de la gendarmerie, et où, in fine, la clé de l’histoire agit comme un soufflé s’effondrant sur lui-même. Cet acte initiatique qui aurait dû être a minima porteur de révélations s’avère être somme toute un spot géant pour donner envie de s’engager dans les rangs du GIGN. D’ailleurs, Guillaume Canet ayant imaginé cette histoire lors d’un stage GIGN pour le tournage de Jadotville (Richie Smyth, 2016), en collaboration avec David Corona, ancien négociateur pour le Groupe d’Intervention… On sent à tout instant un incroyable manque de discernement et de recul quant à l’institution.
Par contre, quand Ad Vitam décide de lâcher les chevaux, il y va franco ! La dernière demi-heure est à peu près tout ce qu’aurait dû être le long-métrage de Rodolphe Lauga : un cocktail explosif et un condensé de tension et de cascades en tous genres. Guillaume Canet, malgré un personnage fort peu écrit, s’en sort d’ailleurs avec les honneurs tant il joue de sa physicalité et parvient même à renvoyer aux cabrioles de Jean-Paul Belmondo. Un héritage parfaitement assumé : les plans sur les toits de Paris renvoient définitivement à Peur sur la ville (Henri Verneuil, 1975) et son Bébel funambule. Mais le mal est fait, Ad Vitam peine, après quarante-cinq minutes de flashbacks, à concerner le spectateur et à crédibiliser ses péripéties pourtant alléchantes – une amusante course-poursuite en paramoteur dans les airs est, à titre d’exemple, court-circuitée par un manque de lisibilité et une intention moins crédible que le ton choisi par le film jusqu’ici. En fait, Ad Vitam arrive à procurer un amusement malgré lui, et c’est dommage pour Canet que l’auteur de ses lignes apprécie et défend quand la presse l’a choisi comme cible depuis des années.

© Tous Droits Réservés
Trop de choses hélas ne vont pas dans Ad Vitam, notamment par sa mise en scène. Le format choisi, l’image trop lisse et impersonnelle, montage fonctionnel, tout rapproche ce premier film du spot à visée « publicitaire », encore une fois. Et si le casting est pourtant solide – Alexis Manenti, Zita Hanrot, Stéphane Caillard, Nassim Lyes ou encore Johan Heldenbergh qui nous avait asséché de toutes nos larmes dans le magnifique Alabama Monroe (Felix Van Groeningen, 2012) – la direction d’acteurs « à l’américaine » devient toujours plus un vrai sujet. À l’instar de 36, Quai des Orfèvres (Olivier Marchal, 2004) ou Lupin (George Kay & François Uzan, depuis 2021), les Français tentent d’iconiser la police ou la gendarmerie dans le cas présent de la même manière que les Américains le font. Cela nuit considérablement au film, là où des œuvres telles que La Nuit du 12 (Dominik Moll, 2022) arrivent à imposer une singularité. Cela rejoint la liste des poncifs qu’Ad Vitam n’évite malheureusement pas. Dans les films d’action policiers français produits par Netflix pour séduire un public international, on préférera, et de loin Balle perdue (Guillaume Pierret, 2020) qui avait pour lui un meilleur sens de la mise en scène, une générosité et une sincérité à toute épreuve. Loin de nous l’envie d’hurler avec les loups, on souhaite à Guillaume Canet de nous convaincre à nouveau dans ses prochains projets, loin du désastre d’Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu (2023) et de ce nanar luxueux et un peu rance qu’est Ad Vitam.
