Le Robot Sauvage


Après un passage dans le cinéma de prises de vue réelles avec L’Appel de la forêt (2020), le réalisateur de Lilo et Stitch (2002) et Dragons (2010) Chris Sanders revient chez Dreamworks pour son nouveau film d’animation : Le Robot sauvage (2024). Une synthèse de tout son cinéma qui nous a ému aux larmes…

Le Robot Sauvage tient un petit canard gris et blanc dans sa main robotique, il observe avec un rayon rouge.

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Parent : mode d’emploi

Chris Sanders, c’est ce qu’on appelle un très grand de l’animation américaine. Il commence chez Disney dans les années 80 avec toute la génération dorée alors en pleine éclosion – John Musker, Ron Clements, Gary Trousdale, etc… – pour finir par y signer son premier succès avec son camarade Dean DeBlois, Lilo et Stitch (2002). Ce premier acte fondateur, au-delà de la mignonnerie de la créature bleue, impressionne par la richesse de ses thématiques ; en premier lieu celles de la transmission, de la confrontation entre deux mondes et du sujet de l’environnement. La famille que l’on se créé et le rapport à la nature, autant de vastes sujets que l’on retrouvera également dans Dragons (2010), Les Croods (Kirk DeMicco & C. Sanders, 2013) ou L’Appel de la forêt (2020). Nous ne sommes donc pas étonnés de le voir adapter le fameux roman jeunesse de Peter Brown pour son nouveau projet : Le Robot Sauvage. Dans ce long-métrage d’animation qui raconte l’aventure d’un robot, l’unité ROZZUM 7134 – Roz pour les intimes – s’échouant sur une île peuplée d’animaux et adoptant un petit oison orphelin, nous percevons tout ce qui a pu plaire au réalisateur : les questionnements liés à l’environnement, mais encore et surtout ceux liés à ce que veut dire « faire famille ». De mémoire récente, ce n’est pas la première fois que l’animation utilise le motif du robot pour interroger notre propre humanité puisque nous avions déjà beaucoup pleuré devant Mon Ami Robot (Pablo Berger, 2023), et c’est là encore une franche réussite tant Chris Sanders exploite à merveille son sujet, à commencer par sa technicité proche du Chat Potté 2 : La Dernière quête (Joel Crawford & Januel P. Mercado, 2022). Pour ce dernier film où Dreamworks animera en interne – les prochains dessins animés seront sous-traités par des studios extérieurs – on peut dire que la forme a été soignée avec un mélange de photo-réalisme impressionnant et d’abstraction sur les textures animales. Alors que le mariage des deux techniques aurait pu être bancal, elle appuie magnifiquement l’opposition entre deux mondes : le nôtre, d’où est né Roz le robot, propret et froid, et celui des animaux, chaleureux et poétique. Peu à peu, à mesure que Roz prend sa place dans la forêt, sa jambe est remplacée par un morceau de bois et une mousse recouvre son métal. Cet aspect plus organique est relevé par l’animation qui, par ce jeu de texture, l’humanise d’autant plus. Pour le reste, Chris Sanders opère certains choix qui laissent pantois d’admiration tant ils prennent le pari de dérouter un jeune public habitué à des images plus figuratives – on pense notamment à un feu de forêt où l’esthétique emprunte à une imagerie plus brutale, voire horrifique.

Le robot sauvage, un oiseau et un renard dans la forêt, de nuit, autour d'un petit feu que le robot tient dans sa main.

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C’est surtout grâce à son scénario que Le Robot Sauvage impressionne. Il ose de purs moments de lyrisme et d’émotions sans jamais tomber dans la surenchère, se permettant aussi d’aller à l’essentiel. Ainsi, le naufrage amenant Roz dans cette forêt est évacué hors champ pour rentrer directement dans le cœur du récit : la quête du robot. Cela est presque inconfortable au début dans la mesure où cela nous place directement du point de vue de la machine en manque de repères. Or, à ses côtés, nous les trouvons pour également apprécier la découverte. Roz n’a, au départ, que vocation à s’inventer des buts pour avancer – c’est comme cela qu’elle a été conçue, pour assister l’espèce humaine – et au contact de Joli-Bec, l’oison, elle va se donner pour mission de l’accompagner dans son développement jusqu’à la prochaine migration. On voit évidemment l’analogie avec la parentalité et le fait qu’aucun d’entre nous ne soit préparé émotionnellement à faire grandir un petit être. Chris Sanders, également auteur du scénario, explore ainsi toutes les étapes d’une vie d’enfant : l’admiration de l’enfant pour ses parents, la quête d’identité, le rejet puis le pardon. Un condensé qui parlera évidemment à tous les parents… En ne quittant que très rarement le point de vue de Roz, l’une des questions que nous pose le film, c’est celle qui consiste à interroger la filiation. Après visionnage, il ne fait plus aucun doute que le robot est la mère de cet oison ! Et pour cela, Le Robot Sauvage s’emploie à étudier l’émotion. Elle est caractérisée par les couleurs des lumières émergeant de Roz, elle est surtout discutée tout au long du film comme un véritable sujet philosophique : jusqu’où peut-elle se nicher en chacun de nous ?

Le robot sauvage court au milieu d'oiseaux en plein vol, pendant dans la forêt au crépuscule orangé.

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Le Robot Sauvage n’oublie pas pour autant de plaire aux plus jeunes en faisant la part belle à l’humour. Toutefois là encore, le film étonne par son ton doux-amer : la grande majorité des blagues reposent en effet sur l’idée que la mort rôde et menace toutes les espèces en présence dans la forêt. Le cycle de la vie est ainsi frontalement représenté afin que les enfants finissent par accepter les règles de la nature. Le ressort comique le plus évident est le renard Escobar qui prend part à cette famille de substitution, son côté désabusé et ses propres tourments nourrissent autant la drôlerie du long-métrage que son émotion brute. Mais chaque personnage constituant cette forêt est suffisamment caractérisé pour emporter le spectateur – on pense notamment à cette famille d’opossums drolissime – et renforce l’idée de famille accidentelle. Il y a un souffle et une tonalité qui rappellent davantage WALL-E (Andrew Stanton, 2008) – autre grand film d’animation où le robot agit comme un miroir de l’humain, et qui montre notre espèce comme ce qu’elle est : décadente – que le pas très réussi dernier Dreamworks, Kung Fu Panda 4 (Mike Mitchell & Stéphanie Stine, 2024). Enfin le studio fondé par Steven Spielberg, Katzenberg et Geffen retrouve un peu de couleurs et de souffle émotionnel, ce qui n’était plus arrivé à ce point depuis Dragons 3 : Le Monde caché (D. DeBlois, 2019). Le Robot sauvage est d’ores et déjà assuré de figurer dans quelques tops de l’année 2024 tant il aura parlé au cœur de l’enfant que nous serons toujours et à celui du parent que nous essayons d’être tous les jours, à l’instar de ce robot décidément plus humain que les humains.


A propos de Kévin Robic

Kevin a décidé de ne plus se laver la main depuis qu’il lui a serré celle de son idole Martin Scorsese, un beau matin d’août 2010. Spectateur compulsif de nouveautés comme de vieux films, sa vie est rythmée autour de ces sessions de visionnage. Et de ses enfants, accessoirement. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/rNJuC

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