Big John


Shadowz met à disposition le fabuleux documentaire Big John (Julien Dunand, 2006) retraçant la carrière de John Carpenter, cinéaste de l’horreur aussi célébré et adulé partout dans le monde que difficile à produire selon les majors. Alors qu’il est absent derrière la caméra depuis bientôt quinze ans, Big John nous permet de replonger tête baissée dans son œuvre.

John Carpenter évoque ses films, sur fond noir uni dans le documentaire Big John.

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Hollywood Night

Tous les amateurs de cinéma d’épouvante et de fantastique vous le diront : John Carpenter est un maître de l’horreur. En ce qui me concerne, j’ai appréhendé son cinéma par le biais d’un autre grand nom de l’angoisse, Wes Craven, grâce à son Scream (1996) qui citait et empruntait à Halloween (1978). Avant même d’avoir pu regarder une seconde de son cinéma, le nom de John Carpenter sonnait déjà comme quelque chose de sacré voire d’interdit. Puis vint le moment de découvrir ses films et là le choc ! Encore aujourd’hui, le cinéma de John Carpenter a ceci de singulier qu’il est reconnaissable entre mille, à la fois ancré dans son époque des années 70 et 80 et parfaitement en avance sur son temps. Son usage du scope, des espaces, du hors champ… Paradoxalement, vus les sujets souvent flippants, dans un long-métrage de John Carpenter, on s’y sent bien, tout semble étrangement familier. On sait, malheureusement, que ses échecs financiers auront eu raison de sa motivation à continuer sa carrière, et c’est là le sujet de Big John (Julien Dunand, 2006) ; faire revenir le cinéaste ainsi que quelques intervenants sur une carrière constituées de très hauts et de très bas.

En optant pour une narration chronologique, le documentaire de Julien Dunand fait le choix d’un certain classicisme, certes, mais surtout de constituer l’approche la plus encyclopédique possible sur son sujet : Carpenter. Le cinéaste est filmé dans sa voiture, en train de redécouvrir les lieux de certains de ses tournages, de livrer ses pensées les plus intimes et profondes, ainsi que sa vision très pessimiste, déjà en 2006, de l’état du cinéma hollywoodien. Le réalisateur de The Thing (1982) apparait tel qu’on se le représente : franc, misanthrope et drôle. Lui qui avait dit un jour « En France, je suis un auteur. En Allemagne, un simple cinéaste. En Angleterre, un réalisateur de genre. Et aux États-Unis, un traine-savates », dresse ici le bilan d’une carrière inégale tant artistiquement qu’en termes de succès publics. Une telle franchise, dans un monde aussi balisé que celui d’Hollywood, frappe d’autant plus qu’il est mis sans cesse en contraste avec les paroles des autres intervenants, à savoir Stephen King, Bertrand Tavernier ou encore son homologue Wes Craven qui ne tarissent pas d’éloges – et parfois de réserves – sur le réalisateur et l’importance de son œuvre.

John Carpenter contemple Hollywood sur les collines de la célèbre ville, lunettes de soleil sur le nez, le regard au loin.

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Alors Big John devient un objet documentaire moins programmatique que prévu en ajoutant du cœur à l’ensemble et qui témoigne d’un septième art n’existant plus qu’au travers de ces figures des années 70. Loin de la froideur des documentaires consacrés à des personnalités du cinéma qu’Arte diffuse chaque mois – Big John en faisait d’ailleurs partie un temps – le film de Julien Dunand fait montre d’un véritable amour pour son sujet et résonne comme une lettre d’amour à ce cinéaste mythique dont on aimerait un retour sur grand écran, à l’instar de Francis Ford Coppola cette année avec Megalopolis (2024). Pour les plus jeunes, ou en tous cas les novices étrangers au réalisateur d’Invasion Los Angeles (1988), ce documentaire est une très bonne porte d’entrée vers un cinéma comme on en fait plus, artisanal et passionné, brut et référencé. C’est en tous cas le documentaire que j’aurais rêvé de voir pour accompagner ma découverte de John Carpenter, un éternel ado de 76 ans qui aura hanté mes nuits …


A propos de Kévin Robic

Kevin a décidé de ne plus se laver la main depuis qu’il lui a serré celle de son idole Martin Scorsese, un beau matin d’août 2010. Spectateur compulsif de nouveautés comme de vieux films, sa vie est rythmée autour de ces sessions de visionnage. Et de ses enfants, accessoirement. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/rNJuC

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