Supernichons contre mafia


A 24 ans, on aurait pu penser que le festival toulousain Extrême cinéma aurait acquis une certaine maturité, que l’âge adulte le rendrait plus sérieux, loin des émois naïfs de l’adolescence. Et voilà que l’apparition soudaine d’une énorme paire de seins dans le film Supernichons contre mafia (Doris Wishman, 1973) réveille les hormones en ébullition de spectateurs loin de se douter qu’ils allaient avoir affaire à un spectacle aussi…Gros. Dans tous les sens du terme.

Chesty Morgan prend l'apéritif avec un homme, assis sur un canapé dans le film Supernichons contre mafia.

© Tous Droits Réservés

Agent Double

Plan rapproché-poitrine sur l'actrice Chesty Morgan le regard pensif, éclairée par une étrange lumière rose et verte dans le film Supernichons contre mafia.

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On a clairement un problème en France concernant la traduction des titres de films étrangers et l’un des meilleurs exemples a été diffusé dans ce même festival, cette année. Quiconque a vu La longue nuit de l’exorcisme (Lucio Fulci, 1972) est bien persuadé à l’issue de la projection de n’avoir vu ni nuit, ni exorcisme. Pourtant, le parfait contre-exemple nous a sauté aux yeux dans cette même salle de cinéma sous le titre racoleur mais rigoureusement exact de Supernichons contre mafia (Doris Wishman, 1973) qui raconte l’infiltration d’une espionne à la poitrine démesurée dans un gang de mafieux. Inutile d’en écrire plus sur l’intrigue, car j’ai bien compris que le cerveau du lecteur avait cessé de fonctionner à la lecture de « poitrine démesurée ». C’est bien la même chose que l’on demande au spectateur, de ne pas quitter des yeux cette imposante paire de seins pour éviter de se poser d’éventuelles questions sur le jeu des acteurs ou même pire, sur le scenario. Pour cela, une subtile invention digne des meilleurs James Bond obligera l’actrice à se dessaper le plus souvent possible afin de photographier les dépouilles de mafieux assassinés à l’aide d’un appareil situé…Dans son sein gauche. Et le spectateur, complètement fasciné par l’espionne qui appuie frénétiquement sur son téton ne se demandera pas une seconde où peut bien être dissimulé l’objectif, malgré le « clic » significatif. Outre l’aspect très pratique de la chose, on apprend par la suite qu’une bombe a été greffée par la même occasion dans ce même sein voué à s’autodétruire si l’agent 73 ne finissait pas sa mission à temps. Métaphore de la carrière et de la vie de Chesty Morgan, handicapée par cet éléphantiasis mammaire plus douloureux à porter que sexy à regarder ?

La véritable star du film, celle qui est presque de tous les plans et qui le tient à bout de bras – wonderbra – majoritairement dépoitraillée c’est bien elle, Chesty Morgan. Et elle doit assurer le show car le scenario ne s’est construit qu’à partir et autour de son physique de freaks, au même titre que Deadly Weapons (Doris Wishman, 1974), un autre film de sexploitation de la même réalisatrice. Repérée au début des années 70 alors qu’elle dansait dans un cabaret, elle tourne jusqu’à la fin des années 80 avant de se retirer, d’où une carrière cinématographique assez mince. On ne peut pas nier que cette faible expérience a un impact sur son jeu, quasi inexistant, mais la qualité relative du long-métrage est loin d’incomber seulement à sa prestation. Ses partenaires, débitant des phrases sans grande conviction ne sont pas aidés par des dialogues mal rythmés, ce qui ralentit un film déjà pas très porté sur l’action. En témoigne cette scène de poursuite en voiture la plus molle du monde, avec une caméra secouée dans tous les sens pour simuler la vitesse…N’est pas William Fridekin qui veut et Alfred Hitchcock non plus d’ailleurs, lorsqu’on assiste, un peu navré, à cet ersatz de la scène du meurtre sous la douche directement inspiré de Psychose (Alfred Hitchcok, 1960). Le découpage des scènes manque clairement de vivacité mais encore faudrait-il être sûr du contenu de ces dites scènes car il arrive fréquemment que la mise au point soit loupée au point de voir une bonne partie du film à travers les yeux d’un myope. Peut -être le cadreur est-il lui-même atteint de cette défaillance visuelle, ce qui expliquerait pourquoi Supernichons contre mafia ? est constitué d’autant de – très – gros plans sur des pieds, des éléments du décor ou au mieux, sur une otarie.

Chesty Morgan lit un livre allongée sur un petit muret, dans un parc verdoyant, en soutien-gorge et jupe courte rouge ; plan issu du film Supernichons contre mafia.

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Tous ces détails étranges combinés parviennent à nous faire oublier une histoire pas très crédible mais aussi, à contrario, à garder un œil fasciné sur ce film hors normes, carrément hors cadre sans mauvais jeu de mot. Mais cette sympathie un peu inavouable qu’on lui porte n’est pas dû seulement à ces cadrages maladroits ou au jeu cocasse des acteurs mais bien à certaines trouvailles scénaristiques complètement ubuesques. Comment ne pas rire à l’unisson devant l’héroïne qui se défend à coups de seins contre son agresseur ? A-t-on déjà vu ailleurs un mafieux mourir étouffé par des glaçons ? Qu’on se moque poliment de ce film ou qu’on l’aime pour ces raisons honteuses, il est tout de même parvenu à créer une communion rafraichissante et bienvenue dans une salle de cinéma. Et rien que pour cela, il mérite d’être diffusé sur grand écran, même si aucun ne sera suffisamment immense pour contenir les seins de Chesty Morgan.


A propos de Charlotte Viala

Vraisemblablement fille cachée de la famille Sawyer, son appétence se tourne plutôt vers le slasher, les comédies musicales et les films d’animation que sur les touristes égarés, même si elle réserve une place de choix dans sa collection de masques au visage de John Carpenter. Entre deux romans de Stephen King, elle sort parfois rejoindre la civilisation pour dévorer des films et participer à la vie culturelle Toulousaine. A ses risques et périls… Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/riRbw

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