The Harder They Fall


Dernière nouveauté Netflix, le film The Harder They Fall du réalisateur Jeymes Samuel, est un western iconoclaste qui s’amuse à mélanger les codes du western classique avec des influences tout droit sorti de la blaxploitation.

Deux cow-boys, sur un cheval, vêtus de noir, avec un chapeau, et un foulard sur la bouche ; le premier est une femme au premier plan, dont le foulard est rouge, elle désigne la gauche, nous regardant droit dans les yeux ; le second derrière est un homme noir ; plan issu du film The Harder they fall.

© DAVID LEE/NETFLIX

Le Shérif n’est plus en prison

Idriss Elba en tenue de prisonnier blanche et noire, est escorté par un cow-boy à sa droite, et une femme à sa gauche, dans les rues de la ville du Far West ; scène du film The harder they fall.

© DAVID LEE/NETFLIX

Si dans le cinéma hollywoodien la figure du cow-boy a été longtemps romancée, le présentant comme un héros blanc pétri de valeurs américaines et conservatrices, les récents travaux menés par le Black American West Museum, nous apprend qu’un tiers des cow-boys étaient en réalité noirs. Il s’agissait en effet, pour la plupart, d’anciens esclaves émigrés après la guerre de Sécession. Impliqués dans le commerce de la fourrure comme accompagnateurs, éclaireurs, guides, ils furent aussi pour certains de véritables explorateurs. Si ces héros de l’ouest sont tombés dans l’oubli ils ont aussi été assez peu représentés par le western américain avant que des films récents, comme Django Unchained (Quentin Tarantino, 2012) ou encore des séries comme Watchmen (Damon Lindeloff, 2019), aient permis de redécouvrir ces chevaliers du nouveau monde que l’histoire a longtemps injustement laissés dans l’ombre, notamment, le Marshall Bass Reeves et le Cow-boy Nat love auxquels The Harder They Fall (Jeymes Samuel, 2021) entend rendre hommage

Le scénario narre l’alliance du hors-la-loi Nat Love avec le Marshall Bass Reeves pour retrouver l’assassin de ses parents. Sa structure ne déroge pas aux canons établis du western, évoquant notamment les travaux de Sergio Leone. Mais plus qu’une pâle copie de western spaghetti, The Harder They Fall est avant tout un pur produit de blaxploitation, qui s’assume comme tel, en en re-convoquant les codes. D’abord parce que son casting est composé à 90% d’acteurs noirs, ensuite, parce que ses dialogues emploient un argot propre à la communauté afro-américaine, et enfin parce que sa bande originale n’aurait pas été reniée par Gordon Parks. On sent alors que Jeymes Samuel s’est évertué à introduire l’esthétique blaxploitation, dans un univers et un genre qui ne s’y prête guère a priori. On aurait pu penser que ce mélange étonnant allait donné fatalement un film hybride, avec le risque qu’il ne parvienne pas à jongler avec deux genres dont les codes de représentations semblent si éloignés.

Plan d'ensemble sur une diligence et quatre cheveux, au cœur d'une plaine jaunie par le soleil dans le film The harder they fall.

© DAVID LEE/NETFLIX

Pourtant, à mesure que le récit se déroule, cet étrange mélange finit par fonctionner. Cela tient de la volonté du réalisateur, malgré l’apport d’éléments propres au cinéma d’exploitation noir, de réaliser avant tout un vrai western. En effet, dès sa première scène, un long plan séquence qui rappelle la mise en scène d’Il était une une fois dans l’ouest (Sergio Leone, 1968) The Harder They Fall s’inscrit aussi dans cet héritage esthétique codifié qu’est celui du western. Les références sont nombreuses, on sent que le réalisateur connaît ses classiques, et de Leone à Peckinpah – la Horde menée par l’acteur Idriss Elba dont la violence brutale fait écho à La Horde sauvage (1969) – Jeymes Samuel s’inscrit dans la lignée des cinéastes qui l’ont précédé. Le long-métrage est ainsi à la fois un bijou de mise en scène – laissant une large place au plans de contemplation si typiques du western – et permet de redonner voix à des figures que l’histoire américaine a oubliés. Par cela, il est un double hommage fascinant et très émouvant. Un hommage au western, vous l’aurez compris – d’autant plus précieux que ce genre tombe de plus en plus en désuétude et mérite d’être revitalisé – et à la culture afro-américaine en mettant en avant certains de ses héros.


A propos de Freddy Fiack

Passionné d’histoire et de série B Freddy aime bien passer ses samedis à mater l’intégrale des films de Max Pécas. En plus, de ces activités sur le site, il adore écrire des nouvelles horrifiques. Grand admirateur des œuvres de Lloyd Kauffman, il considère le cinéma d’exploitation des années 1970 et 1980 comme l’âge d’or du cinéma.

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