American Nightmare 5 : Sans Limites


Alors que l’on croyait le concept éculé après quatre films, le réalisateur mexicain Evergardo Gout parvient à donner un nouveau souffle à la franchise American Nightmare (2013-2021) avec cet opus qui en dépit de quelques facilités scénaristiques parvient à viser juste dans sa critique de l’Amérique contemporaine.

© Universal Studios

Silence, ça purge

Depuis quelques années, la franchise American Nightmare (2013-2021) s’est imposée comme l’une des plus sûres, commercialement parlant, du paysage horrifique américain. Les cinq épisodes de cette saga ont d’intéressant qu’ils on su cartographier l’évolution de la société américaine de ces dix dernières années, surfant à chaque fois sur les événements et tensions récentes, faisant le constat sombre et désenchanté d’une Amérique dont les valeurs morales sont en constante déliquescence. On peut toutefois reprocher à la franchise d’avoir parfois verser dans la facilité en livrant des épisodes plus ou moins inspirés, jouant parfois d’un manque de nuance criant et d’un manichéisme confinant souvent à la bêtise – les méchants bourgeois de la ville contre les gentils pauvres de la province. Malgré tout, force est de constater que cette saga a pu parfois mettre en exergue des constats relativement compliqués à exposer même si elle n’y a pas toujours apporté les bonnes réponses. En effet, restant en surface et n’exploitant pas assez son concept et sa réflexion sur la violence de la société américaine, les films de la franchise American Nightmare donnent souvent la sensation de traiter le propos de fond en surface et de n’utiliser le brûlot de leur sujet qu’à des fins simplement opportunistes et mercantiles, sans jamais vraiment prendre position politiquement parlant. Dans le même genre, on lui préféra le plus pamphlétaire The Hunt (Craig Zobel, 2020) qui parvint l’an dernier à mettre les deux Amériques en face à face, et à dénoncer l’hypocrisie de ces deux camps qui s’affrontent depuis aussi longtemps que les Etats-Unis d’Amérique existent, mais dont la scission n’a fait que s’amplifier d’années en années, notamment sous la présidence Trump.

© Universal Studios

Partant de ce constat mi-figue mi-raisin, c’est dire si l’on attendait que peu de choses de ce cinquième film. Après quatre premiers essais et une série spin-off annulée au bout de deux saisons, il n’était pas incongru de se demander ce qui pouvait bien encore être raconté de cette Amérique par le biais de ce concept désormais éculé : on le rappelle pour ceux qui le découvrirait, la saga repose sur un high-concept, à savoir l’idée que les Etats-Unis mettent en place une « purge » annuelle d’une nuit, durant laquelle les citoyens américains sont libres de tuer qui ils veulent. Et pourtant, Evergardo Gout pose avec ce cinquième volet une réflexion assez intéressante sur les conséquences d’une société proposant une violence exutoire comme seule réponse aux problèmes minant sa population. L’idée matricielle ici est donc la suivante : et si une nuit de violence ne suffisait pas et que le peuple avait désormais besoin de plus ? Ce cinquième opus passe donc à la vitesse supérieure : après une nuit de purge, des groupes extrémistes décrètent la purge « sans limites », avec l’idée que le recours à la violence et aux homicides serait le seul moyen de purger le pays de ces démons.

L’intérêt du film réside certainement dans le fait qu’il est le premier volet à sortir après la défaite de Donald Trump face à Joe Biden. Le récit raisonne donc clairement avec l’état d’esprit d’une Amérique post-Trump (Lire notre article : Les cinémas de genres sous l’Ere Trump) qui, si elle croit avoir tourné la page du fantasque ex-président n’en a clairement pas terminé avec les tensions sociales et raciales qui parasitent le pays. Aussi, le film fait directement référence à l’assaut spectaculaire sur le capitole de groupes suprémacistes appelant à une guerre civile aux Etats-Unis – l’affiche du film fait d’ailleurs une référence évidente au fameux Shaman, leader des QAnon. A la différence de ces prédécesseurs, le metteur en scène ne propose pas ici une dichotomie aussi simpliste qui tendrait simplement à opposer les classes entre elles. Son discours est plus nuancé, préférant montrer deux groupes certes opposés – un groupe d’immigrants mexicains et un groupe de riches texans – mais qui sont forcés de s’entraider, malgré leurs différences, pour fuir des Etats-Unis à feu et à sang et rejoindre le Mexique.

© Universal Studios

Le fait que le cinéaste Evergardo Gout soit lui-même de nationalité mexicaine, apporte certainement un nouveau regard sur la franchise, une revitalisation du point de vue dont elle avait bien besoin. Son regard porté sur l’état du Texas et ses habitants, le port d’armes, l’immigration mexicaine, sonne relativement juste et objectif. Si les facilités scénaristiques habituelles de ce genre de production ne lui évite pas quelques maladresses – en premier lieu l’écriture des personnages principaux comme des antagonistes, qui n’est guère approfondie et sert juste à faire avancer l’intrigue sans les faire évoluer – Gout livre de loin l’épisode le moins manichéen et le plus riche de la saga. En effet, il propose un regard lucide de la situation des immigrés mexicains aux Etats-Unis, montrant à quel point ils occupent souvent une place de subalternes dont la subsistance est compliquée, ainsi que l’extrême solidarité qui existe au sein de cette communauté. D’ailleurs, alors que les États-Unis sont à terre, c’est grâce à cette communauté marginalisée que nos protagonistes trouveront leurs saluts. Et c’est là que le réalisateur est pertinent. Alors que ces prédécesseurs auraient sans doute opposés les dominants et les dominés dans un carnage certes jouissifs, mais peu inspiré, Evergado Gout montre que malgré les tensions persistante aux Etats-Unis une réconciliation entre les différents groupes demeure possible, rappelant d’ailleurs au détour d’un discours inhérent au film, que l’Amérique est à la base une terre d’immigration et que c’est sa diversité qui fait sa richesse.


A propos de Freddy Fiack

Passionné d’histoire et de série B Freddy aime bien passer ses samedis à mater l’intégrale des films de Max Pécas. En plus, de ces activités sur le site, il adore écrire des nouvelles horrifiques. Grand admirateur des œuvres de Lloyd Kauffman, il considère le cinéma d’exploitation des années 1970 et 1980 comme l’âge d’or du cinéma.

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