L’homme qui voulut être roi


Wild Side offre une nouvelle vie au chef-d’œuvre de John Huston : L’homme qui voulut être roi. Encore une fois, une édition totale comprenant un Blu-Ray, un DVD, un livre et de nombreux bonus : le tout dans un emballage de luxe. Vous l’aurez compris, il temps pour vous de repartir en voyage avec Sean Connery et Michael Caine.

Sean Connery assis sur son trône, avec roi, sceptre, et air sérieux dans le film L'homme qui voulut être roi.

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Dupond et Dupont au pays de l’or noir

Adapté de l’œuvre de Rudyard Kipling, L’homme qui voulut être roi est un projet de longue date pour John Huston, réalisateur du Faucon maltais (1941), Moby Dick (1956) ou encore Les Désaxés (1961). Au commencement, Clark Gable et Humphrey Bogart sont les favoris du metteur en scène pour donner vie aux deux personnages principaux. Les années se suivront et le projet aura grande peine à exister. Il faudra attendre finalement l’année 1975 pour que le rêve de Huston prenne corps aux travers de ceux de Sean Connery et Michael Caine. Au cœur de cette histoire de l’auteur du Livre de la jungle, on découvre deux aventuriers, l’un étant franc-maçon de surcroît, qui partent avec l’idée folle de revendiquer le trône du Kafiristan en Afghanistan. En soi, le long-métrage se déroule en deux temps : le voyage jusqu’à cette région perdue dans les montagnes afghanes, puis une deuxième partie au sein de cette civilisation coupée du reste du monde. Si bien que ces deux parties possèdent deux tons bien distincts. La première pourrait presque se rapprocher de la comédie, tant le duo formé par les deux acteurs britanniques amuse et s’amuse à amuser les autres. On a en tête l’image des Dupond et Dupont des albums d’Hergé, et force est d’avouer qu’ils remplissent plusieurs cases – notamment lors d’une présentation au poste de police dans les premières minutes du film. Durant cet acte, les deux personnages sont assez invincibles, continuant leur long chemin à pied et seul, et évitant toutes les embuscades et autres pièges de la nature. C’est donc tout naturellement avec une mentalité de champions qu’ils atteignent leur but. C’est à ce moment pivot que le long-métrage bascule.

Au premier plan Sean Connery assis montre du doigt l'horizon à un Michael Caine derrière lui, debout, appuyé contre la chaise ; au second plan, la ville exotique brûlee par le soleil, scène du film L'homme qui voulut être roi.

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On passe de la comédie à la tragédie antique, digne des écrits de Sophocle et Euripide. Alors que le personnage de Sean Connery, Daniel Pravot, essaye de devenir roi, il est pris au sérieux par les religieux qui découvrent qu’il possède le même médaillon (le symbole des francs-maçons) qu’Alexandre le Grand, ancien roi de la cité, et dont ils attendent le successeur depuis des siècles – le médaillon étant un énième coup de bluff puisqu’il ne lui appartient pas mais à Christopher Plummer, jouant Rudyard Kipling dans l’intrigue, en début d’aventure. Daniel Pravot va alors croire de plus en plus au destin, oubliant ce pourquoi il était venu (prendre l’argent et s’en aller). On assiste alors à une scission de notre duo, où Peachy Carnehan, personnage de Michael Caine, pose un regard inquiet sur son ami. Le tout trouvera une finalité dans un dernier acte qui redémarre le récit d’aventure de plus belle. Si le travail de John Huston est si formidable, c’est qu’il propose un récit d’aventure essoufflant, tout en ponctuant son récit de tout un acte plus cérébral et philosophique. Le réalisateur américain pose des images de cinéma en un quart de secondes, rendant le tout immortel pour des décennies à venir – ce qui est encore plus flagrant avec notre recul. C’est également le témoin d’un cinéma américain que l’on ne fait plus, que l’on ne sait plus faire peut-être, ou l’action et le romanesque se meut dans un seul corps : une fresque de cinéma épique.

Blu-Ray du film L'homme qui voulut être roi édité par Wild Side.Du côté de l’édition, Wild Side fait des merveilles. Pour les connaisseurs, L’homme qui voulut être roi est de la même collection que le Rusty James (Francis Ford Coppola, 1983) édité il y a quelques années maintenant. Objet qui possède de l’allure, assurément ; mais également qui en a dans le coffre. Une nouvelle fois, comme c’est l’habitude désormais – et encore plus chez des éditeurs comme Wild Side – la copie est très belle ! En plus de nombreux bonus d’origine (dont l’un traite de « la » cascade du film), de nouveaux montrent le bout de leur nez. Wild Side a eu la bonne idée d’interviewer Jean-Jacques Annaud, qui a également dirigé Sean Connery dans Le Nom de la Rose (1986), avec lequel le film qui nous intéresse ici entretient de nombreuses résonances. On vous le répète à chaque fois, mais tant que cela sera vrai on continuera à le faire : il s’agit de l’édition ultime à posséder, tant dans le fond que la forme. Alors si le Père Noël vous a oublié en cette année sainte, faites-vous le plus beau des cadeaux en revendant ceux de votre mamie.


A propos de William Tessier

Si vous demandez à William ce qu'il préfère dans le cinéma, il ne saura répondre qu'avec une seule et simple réponse. Le cinéma qu'il aime est celui qu'il n'a pas encore vu, celui qui ne l'a pas encore touché, ému, fait rire. Le teen-movie est son éternel compagnon, le film de genre son nouvel ami. Et dans ses rêves les plus fous, il dine avec Gégé.

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