Au service du diable


Toujours dans le dessein de nous faire découvrir des chefs-d’œuvres du cinéma d’exploitation, l’éditeur Artus films réédite le film Au Service du Diable (1971) de Jean Brismée, seul film d’exploitation belge a avoir acquis une réputation internationale.

 

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La Salsa du Démon

Quand on parle de cinéma d’exploitation et de vieux continent, deux pays nous viennent en tête : l’Angleterre et l’Italie. Sans nier la qualité des films produits par ces deux nations, force est de constater qu’ils ont quelque peu éclipsé les productions d’autre pays européens. C’est le cas pour la Belgique dont peu de films de genre sont passer à la postérité. Le film Au Service du Diable est une exception dont la réputation pourrait le faire passer pour un film maudit. Étrillé par les critiques de l’époque, désavoué par son scénariste qui le trouvait raté et re-titré plusieurs fois (le film est sorti sous les titres de La plus longue nuit du diable , Le château des vices et La nuit des pétrifiés ) par des producteurs opportunistes le film était bien parti pour tomber dans les méandres du cinéma. Dès sa conception, cette production Belgo-Italienne partait mal. En effet, la réalisation avait été confié à Patrick Rondard – qui avait par ailleurs écrit le scénario – assisté par André Hunnebelle (qui venait de réaliser la trilogie Fantomas). Victime des règles de co-production, qui imposaient un belge derrière la caméra, la réalisation échoua à Jean Brismée professeur de mathématique et de physique dont ce sera l’unique long-métrage.

Le film s’ouvre durant la seconde guerre mondiale et voit le Baron Von Rumberg sacrifier son enfant parce qu’il est de sexe féminin. Cet infanticide trouve son l’origine dans une vieille malédiction familiale qui prétend que les filles de la famille seraient des succubes. Des années plus tard, le baron reclus dans son château reçoit la visite de sept personnes malencontreusement égarés ; c’est le début d’une longue nuit épouvante. On sent que par sa mise en scène, Jean Brismée s’est fortement inspirée des bandes horrifiques italiennes de l’époque. En effet, que ce soit les plans d’extérieur du château de Von Rumberg, filmé en Gevacolor, ou les scènes d’exécution, on ne peut s’empêcher de penser à Mario Bava, notamment son film Le corps et le fouet (1963) qui possède une trame similaire. Malheureusement, le réalisateur n’a pas la force évocatrice du maître transalpin et certain de ses effets se montrent assez vains. Cependant, l’originalité du scénario –quoique assez répétitif – permet de passer outre les défauts de la mise en scène et d’apprécier le métrage. Il est a noté, par ailleurs, l’excellente partition de Alessandro Alessandroni qui livre ici l’une de ses compositions les plus envoûtantes grâce à l’utilisation intelligente de l’orgue.

L’élément le plus intéressant du film reste sa distribution. Co-production italienne oblige, on retrouve l’irrésistible Erica Blanc, grande habituée des giallos, qui incarne ici une succube. L’actrice est par ailleurs très mise en avant par le réalisateur, notamment aux détours d’une scène de transformation. L’autre bonne idée présente dans Au service du diable se retrouve dans le choix de l’acteur Daniel Emilfork dans le rôle du diable. En effet, à l’instar de Michael Berryman, l’acteur français possède une vraie « gueule » qui rend chacune de ses apparitions inquiétantes. Son faciès émacié est d’ailleurs l’une des bonnes surprises du film et on ne peut que déplorer son utilisation trop parcimonieuse. Du coté des bonus, cette édition est très riche en suppléments proposant divers entretiens, notamment celui de Alain Petit, spécialiste du BIS, qui revient durant une vingtaine de minutes sur le film et le cinéma fantastique Belge en général. A cela s’ajoute, les entretiens du réalisateur Jean Brismée et de l’actrice Erica Blanc qui évoquent leurs souvenirs de tournage. Ces bonus sont complétés par les scènes coupés du film sa bande annonce et des photos du tournage. A noter surtout, la présence d’un livret riche en contenu et très bien éditorialisé. Une fois de plus, l’éditeur Artus Films propose une édition de qualité qui rend hommage avec justice à ce film méconnu.


A propos de Freddy Fiack

Passionné d’histoire et de série B Freddy aime bien passer ses samedis à mater l’intégrale des films de Max Pécas. En plus, de ces activités sur le site, il adore écrire des nouvelles horrifiques. Grand admirateur des œuvres de Lloyd Kauffman, il considère le cinéma d’exploitation des années 1970 et 1980 comme l’âge d’or du cinéma.

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