Aniara 2


Première étape de notre voyage au Festival International du Film Fantastique de Gerardmer – que je vais m’employer à vous faire revivre tout au long de la semaine Aniara fut une mise en bouche spatiale assez décevante mais pas moins co-détententrice du Prix du Jury, aux côtés de The Unthinkable du collectif Crazy Pictures (dont je vous parlerai aussi). Décortiquons dès lors le premier long-métrage de ses deux co-réalisateurs.ices suédois, Hugo Lilja et Pella Kågerman.

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Dans l’Espace, plus personne ne s’entend philosopher

Dans un futur que l’on imagine plus ou moins proche, un groupe de Scandinaves est en partance pour coloniser notre chère planète voisine qu’est Mars. La raison ? Les ressources de la Terre sont épuisées, et l’humanité elle, frôle purement et simplement l’extinction. Pourtant, il ne sera jamais question d’un pied posé sur la planète rouge. Une panne de carburant bloquera nos habitants du pays des meubles en kit à bord du vaisseau sur-équipé et hyper-moderne ANIARA et les amènera à dériver pour une durée indéfinie dans les étendues obscures du système solaire ou du moins quelque part dans une galaxie très très proche, ou pas. A l’intérieur du vaisseau, véritable métaphore d’une espèce humaine tout ce qu’il y a de plus consumériste et capitaliste, une seule et principale grosse distraction, une machine à moduler les rêves et les consciences appelée Mima. Jusque-là, admis le fait que l’ANIARA soit destiné à voguer dans le cosmos sans but et que ses habitants soient occupés dans des mondes postiches, la tête dans une minerve, tout va bien. Mais forcément, et on le sent bien venir, Mima, intelligence artificielle véritablement identifiée comme une entité propre à la personnalité indépendante, commence à se fatiguer avec l’afflux de personnes cherchant à se distraire et bugue, pour finir par mourir. Obsolescence programmée ou sur-chauffage dû à une trop intensive utilisation, on ne le saura jamais vraiment.

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Toujours est-il que par tout ce qu’il montre, et surtout par la disparition du pain et des jeux, Aniara peint une humanité en perdition (ce qui fut d’ailleurs une thématique récurrente à l’ensemble de la sélection, ou presque), ayant dépouillé son monde natal pour ensuite se dépouiller d’elle-même. Jamais loin de la fresque écologique et anti-technologique, le film adopte une philosophie jusqu’au-boutiste ayant le mérite d’être radicale dans son propos. Le commandant de bord se transforme rapidement en oligarque répandant un totalitarisme quasi devin, d’autres fomentent des cercles occultes en gloire aux étoiles pendant que certains encore font le choix de la fin de l’existence de façon plus ou moins aléatoire pour les besoins de l’image. Dans le cas d’une analyse sociologique du comportement humain en territoire confiné pour une durée a priori illimitée, l’œuvre de Pella Kagerman et Hugo Lilja se pose là. Parfois ponctuée de petites nuances d’espoirs où tous les personnages reprennent confiance – comme lors de la découverte impromptue d’un corps étranger contenant probablement du carburant – en un avenir sur une terre, la désolation n’aura toutefois de cesse de les rattraper pour les pressuriser toujours plus. Pas d’avenir, nous allons tous mourir. Devant l’ennui et le néant, l’homme et la femme sont voués à leur perte…Et le spectateur aussi. Couplé à l’originalité du récit – adapté d’un poème du prix Nobel de Littérature suédois Harry Martinson et datant de 1956 – qui aurait pu aboutir sur un film d’anticipation fort et percutant, nous avons hélas devant nous un long-métrage qu’il serait pertinent de qualifier comme étant viscéralement poussif. Prenez Wall-E (Andrew Stanton, 2008), Passengers (Morten Tyldum, 2016), essayez d’y incorporer du Solaris (Andreï Tarkovsky, 1972) ou si vous êtes inspiré, un peu de Stalker (Andreï Tarkovsky, 1979) – pour les scènes de la Mima, qui peuvent rappeler La chambre du film – avec une ambiance de polar nordique aussi froid que son pays d’origine, éminemment dépressif et en manque de profondeur, et vous aurez un semblant du contenu d’Aniara. Tous les plans sont beaux, ce qui pour un aussi petit budget est bon à signaler, mais ce n’est pas pour cela qu’ils sont véritablement utiles. Il n’en devient que trop aisé de se perdre dans les méandres d’une pensée confuse, parmi les dédales de scènes pseudo-érotiques peu nécessaires et de situations sales ou gore n’existant que pour vous rappeler que vous regardez un film de genre.

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Ce qui s’avère être le plus dommageable, et ce sera le cas pour malheureusement à mon sens trop de films de la compétition officielle de ce 26ème festival de Gérardmer – Puppet Master : The Littlest Reich (Tommy Wiklund & Sonny Laguna, 2018) en Grand Prix, sérieusement ? –  c’est qu’avec une idée ou un concept aussi fort, accentué par une esthétique aussi léchée, on puisse faire quelque chose d’aussi mal pensé. Le réchauffement climatique et la peur d’une fin de notre monde propulsée par nous-même est une réalité dont les Suédois sont parmi plus conscients en Europe –Göteborg est notamment une des villes les plus écologiques d’Europe – ce qui forcément se ressent dans leur cinéma actuel. De tous les troubles, de toutes les causes, l’art se repaît. Mais d’une dénonciation d’un fait par un parti pris pourtant fort en gueule, Aniara se vautre dans une morale d’un fatalisme niais. Soutenu par des sauts dans le temps beaucoup trop intempestifs pour être soutenables – les titres des différents actes, comme une pièce de théâtre, sur fonds noirs et coupant les séquences d’une façon aussi directe, il faut arrêter – et par un acting bien trop mis en scène pour rendre au tout de la cohérence. Certains adoreront l’aspect philosophique dur et la beauté de l’œuvre, d’autres détesteront et trouveront à l’objet une facette inutilement trop intellectuelle pour le trouver percutant (si quelqu’un veut bien m’expliquer le pourquoi du comment de la toute dernière scène, je suis preneur, visez les commentaires). De notre côté, nous resterons sur un constat mi-figue mi-raisin, Aniara étant en soit totalement à l’image d’une sélection 2019 assez fade.

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A propos de Willys Carpentier

Son prénom n’est pas une référence cinéphile au Bruce que l’on connait tous, même s’il partage son nom avec son idole absolue, John. Sa passion pour le cinéma qui fait pas genre découle de celle qu’il a pour le Death Metal, elle fait peur et est pleine de saturation et d’hémoglobine et ce même si plus jeune, il ne décrochait pas de Peter Pan. Enfin, fait intéressant, il porte une haine sans égards pour Woody Allen.


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2 commentaires sur “Aniara