Opération Avalanche 1


Après un premier film fort intriguant que nous avions découvert au Festival International du Film d’Amiens il y a quelques années (The Dirties, 2013) le talentueux Matthew Johnson revient une seconde fois au found-footage avec Opération Avalanche (2016) un film inédit en salles faute de distributeurs mais néanmoins disponible chez Netflix (un de plus), sorte de relecture d’un des faux-documentaire les plus réussis des dernières années : Opération Lune (William Karel, 2002).

On a (pas) marché sur la lune

En 2013, Matthew Johnson signait un premier film (inédit en France) remarquable, The Dirties (2013) dans lequel il revisitait à sa manière le found-footage dans une sorte de relecture ultra-réaliste de Elephant (Gus Van Sant, 2002) qui oscillait entre moments de comédie irrésistibles et séquences d’une incroyable violence. A l’époque, alors que nous avions découvert son film au Festival International du Film d’Amiens, nous affirmions qu’il était plus que nécessaire de placer ce réalisateur sur la longue liste des « jeunes réalisateurs américains à suivre ». En 2016, le bonhomme refaisait parler de lui avec la sortie d’un second film, Opération Avalanche, qui fit sensation lors de sa tournée des festivals, ses escales à Locarno et à Sundance lui ayant permis d’acquérir une certaine hype internationale. Mais voilà, une fois de plus, le public français se voit privé d’assister à la naissance d’un des jeunes cinéastes les plus talentueux du moment, faute de courage de nos distributeurs hexagonaux. Après deux ans à espérer une sortie de ce film sur le territoire français, nous apprenons que Netflix en a finalement acquis les droits, devenant une nouvelle fois une alternative sérieuse pour que des petits films indépendants américains puissent être vus en France. C’est donc sur la plateforme de vidéo à la demande que nous avons pu découvrir le nouveau cru de Matt Johnson.

Pour ce second essai, le réalisateur s’attaque une nouvelle fois au found-footage – on parlera plus ici de found-footage même s’il est vrai qu’à bien des égards le film ressemble à un mockumentary – en s’amusant à ré-inventer par la même occasion l’un des hoax les plus célèbres qu’est celui du supposé faux-alunissage des américains en 1962 dont les images qui nous sont parvenues auraient en réalité été tournées en studio, par Stanley Kubrick ! Cette folle théorie du complot ayant déjà été traitée dans ce qui reste l’un des plus réussis faux-documentaires de ces dernières années – Opération Lune (William Karel, 1962) – on pouvait craindre que la version de Matt Johnson ne parviendrait pas tout à fait à se démarquer de son illustre prédécesseur. Hors il n’en est rien, tant les deux films jouent sur deux terrains complètement différents. Le faux-documentaire de William Karel jouait plutôt la carte des entretiens face caméra de grands spécialistes et témoins clés (dont la femme de Kubrick et Buzz Aldrin himself) qui s’amusaient à mentir délibérément. Ici, Matt Johnson préfère quant à lui aborder le sujet sous le prisme du found-footage en faisant croire (ou pas, il faudrait quand même être sacrément naïf) que les images présentées sont celles filmées à l’époque, de l’intérieur.

L’histoire se déroule donc en pleine Guerre Froide dans l’Amérique de John F. Kennedy alors que l’URSS et les Etats-Unis se livrent une véritable guerre des étoiles. Persuadée d’être infiltrée par une taupe russe, la NASA demande à deux agents de la CIA (incarnés par Matt Johnson et son complice Owen Williams, qui formaient déjà le duo de The Dirties) d’enquêter pour débusquer l’espion. Leur idée ? Se faire passer pour une équipe de documentaire chargée de filmer la préparation de la mission Apollo 11 qui doit envoyer des astronautes américains sur la Lune. Lors de leur enquête sous couverture, ils découvrent qu’en réalité la NASA ne dispose pas de la technologie nécessaire pour réussir la mission. Matt et Owen (ils gardent leurs vrais noms dans le film) proposent donc à la CIA de fabriquer de fausses images tournées en studio pour berner le monde entier et la NASA elle-même. La deuxième partie du film est donc une sorte de faux making-of du tournage : des repérages aux essais caméras, construction des décors, fabrication des fausses photographies officielles, séances d’écriture des dialogues où naissent les formules mythiques tels que « C’est un petit pas pour l’homme mais un grand pas pour l’humanité »… en passant par la visite sur le plateau de 2001 : L’Odyssée de l’Espace pour prendre conseils sur la fabrication des effets spéciaux. Une incohérence monstre mais néanmoins amusante lorsque l’on sait que le tournage du film de Kubrick se déroulait en Angleterre et ne débuta pas avant 1965. Avec ce clin d’œil évident au faux-documentaire Opération Lune, Johnson nous fait comprendre qu’il est totalement conscient du poids pesant de son illustre prédécesseur et préfère donc s’en amuser. A vrai dire, les films ne s’annulent pas tant qu’ils se complètent : les témoignages du premier pourraient tout à fait être étayés par les fausses-images d’archives du second.

La drôlerie de ce second essai, confirme tout le bien que l’on pensait de ce jeune réalisateur et nous donne raison d’avoir placé en lui tant d’espoir au regard de son premier film. Reste à se plonger dans sa nouvelle réalisation, une série télévisée paraît-il très amusante intitulée Nirvana the Band the Show (2016 – En Cours) que nous ne manquerons pas de vous chroniquer si tant est qu’elle ne fasse pas genre.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.


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