I Am Not A Serial Killer


Premier film de la compétition du 6ème PIFF (Paris International Fantastic Film Festival), I Am Not A Serial Killer joue sur les apparences et l’esprit tordu de Christopher Lloyd, le Doc de Retour vers le futur.

L’habit et le moine

Le serial killer est un objet d’étude cinématographique de rêve. Cultivant les paradoxes (« Je ne comprends pas, cet homme a violé puis mangé sa petite cousine mais c’était pourtant un charmant compagnon de bridge ! »), l’ambiguïté, le mystère et notre incompréhension (enfin j’espère), il a été de M le Maudit à Hannibal Lecteur le fruit d’illustrations marquantes pour ne pas dire traumatisantes. I Am Not A Serial Killer, le troisième long-métrage de Billy O’Brien, réalisateur notamment d’Isolation (2005) (« météore » selon le rédac chef de Mad Movies Fausto Fasulo, « ? » selon moi puisque je ne l’ai pas vu), ouvre la compétition du sixième Paris International Fantastic Film Festival (PIFF) avec une autre vision du tueur en série, s’amusant des apparences.

John est un ado américain inadapté type, comme si le John Connor de Terminator 2 (James Cameron, 1991) écoutait du grunge dans un film de Gus Van Sant, avec son lot de brimades, de solitude et de rage envers le monde extérieur. A vrai dire, il n’est pas si typique que ça, puisque son thérapeute, qui le voit régulièrement, lui a diagnostiqué une sociopathie le disposant à des pulsions d’homicide. Travaillant également avec sa mère dans une entreprise de services funéraires, on comprend vite que John n’est pas près de ralentir dans sa fascination envers le statut de décédé, le meurtre, et les tueurs en série célèbres auxquels il s’identifie. Coup de peau, un serial killer se met justement à frapper dans son petit patelin de Clayton, sur lequel John va enquêter pour vite découvrir que l’assassin récidiviste est très loin de ce qu’un esprit cartésien peut s’imaginer…Puisqu’il est une espèce de vieux, joué par Christopher Lloyd donc, monstrueux au sens propre (genre qui se métamorphose un peu en insecte géant).

Nous ne laisserons pas illusionner par la qualité formelle du film (tourné en 16mm), ni par son convaincant équilibre de ton (entre l’horreur, le glauque, la chronique teenager et l’humour) et devons avouer d’abord que I Am Not A Serial Killer est carrément trop long. Il présente bien toutes les étapes de l’enquête de John (indices, découverte, peur, puis choix de la lutte contre l’ennemi et combat final) mais O’Brien prend beaucoup trop son temps entre chaque, et ce n’est pas aidé par le fait que l’empathie pour son personnage principal, du moins pendant les trois quart du film, pour son personnage principal est difficile (c’est un sociopathe, les gars). Le jeu thématique du film est pertinent et bien mené : John est jeune, fasciné par la mort et se projette volontiers, avec une sorte de délectation, dans le rôle de sociopathe…Mais il se retrouve à lutter avec ce qui a l’apparence d’un vieil homme (donc au bord du chemin de la vie), qui se nourrit littéralement du cadavre des autres (à l’image du monstre de Jeepers Creepers) et qui décrépit d’ailleurs au fur et à mesure qu’il le combat. C’est certainement non pas face à la mort en tant que fait (un corps sans vie) mais en tant que devenir (il est horrifié par les meurtres et par la vision déplorable du vieil homme toussant, ne pouvant plus marcher, ayant besoin d’aide pour pisser et se laver) que John prend conscience qu’il n’aime peut-être pas tant la mort que ça.

Hélas passée cette pertinence, I Am Not A Serial Killer souffre d’un énorme talon d’Achille scénaristique qui le brise presque tout entier : malgré le fait que plusieurs personnes autour de lui (un rival à l’école, un copain, une fille amoureuse de lui, sa sœur etc…) aient peur de lui et de ses tendances, il n’y a personne, durant tout le film, qui pense une seule fois que les meurtres peuvent être commis par John…Quand bien même les victimes sont ses proches ! Plus qu’un talon d’Achille, c’est une aberration qui fait passer I Am Not A Serial Killer à côté de toute une partie de son sujet, pourtant évidente, et prêtant pourtant à un développement intéressant, puisque John aurait eu à se défendre d’être ce qu’il a toujours rêvé d’être jusque-là…On peut pas tout avoir.


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.

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