Man on High Heels 2


Après la bombe protéiforme The Strangers dont nous vous avons fait la chronique, c’est au tour de Man on High Heels d’être le petit coréen du moment. Réel OVNI du genre, ou juste une variation bien vue ?

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L’homme est une femme comme les autres

On a connu le polar ou thriller coréen mâtiné de fantastique, hard boiled, sentimental, et même incestueux (je ferai pas de listing, disons que c’est la flemme d’août), mais ce qu’on ne connaissait pas jusque-là, du moins nous pauvres occidentaux incultes, c’est Man on High Heels. Suivant l’état d’esprit d’une époque de communication et dans laquelle l’art conceptuel prend bien trop de place substituant l’idée à la manière de faire, le réalisateur Jin Jang savait qu’on allait parler de lui avec le pitch de son rejeton. Son héros, Ji-Wook, est d’abord un flic casseur de gangsters, balafré de partout violent et intransigeant, pissant sur la loi comme vous urinez à 7h du matin, c’est-à-dire pas droit, sur vos pompes voire sur un mendiant qui vous demandait pourtant juste un peu de monnaie pour pouvoir manger, seulement, se nourrir un peu…Le film débute Festival-de-Beaune-le-triomphe-de-Man-on-High-Heelsalors sur les chapeaux de roues, et on voit notre policier niquer moult mères à base d’un art martial que les connaisseurs reconnaitront certainement, mais pas moi, et ne laisse planer aucun doute sur la vigueur intrépide de Ji-Wook.

Sauf que, et c’est bien là le sel du scénario du film, Ji-Wook, au fond, est une femme, ou en tous cas, en passe de le devenir. Il subit déjà un traitement aux hormones, mais souhaite passer à l’étape supérieure du changement de sexe chirurgical. Bien entendu, et dans une société coréenne où le machisme est prépondérant, impossible pour lui de continuer à exercer son métier une fois devenu une Madame. Hélas, retraite et opéaration sont contrecarrées par une sale querelle entre notre flic de choc et une organisation du crime assez remontée contre lui…Assez équilibré, Man on High Heels réussit très bien à lier la trame polar du sujet avec celle du changement de sexe, alternant les scènes de genre propres (interrogatoires, machinations, combats, intimidations, assassinats…) et les séquences où Ji-Wook apprend et teste peu à peu sa nouvelle feminité, sa quête, entre travestissement (sujet d’une des rares scènes humoristiques du film d’ailleurs) et « formation » avec une doyenne du transgenre et une jeune danseuse. Cet équilibre est particulièrement fluide dans les outils narratifs du scénario, puisque Ji-Wook va accepter certaines choses pour se payer son opération, puis voler à la rescousse de certaines personnes avec lesquelles son homosexualité/sa féminité ont un lien profond et direct. La réflexion est aussi bienvenue, jouant sur la masculinité des personnages de polar (on entend plusieurs foisMan_on_High_Heels00010-620x413 « T’es (ou je suis) un vrai mec » ) et le sexisme coréen et brouillant ainsi les frontières de manière réjouissante entre le cliché et la réalité intérieure, dans un non-manichéisme qui est superbement retransmis par le jeu de Cha Seung-Won.

De là à dire que Man on High Heels est un renouveau du polar/thriller corréen, il y a un pas que je ne franchirai clairement pas. Car si son personnage induit un thème différent et un axe plaisant et original, le long-métrage suit en fait à la lettre les règles du genre tel que pratiqué par le Pays du Matin Calme. Tout n’est qu’une question de travestissement (justement) des codes, mais ils sont tous là : le point faible du héros, sur lequel les ennemis peuvent jouer ? Pas l’alcool par exemple, mais sa volonté de changer de sexe ; le drame du passé qui l’a marqué à tout jamais ? Présent, avec le suicide d’un amour de jeunesse ; la plus jeune recrue qui voit dans le héros une figure paternelle ? Là aussi…Jusqu’à la demoiselle en détresse à sauver lors d’une scène finale, et en passant par l’ambiance violente et mélancolique qui avait déjà consitué le genre (voir Old Boy ou A bittersweet life) tout est du déjà vu, mais juste pas avec les mêmes mots. On peut en être déçu, comme moi, ou en voir les premiers mouvements de rupture avec un pan du cinéma mondial déjà balisé : dans ce cas présent, on a hâte de voir ce que vont nous pondre ces chers coréens, quand même responsables de multiplies claques ces deux dernières décennies.


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.


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