L’intermédiaire   Mise à jour récente !


S’il n’avait plus réalisé depuis 2018, David Mackenzie a derrière lui une longue carrière qui a su jongler entre différents genres allant du western à la science-fiction en passant par le polar. C’est à ce dernier qu’il revenait en salles en 2025 avec L’intermédiaire, porté par les très bons Riz Ahmed et Lily James, sorte de revisite du thriller paranoïaque américain des années 70.

Riz Ahmed au premier étage d'un théâtre, sur le palier d'une porte de service, observant la scène de loin dans le film L'intermédiaire.

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Conversations secrètes

Dès ses premières secondes, L’intermédiaire installe son ambiance et la tonalité qui sera la sienne pendant quasi toute sa durée : une personne inquiète, épiée, une valise remplie d’informations compromettantes. Et du mystère, beaucoup de mystère. On se rend vite compte qu’on a affaire à un thriller paranoïaque tel que Hollywood les produisait à la chaine dans les années 70, en pleine Guerre Froide et suite au scandale du Watergate. Des classiques instantanés y sont nés : Conversation secrète (Francis Ford Coppola, 1974), À cause d’un assassinat (Alan J. Pakula, 1974), Les Trois jours du Condor (Sydney Pollack) ou Les Hommes du Président (A. J. Pakula, 1976). Un genre à part entière intimement lié au contexte politique de l’époque et qui agit en réaction à certaines dérives. Cinquante ans plus tard, le terreau politique étant ce qu’il est – une bombe à retardement – on s’aperçoit, notamment avec L’intermédiaire, que le thriller paranoïaque a déplacé le curseur sur le terrain des multinationales et des superprofits, notamment dans le milieu de l’industrie pharmaceutique et des lanceurs d’alerte. Une mise à jour, en quelque sorte, des enjeux actuels et d’un monde toujours plus insaisissable.

Lily James debout, au milieu d'un public dans ce qui semble être une salle de spectacle, à l'affût, dans le film L'intermédiaire.

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Ash est un fixer, un homme qui négocie des pots-de-vin pour des lanceurs d’alerte voulant dénoncer des entreprises peu scrupuleuses. Pour ce faire, il utilise un service de relais téléphoniques où il n’est jamais exposé à ses clients. Un jour, il est contacté par Sarah Grant, ancienne employée d’une entreprise de biotechnologie ayant volé des documents compromettants. Elle souhaite les restituer contre une somme d’argent mais l’entreprise en question la traque. Ash et Sarah, par l’intermédiaire du relai, vont commencer à tisser des liens… Un pitch intéressant qui promet sa dose de tension et de paranoïa et il faut souligner à quel point la promesse est tenue pendant la majeure partie du long-métrage, David Mackenzie parvenant à tirer le meilleur du scénario de Justin Piasecki, dont c’est ici le premier travail. En étirant le rythme, en prenant le temps d’installer ses personnages plutôt que la machination, le réalisateur saisit à contre-pied nos attentes. Et tant mieux car cela permet aux protagonistes d’exister et de nous concerner davantage. Ash, par exemple, qui aurait pu être une page blanche complète, a le droit à une belle caractérisation nous connectant émotionnellement à lui et, par ricochet, à ses mésaventures.   

La mise en scène est, à ce titre, très pertinente. En évitant les scènes d’action habituelles de l’espionnage technologique, elle revient justement à une forme d’épure qui rappelle le cinéma des années 70. Plans millimétrés, montage au cordeau, tout converge davantage vers une forme de tension perpétuelle et impalpable qu’à un déluge de pyrotechnie. Mackenzie a l’intelligence de faire de sa caméra un personnage à part entière : où qu’elle se place, elle est forcément le point de vue d’un homme ou d’une femme au centre de l’intrigue. Il y a là quelque chose de presque « depalmaesque ». D’ailleurs, le réalisateur de L’intermédiaire a certainement dû réviser son Blow Out (1981) illustré tant la connexion entre l’un des chefs-d’œuvres de De Palma et son film est évidente. Usage méthodique de la technologie analogique, personnage solitaire et entêté à faire éclater la vérité, pression permanente… Tout y est ou presque. David Mackenzie n’est pas non plus De Palma, mais la filiation est manifeste et le plaisir similaire. Au visionnage, il y a un plaisir communicatif du réalisateur au spectateur à se replonger dans un genre toujours aussi pertinent ayant fait les grandes heures de nos cinéphilies. 

Riz Ahmed méfiant dans une rue bondée, regarde par dessus son épaule ; scène du film L'intermédiaire.

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Dommage alors que le dispositif s’écroule dans son dernier acte. Attention aux spoilers, L’intermédiaire propose un retournement de situation de derrière les fagots qui a malheureusement un double effet déceptif. D’une part la chose est éculée : on a vu mille fois ce genre de twist qu’on pensait avoir dépassé depuis quinze ans avec son lot de facilités et d’incohérence a posteriori. D’autre part, il y a une déception liée à l’attachement ressenti envers les personnages qui tout à coup s’écroule. En bref, ce qui faisait la singularité de L’intermédiaire, c’était justement ce lien qui se créait sous nos yeux entre Ash et Sarah : le fait que nous ayons été manipulés est une chose, mais quand cela revient à remettre en cause l’existence même du film, c’est forcément dommage. On a donc un final où l’on sent que les auteurs, à ne pas vouloir s’abandonner au happy end, ont finalement cédé à une autre facilité beaucoup plus fatale : le rebondissement de trop. C’est là que L’Intermédiaire devient un objet filmique de plus là où il partait pour devenir une petite production maline et potentiellement culte pour tous les amateurs de thrillers tendus. 

C’est d’autant plus regrettable que formellement, le long-métrage est maitrisé de A à Z et qu’il est porté par un casting solide. Lily James – vue dans Cendrillon (Kenneth Branagh, 2015), Baby Driver (Edgar Wright, 2017), la mini-série Pam et Tommy (Craig Gillespie, 2022) ou dans le prochain Cliffhanger (Jaume Collet-Serra, 2026) où elle remplacera Sylvester Stallone, eh oui ! – est excellente jusqu’au twist. Et Riz Ahmed – aperçu dans Night Call (Dan Gilroy, 2014), Rogue One : A Star Wars Story (Gareth Edwards, 2016) et surtout Sound of Metal (Darius Marder, 2019) – est quant à lui épatant dans ce rôle difficile, quasi muet, où il doit à la fois imprimer en tant que figure méthodique et froide et devenir le cœur émotionnel du récit. Voici un acteur que l’on aimerait voir plus souvent dans de grands rôles… On retrouve également Sam Worthington, héros récent d’Avatar : De feu et de cendres (James Cameron, 2025), Willa Fitzgerald, présente dans A House of Dynamite (Kathryn Bigelow, 2025), dans des rôles d’antagonistes, ou encore le grand Victor Garber, architecte du Titanic (James Cameron, 1997). Une belle galerie de comédien.ne.s venant donner corps à L’intermédiaire, occasion manquée de devenir un grand film paranoïaque à cause d’un trop plein d’intentions sur le final.


A propos de Kévin Robic

Kevin a décidé de ne plus se laver la main depuis qu’il lui a serré celle de son idole Martin Scorsese, un beau matin d’août 2010. Spectateur compulsif de nouveautés comme de vieux films, sa vie est rythmée autour de ces sessions de visionnage. Et de ses enfants, accessoirement. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/rNJuC

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