Full Alert


Alors que l’éditeur Spectrum Films, spécialisé dans le cinéma asiatique, a la bonne idée de sortir en France des pépites du cinéma hong-kongais, comme récemment The Bride with white hair (1993) de Ronny Yu. En ce joli mai, dans quelques jours, ce sera au tour de Full Alert (1997) du grand Ringo Lam de nous parvenir en Blu-Ray.

L'acteur Lau Ching-wan bras ballants et yeux écarquillés dans l'étroit marché couvert du film Full Alert pour notre critique.

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La Rétrocession dans le viseur

Pao Wai-hung dans une rue de Hong-Kong, le visage ensanglanté, braque son revolver sur quelqu'un hors-champ, scène du film Full Alert.

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Ringo Lam fait partie de la génération de cinéastes débarquant dans le cinéma de Hong-Kong des années 1980 à l’instar d’un Johnnie To (Running out of time, 1999) ou d’un Andrew Lau (Infernal Affairs, 2002). Il se fait un nom grâce à sa trilogie des On fire qui comprend le polar City on Fire (1987), le film carcéral Prison on Fire (1987) et le drame scolaire School on Fire (1988). Le premier est le plus célèbre, par le biais de Tarantino qui en a fait un remake déguisé avec son Reservoir Dogs (1992). Cette trilogie permet de comprendre le style de Ringo Lam : son approche de la violence est brute, frontale, éloignée du maniérisme d’un John Woo. Une noirceur traverse son cinéma et ces trois longs-métrages, surtout dans School on Fire, le plus enlevé de la trilogie. Il met en scène des lycéens aux prises avec la mafia locale, et la conclusion de cet affrontement est forcément tragique. Même si l’école finit par gagner, elle n’a aucun avenir viable à offrir à ces jeunes hong-kongais. Effectivement, le nihilisme des lycéens envers leur futur n’est que le reflet de la population hong-kongaise face à l’arrivée de l’année 1997 et de la rétrocession. Sentiment qui transparaît dans chaque séquence de Full Alert.

L'inspecteur Pao le téléphone portable à l'oreille tandis qu'une foule s'agglutine à quelques mètres derrière lui, en haut d'un escalier, scène du film Full Alert.

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Full Alert, c’est l’histoire d’un chassé-croisé entre un flic d’un côté et forcément un gangster de l’autre. Ce dernier cherche à préparer un braquage. A bien des égards, il rappelle Heat (1995) de Michael Mann, autre polar urbain, qui avait été une pierre angulaire du cinéma d’action, notamment avec sa séquence de fusillade en pleine rue, au milieu des passants. Pour les amateurs de cinéma HK, ce dispositif avait déjà été expérimenté, dans OCTB (1994) de Kirk Wong par exemple avec son impressionnante fusillade urbaine. Full Alert reprend le flambeau de cette sempiternelle guerre entre force de l’ordre et voyous dans les rues de la Perle de l’Orient, notamment à travers une séquence de course-poursuite en voiture suivie d’une fusillade qui marquera les esprits. Non pas forcément pour son caractère spectaculaire, mais pour son traitement de l’après. Car une fois les futurs braqueurs en fuite, notre regard s’appesantit sur les victimes de cette collision. Rarement un film d’action nous aura fait prendre conscience des dégâts causés par les héros et anti-héros de ce genre filmique au sein de leur espace scénique… Chaque mort se fait ressentir dans le Hong-Kong de Ringo Lam. La ville est dans un deuil permanent. Le face à face final entre le flic et son double négatif n’aura rien d’héroïque, mais sera désabusé comme le reste du long-métrage. La note d’intention de Ringo Lam est claire, pour lui, la Rétrocession équivaut à la fin d’un monde.

Full Alert est une oeuvre indispensable pour tout amateur de polar urbain et surtout pour comprendre la mentalité des cinéastes hong-kongais à l’approche de la réunification avec la Chine Continentale. Pour celles et ceux qui souhaitent découvrir des films de Ringo Lam moins dépressifs, nous ne pouvons que vous conseiller Full Contact (1993) – rien à voir avec le Jean-Claude Van Damne – et Le Temple du Lotus Rouge (1994). Le premier est un film d’action avec une grande inventivité dans ses gunfight par la présence entre autre d’effets bullet time bien avant l’heure et le second est un film d’aventure d’époque complètement délirant produit par l’inévitable Tsui Hark !


A propos de Mathieu Guilloux

Mathieu n'a jamais compris le principe de hiérarchisation, il ne voit alors aucun problème à mettre sur un même plan un Godard et un Jackie Chan. Bien au contraire, il adore construire des passerelles entre des œuvres qui n'ont en surface rien en commun. Car une fois l'épiderme creusé, on peut très vite s'ouvrir vers des trésors souterrains. Il perçoit donc la critique comme étant avant tout un travail d'archéologue. Spécialiste du cinéma de Hong-Kong et de Jackie Chan, il est aussi un grand connaisseur de la filmographie de Steven Spielberg.

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