Sirocco


Sidonis Calysta sort en DVD un ersatz du mythique Casablanca (Michael Curtiz, 1942) pas dénué de qualités dont la première est évidemment Humphrey Bogart : critique de Sirocco réalisé par Curtis Bernhardt en 1951.

Harry et Violette assis face à face dans une chambre, ils tiennent tous les deux, de part et d'autre, un bracelet que Harry est en train de décrire, scène du film Sirocco.

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Ma Syrie d’amour

Harry Smith à table avec son acolyte syrien, scène du film Sirocco.

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Tous les ans, le créateur de Playboy Hugh Heffner organisait une projection de son film favori, Casablanca (Michael Curtiz, 1942). Est-ce parce que ce dernier avait des vertus aphrodisiaques subliminales et insoupçonnées ? Je n’ai hélas pas pu le prouver personnellement mais je sais, avec le reste du monde, que le long-métrage de Michael Curtiz a une influence capitale sur le cinéma outre-Atlantique. Il n’est pas que le doudou nostalgique pour toute une génération de spectateurs mais il a marqué Hollywood de son empreinte, notant un avant et un après : dans l’écriture du scénario, tant le script de Casablanca est encore aujourd’hui, pour l’école américaine – suffit de passer un œil sur les livres de méthode de scénario comme Story de Robert McKee – une référence absolue, au même titre que le Chinatown (Roman Polanski, 1974) de Robert Towne ; dans ce qui se passe lorsque deux stars créent une alchimie exceptionnelle ; dans le mariage parfait entre succès populaire et travail artistique exigeant, profond ; enfin pour sa dimension historique, Casablanca sortant en pleine Seconde Guerre Mondiale et prenant place dans un territoire placé sous le gouvernement de Vichy. Il a logiquement fait moult émules, avec une qualité très relative, oscillant du navet à l’honnête variation. Sirocco, édité en DVD par Sidonis Calysta, est de cette seconde catégorie.

Syrie, 1925. Le territoire est sous contrôle français, et les Syriens en ont ras la casquette : c’est la guerre civile. Entre les deux camps, Harry Smith (Bogart), vend des armes aux rebelles tout en marchandant aussi avec les Français. Mais le double jeu s’envenime lorsque dénoncé par un acolyte, Harry devient la cible de l’armée française et en particulier du colonel Ferroud qui accessoirement, a Harry Smith dans le pif depuis qu’il l’a vu tourner autour de son aimée, Violette. D’autant plus que leur couple bas de l’aile et que Violette songe à fuir le pays… Comme Casablanca, Sirocco mêle récit d’aventure en un lieu exotique – adapté du roman de Joseph Kessel Le coup de grâce – et codes du film noir avec enquête, DVD du film Sirocco édité par Sidonis Calysta.trahisons, femme fatale. Comme Casablanca, il lie une histoire d’Amour à des considérations géo-politiques majeures. Enfin comme Casablanca ou ultérieurement Le port de l’angoisse (Howard Hawks, 1944) il place Humphrey Bogart en personnage sans foi ni loi qui peu à peu agit par “altruisme” et non plus seulement par appât du gain. Il serait toutefois dur de réduire Sirocco aux emprunts à d’autres films car sans être un chef-d’œuvre inoubliable, il a des qualités propres. D’abord une mise en scène réussie, fruit du travail du méconnu Curtis Bernhardt qui filme Damas comme un espace sombre et tortueux, digne des mégalopoles ténébreuses des films noirs de l’époque. Ensuite un scénario solide, prévisible sous certains aspects mais dont l’imbrication entre les différents enjeux est bien huilé. Enfin un vrai souci des personnages, touchants protagonistes bouleversés par un destin cruel qui écrase les velléités d’amour et de liberté. L’interprétation blessée et mélancolique du colonel Ferroud par Lee J. Cobb aux accents Don Carlos dans Hernani retient particulièrement l’attention, dans un contexte de guerre syrienne aux échos troublants avec ce que l’on sait du monde aujourd’hui…

A film honnête, édition honnête : Sidonis Calysta n’en fait pas des caisses et livre Sirocco avec une restauration impeccable pour du DVD. En bonus, l’inénarrable Patrick Brion présente le film, avec un petit focus bienvenu sur son réalisateur. On aurait pu avoir plus, mais on peut remercier l’éditeur pour la découverte de sous-Casablanca qui ne fait pas pâle figure et promet aux fans de Humphrey Bogart, une pièce sympathique de collection que Sidonis continue d’alimenter depuis Le Violent (Nicholas Ray, 1950) ou Plus dure sera la chute (Mark Robson, 1956).


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.

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