Sonic, le film


Un peu trop facilement classé parmi la vague d’adaptations bas du front et dénués de charme qui dirigent Hollywood, Sonic, le film (Jeff Fowler, 2020) ne mérite pas les blâmes qu’une critique prompte aux a priori lui adresse : critique agréablement surprise d’un film sur lequel on pariait peu.

Sonic en gros plan, des éclairs dans les yeux.

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PEGI 18

Sonic, Tom et Maddie sur le toit du building Transamerica Pyramid de San Francisco, cernés par les drones chasseurs de Robotnik, scène du film Sonic, le film.

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Bien sûr je comptais moi aussi tirer sur l’ambulance. Autre adaptation sur grand écran d’une licence fleurant bon la nostalgie pour toute une génération ; vouée du même coup à brasser large des trentenaires-quarantenaires qui ont joué à Sonic sur des consoles 8 ou 16 Bit à un public plus jeune qui l’a connu sur des machines plus neuves, ou qui le découvrira peut-être même sur grand écran. Évidemment que ce Sonic, le film (Jeff Fowler, 2020) n’avait pas l’air d’être moins opportuniste que les autres. D’être moins mercantile, de ne pas se plier, lui aussi, à la maladie des blockbusters – voir l’article : Blockbuster, en toute franchise – hollywoodiens contemporains : adaptations / suites / franchisations à outrance. La polémique autour du design de Sonic, éclatée lors de la première bande annonce publiée en ligne, n’a pas été non plus pour nous faire changer d’avis. Énième exemple d’une industrie qui se plie avec une facilité déconcertante aux desiderata des fans-tyrans pullulant sur les réseaux sociaux ? Même si pour le coup le changement est bienvenu tant le design initiale était un essai bâtard entre le Sonic que nous attendons et un hérisson plus réaliste mais en synthèse (paradoxe de la course à la CGI qui vise à faire toujours plus vrai, mais toujours plus moche)… Soit, cette adaptation du jeu mythique de Sega avait tout pour déplaire et c’est bien ce qu’elle a fait pour une bonne partie de la critique. Le public, lui, s’est contenté de balayer d’un revers de la main l’opinion de l’intelligentsia puisque le film a réalisé le plus gros démarrage de l’histoire du box office pour une adaptation de jeu vidéo. Et pour le coup, c’est le public, envers et contre tous les préjugés, qui a raison.

Sonic est un extraterrestre qui se réfugie sur la planète Terre suite à l’attaque de sa planète par une vilaine horde de créatures – celles de la race de son ennemi rouge et historique Tails, que nous voyons dans la scène post-générique . Usant avec malice de sa vitesse supersonique, il parvient à vivre clandestinement, caché de la vue des humains, s’amusant comme il le peut de son pouvoir. Mais la solitude lui pèse, et un soir il craque : sauf que quand Sonic fait une crise de nerfs, c’est une telle déflagration d’énergie que l’électricité de toute la ville dans laquelle il squatte saute immédiatement. Le gouvernement américain fait alors appel au Docteur Robotnik (Jim Carrey, halluciné comme on l’aime) pour connaître la raison de cette surnaturelle et fabuleuse surcharge d’énergie. Robhotnik étant un génie mais surtout un grand fou dont le seul but, après avoir découvert son existence, est de choper Sonic pour l’étudier scientifiquement sans état d’âme, le salut de ce dernier ne vient que grâce à la rencontre avec Tom, flic blasé de son état qui se prend d’amitié pour le hérisson bleu et l’aide à retrouver les anneaux magiques qui vont permettre à Sonic de trouver refuge ailleurs, encore sur une autre planète… Ici prend appui la flèche lancée par les détracteurs du projet : la simplicité du canevas, le déjà-vu des enjeux narratifs. Ne nous mentons pas, c’est clair que Sonic, le film est cousu du fil blanc. Cliché de l’écriture made in Disney (bien que le projet soit de la Paramount) il s’agit là d’une parabole sur l’amitié, la famille de cœur, sur ce que c’est d’être humain, et qui se déroule de surcroît dans un univers dénué de sexe et sang. Le reproche est là mais… Franchement, qui attendait de cette adaptation qu’elle soit 1) une œuvre à la portée philosophique éblouissante et révolutionnant le septième art 2) destinée à un public mature ? Sonic, le film épouse la cible des jeux dont il est issu (et ce n’est pas Resident Evil ni Mortal Kombat) à savoir : jeune, voire enfantine. Ce n’est pas un problème. Ce n’est même pas insultant et ce ne doit pas l’être.

Jim Carrey joue Robotnik dans le cockpit de son vaisseau, scène de Sonic, le film.

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D’autant plus que le métrage ne s’adresse pas seulement aux enfants et peut tout à fait toucher les adultes. On ne peut que souligner que le second degré des dialogues, distance que les enfants ne comprendront pas tout le temps, fait souvent mouche tandis que les références – un peu trop fréquentes, mais ce n’est pas surprenant : voir notre article L’impasse du pop – toucheront le cœur des plus vieux (Tom s’appelle Wachowski, Sonic adore le film Speed (Jan de Bont, 1994), lit les DC Comics de Flash etc…). On peut même justement vanter les mérites du scénario qui, s’il suit un chemin balisé, n’en délaisse pas un travail créatif pour autant, modèle d’écriture hollywoodienne en machinerie parfaite où rien n’est laissé au hasard et où de bonnes trouvailles gravitent ça et là. En bref, réjouissant mix entre respect de la licence et innovation, ce Sonic, le film est une excellente surprise qui finalement, malgré toutes les moqueries, ne prend personne pour un con et ne pêche jamais par fainéantise. La critique cinéphile ne peut hélas pas toujours en dire autant.


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.

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