Bleeding Steel


Le blockbuster chinois Bleeding Steel réalisé par Leo Zhang et sorti sur les écrans de l’empire du Milieu en 2017, arrive enfin dans nos contrées directement en vidéo grâce à AB Production le 21 Août prochain . Si on en parle aujourd’hui sur Fais pas genre, c’est évidemment parce qu’il met en scène le plus grand : Jackie Chan !

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Jamais plus Jamais

Dans Bleeding Steel (Leo Zhang, 2017), Jackie Chan se retrouve parachuté dans un film mêlant les codes du thriller à ceux de la science-fiction cyberpunk. Genre qu’il découvre donc totalement sauf si l’on considère que Le Smoking (Kevin Donovan, 2002) est de la SF et pourquoi pas. Pour faire simple, il interprète le rôle de Lin Dong, un agent spécial avec une carrière aussi efficace que sa descente d’alcool dans Drunken Master 2 (Liu Chia-Liang et Jackie Chan, 1994). Il doit faire face à un drame personnelle, sa fille est atteinte de leucémie. Elle va survivre grâce à un scientifique qui lui transplante un cœur artificiel tout en lui transfusant du sang modifié. Ce cœur et ce sang procurent la faculté de cicatriser n’importe quelle blessure et de faire repousser les membres, comme chez certains reptiles. Néanmoins, un ancien cobaye de ce scientifique veut récupérer ce cœur. Après un terrible affrontement en ouverture du long-métrage entre ce dernier et Lin Dong, l’ancien cobaye est obligé de se retirer dans son vaisseau spatial, son corps ne supportant plus l’air terrestre. Quant à Lin Dong, il décide de se faire passer pour mort, d’envoyer sa fille dans un orphelinat afin qu’elle puisse vivre à l’abri des regard, quitte à sacrifier son rôle de père, le devoir avant tout.

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Suite à cette introduction, nous retrouvons la fille de Lin Dong devenue adulte et recherchée pour son cœur. On est alors en face d’un chassé-croisé entre des séquences de techno-thriller sorties tout droit d’un G.I. Joe (Stephen Sommers, 2009) et d’autres de kung-fu comédie à la Mister Cool (Sammo Hung, 1997). Ce qui est gênant, c’est de voir le film ne pas réussir dans les deux registres. Les enjeux cruciaux du techno-thriller sont désamorcés par la kung-fu comédie et les séquences de celle-ci ne sont ni savoureuses, ni bien chorégraphiées. Il faut de plus noter que Jackie Chan est producteur et l’impression qu’il essaie de viser coûte que coûte les nouvelles générations avec Bleeding Steel est criante : abus d’effets spéciaux, enjeux terrestres, mélange des registres ad nauseam comme dans n’importe quelle marvelerie. Il convie, de plus, deux jeunes stars à partager l’affiche avec lui, Show Luo, acteur, animateur télé et star de la chanson et Ouyang Nana également chanteuse et actrice. Pendant plus d’un tiers du film, Chan s’efface même pour leur laisser la place et Show Luo se retrouve donc au coeur d’une séquence d’action-comédie très loin des standards de la grande époque du cinéma HK… tant l’un et l’autre de ces jeunes recrues sont tout bonnement insupportables !

Les motivations orgueilleuses de Jackie Chan à être toujours au devant de l’affiche sont compréhensibles, mais ce qui ne l’est pas, c’est qu’il bafoue sans vergogne son propre cinéma. Suite à son passage réussi aux Etats-Unis avec notamment les sagas Rush Hour et Shanghai Kid, il a souvent expliqué que la manière de travailler au pays de John Ford n’est pas prompte à parfaire les cascades et les chorégraphies, trouvant que le découpage des séquences d’action est bien trop rapide, ne permettant pas de ressentir les mouvements et les coups. Dans ce cas, le sur-découpage hollywoodien joue parfaitement son rôle d’illusionniste, masquant les compétences limitées des acteurs hollywoodiens dans le domaine martial. Mais justement, ce jeu d’illusion est bien présent dans Bleeding Steel, tant toutes les scènes d’action sont sur-découpées, rendant difficile la lecture de certaines d’entre elles. Jackie Chan n’est après tout qu’un homme, ses talents martiaux, ne sont donc pas immuables. Pire encore, durant deux séquences, Lin Dong dissimule son visage avec une cagoule. Ce subterfuge grossier permet donc à la star chinoise de faire appel à une doublure. Il ne peut y avoir de doute, car pourquoi cacherait-il son visage si expressif et si caractéristique de son jeu ? Le coup fatal est porté avec l’apparition du générique : en effet, depuis les années 1980, Jackie Chan a l’habitude de montrer dans ses génériques toutes ses cascades et autres mouvements ratés. Là, rien de tout cela n’est présent, simplement un vulgaire bêtisier du tournage, Chan reniant ainsi sa propre marque de fabrique ! Mieux, il met aussi à mal son propre sens moral. Dans Bleeding Steel, son personnage ose ôter la vie à certains antagonistes et il va même jusqu’à arracher le coeur au méchant ! Or, dans ses productions antérieures, même si ses ennemis en veulent à sa vie, Jackie Chan fait toujours tout pour sauver la sienne sans jamais l’enlever à ses adversaires. Dans tous ces films, ses personnages font preuve d’un profond sens éthique quant à la question de tuer – hormis dans la parenthèse que fut Crime Story (Kirk Wong, 1993). Ici, tout est balayé. Pourquoi sacrifier ce qu’il a bâti ? Lui seul à la réponse à cette question et à la vue de ses futurs projets, hélas ce n’est pas près de s’arrêter. Jackie Chan devrait s’efforcer à transmettre sa légende au lieu de la fourvoyer ainsi.


A propos de Mathieu Guilloux

Mathieu n'a jamais compris le principe de hiérarchisation, il ne voit alors aucun problème à mettre sur un même plan un Godard et un Jackie Chan. Bien au contraire, il adore construire des passerelles entre des œuvres qui n'ont en surface rien en commun. Car une fois l'épiderme creusé, on peut très vite s'ouvrir vers des trésors souterrains. Il perçoit donc la critique comme étant avant tout un travail d'archéologue. Spécialiste du cinéma de Hong-Kong et de Jackie Chan, il est aussi un grand connaisseur de la filmographie de Steven Spielberg.

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