Anna


Alors que Luc Besson avait défrayé la chronique pour ses ennuis financiers autour de la possible faillite et vente de sa société EuropaCorp, ainsi que pour les suspicions de viol et d’harcèlements sexuels qui planent sur sa personne. Le voici de retour sur les écrans et dans les tabloïds pour un nouveau (énième ?) thriller d’espionnage tout à fait bas de gamme, mais sans prétendre à viser plus haut.

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A bout Portant

« Auto-parodie », « ridicule », « misogyne à hurler », « envolées grotesques proche du pur lyrisme nanardeux »… La critique française et américaine n’a pas été tendre avec le dernier bébé de Luc Besson. Tout le monde tirait à vue sur le réalisateur-producteur français le plus connu à l’étranger, en parlant pêle-mêle du film, des difficultés financières de sa société et de ses déboires personnels. Il semble même que ce soit devenu le sport national de la presse hexagonale de flinguer à bout portant celui à qui on doit les cultes Léon (1994) et Le Cinquième élément (1997) tout comme les navets Malavita (2013) et Lucy (2014). Et ce, avant même que le  truc ne soit sorti en France, l’idée étant de reprendre quelques citations de la presse outre-atlantique pour mieux enfoncer le clou. Bref… Nous avions déjà précisé à l’occasion de Valérian et la Cité des mille planètes (2017) que nous n’étions pas de ceux qui considèrent Luc Besson comme un équivalent en nullité du bon vieux Uwe Boll. Il ne sera pas question donc ici de se joindre au mouvement national qui se complait dans la critique facile – même si parfois justifiée, on l’admet tout à fait – de celui qui tire les entrées françaises à l’internationale vers le haut, mais bien d’envisager le film pour ce qu’il est, ni plus ni moins. De même, il n’est pas question ici de minimiser, voir d’omettre, les accusations qui lui sont faites, mais simplement rester à sa place. Nous ne sommes ni juges, ni avocats, et la meilleure grâce et foi que l’on puisse laisser à la justice, c’est de la laisser faire son travail, en espérant qu’elle le fasse du mieux possible. Contentons nous donc de faire le notre, à savoir vous parler de cinéma, quand bien même il s’agisse d’une sucrerie d’été.

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Car à ce titre, Anna (2019) tient ses (maigres) promesses : une actrice-mannequin aux mille tenues qui envoie de bonnes dérouillées à tous les mecs qui se dressent sur son chemin, une intrigue faussement compliquée mêlant les méchants russes et les gentils américains dans la beauté « carte postale » de la capitale française… Les codes, éléments récurrents et topoï du genre sont en place et il ne manque plus qu’un réalisateur fasse monter la mayonnaise avec les quelques ingrédients en présence. Malheureusement, il faut bien l’admettre, Besson-cinéaste semble avoir été remplacé par Besson-business-man : on prend la même recette et on recommence. Lui qui avait si bien su raconter l’histoire d’une autre femme forte en son temps – Nikita (1991) – se trouve dans l’incapacité de retrouver la recette du succès. Les ingrédients sont bien là, mais pas le coup de main. Si Sasha Less (déjà vue dans Valérian et la Cité des mille planètes sous les traits numériques de la princesse Lihö-Minaa) a bien la beauté et la grâce de sa prédécesseuse Anne Parillaud, elle n’en a pas les failles ni le tempérament à fleur de peau qui rendaient le personnage de Nikita si attachant. La jeune actrice russe fait au plus simple avec un scénario et un découpage qui ne lui laissent pas le temps de prendre ses marques et de construire un personnage. Qu’on se souvienne des séquences d’intimité entre Anne Parillaud et Jeanne Moreau pour s’en convaincre : en 2019, la complexité est sacrifiée sur l’autel de l’efficacité. Prenons l’exemple de « l’arrivée de l’héroïne dans sa nouvelle vie ». Alors que Nikita s’amusait, dans une scène touchante voire émouvante, du caractère gauche du caissier du coin (Jean-Hugues Anglade) avec lequel elle sortira finalement, Anna est prise dans le tourbillon de sa manageuse Dorothée (la drôlissime Alison Wheeler) qui enchaîne les répliques en retenant son souffle dans une séquence à la vitesse de trois plans par seconde. Sans accès au personnage, sans moment de vie et donc aucune humanité, difficile de s’attacher à Anna, personnage-pantin au service d’un récit prétexte à des scènes de baston.

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De l’action, le film n’en manque pas. La scène du restaurant est peut-être celle qui restera le plus en tête : tout comme Nikita doit buter un homme en moins de cinq minutes mais sans l’échappatoire promis, Anna doit abattre sa cible avec un flingue… pas chargé ! Les cascades et le découpage frénétique feront le reste pour offrir quelques minutes bien plaisantes. Quant au scénario derrière tout ça, on pourra rire des allers-retours temporels à n’en plus finir (10 ans plus tôt, 6 mois plus tard, 3 plus tôt, etc.) qui révèleront à chaque fois les changements de camp de l’agent double/triple/quadruple (on ne sait plus bien) qu’est Anna. Derrière tout ça, l’idée des matriochkas, ces poupées russes qui s’emboîtent les unes dans les autres, révélant leurs secrets tour à tour. On a vu plus inventif. Red Sparrow (Francis Lawrence, 2018) avait voulu s’essayer au genre, le résultat n’était guère plus qualitatif.  Vous l’aurez compris, Anna est une grosse resucée de Nikita, sans la performance de son actrice ni l’inventivité de son réalisateur. À côté de ça, Luke Evans et Cillian Murphy sont en pilotage automatique en assurant le service minimum dans des rôles de toute façon peu intéressants, et Helen Mirren semble s’amuser en numéro 2 du KGB avec son costume soviétique tout en fourrure et ses grosses lunettes de myope. Un peu maigre pour en faire un bon divertissement. 


A propos de Baptiste Salvan

Tombé de la Lune une nuit où elle était pleine, Baptiste ne désespère pas de retourner un jour dans son pays. En attendant, il se lance à corps perdu dans la production de films d'animation, avec son diplôme de la Fémis en poche. Nippophile invétéré, il n’adore pas moins "Les Enfants du Paradis", son film de chevet. Ses spécialités sont le cinéma d'animation et les films japonais.

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