Dragons 3 : Le Monde Caché 1


Neuf ans après la sortie de l’enthousiasmant Dragons (Dean DeBlois & Chris Sanders, 2010), voici donc venu le troisième et dernier épisode annoncé de la trilogie initiée par DreamWorks Animation.

© Dreamworks

« Même les dragons ont une fin » (Le Hobbit, J.R.R. Tolkien)

Il est vrai que nous n’avons pas beaucoup parlé de la série adaptée du roman How to Train Your Dragon (Cressida Cowell, 2003) chez Fais Pas Genre, mais autant vous dire qu’on tient en (très) haute estime le premier volet, peut-être un peu moins le deuxième. C’est avec donc autant d’impatience que de crainte qu’on en attendait la conclusion… Comme toujours, le défi est de maintenir les exigences artistiques et narratives des premiers opus, tout en s’inscrivant dans un univers bien investi et approprié par des cohortes de fans, sans oublier pour autant de surprendre. La tâche est, reconnaissons-le, immense, et bien des franchises s’y sont cassé les dents. On vous en touchait déjà deux mots l’été dernier, à propos dtel Transylvanie 3 : Des vacances monstrueuses (Genndy Tartakovsky, 2018)… Alors oui, la bande-annonce de Dragons 3 : Le Monde Caché, sortie au moment du festival d’Annecy, en avait fait frémir plus d’un, avec son nouveau dragon femelle (une dragonne ?) qui ressemblait plus à un Pokémon Lune qu’autre chose. Que pouvait donc bien nous réserver cette amourette entre deux dragons au design toujours plus juvénile et lisse de film en film ?

                                               © Dreamworks

Nous retrouvons donc Harold (Hiccup pour la version originale) chef du village de Beurk aux côtés de son ami dragon Krokmou (Toothless). Vikings et dragons vivent en harmonie, dans un exemple de symbiose mutualiste à faire rêver les profs de SVT, quoique sur une île qui devient de plus en plus étroite. Harold pense sérieusement à quitter Beurk pour le Monde caché, une mystérieuse terre d’où proviendraient les dragons et qui serait à même de tous les protéger. Mais voilà que Krokmou rencontre l’âme sœur : une Furie Éclair, unique représentante de son genre, pointant le bout de son nez. C’est toute son amitié avec Harold qui est sens dessus-dessous et va être mise à rude épreuve car cette nouvelle venue est un appât du vicieux Grimmel, un tueur de dragons qui s’est juré de les rayer tous de la surface du globe. Dans l’affrontement qui s’annonce, chacun va devoir se battre pour celui (ou celle) qu’il chérit le plus…

© Dreamworks

Dans ce troisième opus, les personnages ont grandi, et leurs intérêts ont évolué. Harold a maintenant du poil au menton (saluons le travail des créateurs graphiques et leur souci du détail) et en pince pour Astrid. Mais comme tout homme galant, il ne sait pas comment lui avouer ses sentiments. Krokmou n’a d’yeux que pour sa nouvelle chérie, mais ne peut abandonner son vieil ami… Cette double romance pourrait vite devenir écœurante si le scénario ne remettait – in extremis – au centre des enjeux le thème principal qui avait fait la singularité et la puissance émotionnelle du premier film : l’amitié. Cette amitié défendue (du nom du morceau de John Powell lors de la première rencontre entre Krokmou et Harold) était devenue un véritable plaidoyer pour la tolérance, pour l’ouverture aux autres et à l’altérité. Mise à rude épreuve, cette amitié se termine pour un constat d’impossibilité. Dragons 3 : Le Monde caché (Dean DeBlois, 2019) admet l’échec du vivre-ensemble : (tous) les hommes ne sont pas prêts à cela, et les dragons doivent repartir dans leur monde. Harold grandit, l’imaginaire s’enfuit. L’adulte remplace l’enfant, et l’amour remplace l’amitié. Cette inéluctable évolution et cette sad-end (pour les enfants que nous sommes) sont des choix scénaristiques osés pour une franchise animée. On serait prêts à tirer notre chapeau devant cette révérence assumée et ce final quasi-parfait…

Las ! Le long-métrage nous gratifie d’un épilogue, des années plus tard, où les personnages ont grandi, se sont mariés, ont eu des enfants… et retrouvent le couple de dragons, le temps d’un nouveau vol ! Les créateurs se sabordent eux-mêmes, n’assumant pas de finir un film autrement que par de joyeuses retrouvailles. Les carcans hollywoodiens ont la peau dure, et il ne fallait pas que la possibilité d’un quatrième volet soit définitivement écartée. Que reste-t-il alors de Dragons 3 ? L’inspiration du réalisateur à la mise en scène et au découpage semble s’être tarie depuis la superbe séquence d’introduction du premier film : le simili-plan séquence introductif ne réjouira que trop peu les fans d’action, et le voyage vers le fameux « monde caché des dragons » ressemble à s’y méprendre à un épisode de Pirates des Caraïbes. Il y aura toujours la superbe musique de John Powell, qui renouvelle les thèmes de la franchise à grand renfort de chœurs notamment le temps d’une séquence onirique aux couleurs chatoyantes, celle de la découverte du monde caché. Une ivresse de couleurs et de mouvements, comme une suspension narrative au milieu d’un scénario balisé. En outre, un petit bijou dans un écrin imparfait.


A propos de Baptiste Salvan

Tombé de la Lune une nuit où elle était pleine, Baptiste ne désespère pas de retourner un jour dans son pays. En attendant, il se lance à corps perdu dans la production de films d'animation, avec son diplôme de la Fémis en poche. Nippophile invétéré, il n’adore pas moins "Les Enfants du Paradis", son film de chevet. Ses spécialités sont le cinéma d'animation et les films japonais.


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