Alien Crystal Palace


Actuellement distribué dans quelques salles parisiennes, Alien Crystal Palace est le nouveau long-métrage de l’autoproclamée muse du cinéaste Eric Rohmer et du philosophe Bernard Henri Levy (deux styles, deux ambiances). Son titre qui vend du rêve, sa bande-annonce perchée et son casting plus qu’intriguant nous ont forcés à se pencher sur ce film extraterrestre. 

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Extraterrestre

Il est des personnes qui vivent dans des mondes parallèles, où rien n’est trop excentrique, trop éthéré, ou tout simplement “trop”. Arielle Dombasle est de ces personnes-là. Découverte par Rohmer, elle n’a depuis eu de cesse de naviguer entre plusieurs métiers, de chanteuse de variétés à cantatrice lyrique, de mannequin à comédienne (avec une sacrée filmographie au compteur), Arielle Dombasle a depuis quelques années ajouté deux cordes de plus à son arc, celles de scénariste et réalisatrice. Alien Crystal Palace – le titre fut trouvé sur internet grâce à un générateur, ce qui annonce déjà la couleur – est son huitième film, et on se demande bien comment elle a pu en arriver jusqu’à ce chiffre. Alors, oui, vous me direz, on ne juge pas la qualité d’un.e réalisateur.rice avec un seul film, mais rassurez-vous, ce n’est pas le premier que je vois. On ne va pas s’attarder notamment sur son précédent Opium, ode arty ratée à Cocteau, dans lequel Arielle se met en scène dans le rôle d’une déesse et singe absolument tout l’univers de l’illustre Jean sans le comprendre. Un gros fracas qui fit saigner du nez les amoureux du poète dont je fais partie.

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Dans Alien Crystal Palace – une “tragédie musicale” selon la réalisatrice – donc, il est question d’une blogueuse mode reconvertie dans la musique, répondant au nom de Kristina Bazan (citée uniquement en fin de générique, je crois qu’elle a honte) qui est retrouvée morte par deux adolescents dans une chapelle. D’une milice de police en uniforme moulant et abdos apparents, de Jean-Pierre Léaud qui se demande ce qu’il fout là (et on se le demande aussi), d’extra-terrestres qui veulent réunir l’être androgyne dont la moitié se trouve comme par hasard être Arielle Dombasle. L’actrice et réalisatrice se kiffe beaucoup trop pour qu’on accepte de voir le film comme du second degré. Preuve en est, elle y incarne une réalisatrice super-star, Dolorès Sugar Rose alias Dolorès Rivers, descendante de la dernière reine d’Égypte (rien que ça) soit le come-back cinématographique du personnage qu’interprétait Arielle Dombasle au Crazy Horse. L’autre moitié, c’est Nicolas Kerr, Nicolas Atlande (lol), chanteur du groupe rock Poni Hoax, qui arrive à jouer mal un ivrogne lubrique en permanence alors que l’on sait que c’est un ivrogne lubrique en permanence… Dans Alien Crystal Palace il y a aussi Asia Argento, Christian Louboutin et des scènes de fesses lesbiennes d’une hétéro-centrisme sans égal. Que dire sinon des décors, convoquant tous les codes et symboles propres aux personnages, dont les clichés sont proches de l’obscénité pour peu qu’on ait un minimum de bon goût – le savant fou/gourou/extra-terrestre/je-sais-pas-quoi qui collectionne les fœtus d’animaux morts et les embryons sur son bureau parce que c’est ce que font les savants fous/gourous/extra-terrestres/je-sais-pas-quoi ; le rockeur has been qui vit dans une déchetterie avec un matelas au sol, et j’en passe et des meilleurs… De même, les costumes ne relèvent pas le niveau tant ils sont en carton-pâte. La réalisatrice semble en avoir conscience au point de s’amuser à le commenter lorsque son personnage réalise son propre film – quelle belle mise en abyme – en disant qu’avec une bonne lumière, ça se verra pas… alors que quand même Arielle, ça se voit ! Tout dans cette entreprise sent le souffre, telle la présence de Christan Louboutin obligeant surement tous les personnages à porter des chaussures à la semelle rouge – petite pensée pour les semelles totalement dégueulasses des chaussures de Nicolas Kerr, à elles seules une anti-pub pour la qualité des chaussures de luxe. Que dire maintenant des plans Getty Image/Shutterstock qui viennent combler les vides de la mise en scène et  la boursoufler : du sous-marin qui avance en surface aux plans hideux de pyramides au milieu du désert… une esthétique fourre-tout qui fait ressembler le machin à un film de bac de jeunes boutonneux ou à des vidéos complotistes de chaînes peu recommandables. Enfin, bien sûr, Arielle Dombasle ne peut pas s’empêcher de chanter – et si on adore son opus totalement décalé “Extraterrestre” produit et écrit par l’excellent Philippe Katerine (Président !) – on rechigne quand même à l’entendre prétendre chanter du lyrique.

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Mais pourtant, malgré ses défauts ahurissants, son esprit de sérieux et sa prétention non assumée j’ai envie d’aimer et de défendre cet extraterrestre de film. D’abord, parce qu’Arielle Dombasle semble aimer le cinéma de genre, revendiquant dans son dossier de presse «[…]Edgar Poe, les films d’horreur, de Dario Argento, les gialli, une sorte d’esthétique maniériste au service de l’angoisse, du sexe, de la peur et de la mort […] les films de zombies qui m’excitaient au plus haut point quand j’étais au lycée, j’aime la peur, l’angoisse, le sang, la violence, le déchaînement des passions. ». Mais en dehors d’une forme de corporatisme d’amateur des cinémas de genre(s) on peut quand même avouer que le film, malgré sa singularité, se classe assez aisément dans la catégorie prestigieuse des nanars de compétition. C’est peut-être le seul et unique argument qui permettrait de défendre Alien Crystal Palace, car dans le genre du nanar faussement assumé, il excelle et se place dans le haut du panier. Parce que, disons-le, ce qui fait la qualité première d’un nanar, c’est bien qu’il se prenne trop au sérieux. Pari pleinement réussi pour Dombasle et sa bande de riches copains, qui ont surement fait un film au lieu d’aller en vacances au Cap-Ferret comme la bande à Canet. En bref, si vous vous faîtes une soirée “plaisir coupable” entre amis et que vous avez épuisé votre stock de navets dénichés dans les rayons à 10cts du Cash concept du coin, ne cherchez plus, Alien Crystal Palace est tout ce dont vous avez besoin ! 


A propos de Angie Haÿne

Biberonnée aux Chair de Poule et à X-Files, Angie grandit avec une tendresse particulière pour les monstres, la faute à Jean Cocteau et sa bête, et développe en même temps une phobie envers les enfants démons. Elle tombe amoureuse d'Antoine Doinel en 1999 et cherche depuis un moyen d'entrer les films de Truffaut pour l'épouser. En attendant, elle joue la comédie avant d'ouvrir sa propre salle de cinéma. Ses spécialités sont les comédies musicales, la filmographie de Jean Cocteau, les sorcières et la motion-capture.

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