Preacher – Saison 1


Après avoir adapté avec succès le comic book de Robert Kirkman The Walking Dead, la chaîne câblée américaine AMC décide de continuer son exploration de la galaxie comics en s’attaquant à l’institution qu’est Preacher. Fais Pas Genre vous propose de réviser votre catéchisme à l’occasion de la sortie en Blu-Ray et DVD de la saison 1.

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Alors c’est un prêtre qui rentre dans un bar…

1995. Le monde découvre un nouveau titre provenant de l’éditeur américain Vertigo – la branche « adulte » de DC Comics – : PREACHER. Irrévérencieuse au possible, décalée à souhait et tranchante de par un humour noir et acerbe qui n’épargne personne, la série créée par Garth Ennis et Steve Dillon – qui nous a malheureusement quitté en octobre dernier – devient vite culte en narrant les aventures de Jesse Custer, un pasteur peu orthodoxe vivant dans une petite bourgade texane. En pleine crise de foi(e), son esprit va fusionner avec une entité divine du nom de Genesis et va lui conférer par la même occasion le pouvoir de se faire obéir par quiconque entendra sa voix – la « voix de Dieu ». Il décide alors de partir à la recherche de Dieu, accompagné par son ex-petite amie devenue tueuse à gages Tulip O ‘Hare et un vampire irlandais du nom de Cassidy. Sacrée histoire n’est-ce pas ?

preacher-1L’univers de Ennis et Dillon aura mis presque une décennie à être adapté. Un temps envisagé en film sous la houlette du réalisateur D.J. Caruso pour le compte de Sony, c’est finalement AMC – avec Sony qui édite les éditions Blu-Ray et DVD – qui s’attelle à la tâche en annonçant que Sam Catlin – qui a travaillé sur la série Breaking Bad – et le duo Seth Rogen/ Evan Goldberg travaille dessus. Non vous ne rêvez pas et il est inutile de relire cette dernière phrase : les réalisateurs de C’est La fin (2013) et L’Interview qui tue (2014) sont bien aux commandes de cette adaptation. Si leur style est difficilement rattachable à une série comme Preacher, force est de constater que les bougres ont réussi, dans un sens, un véritable tour de force avec cette série. Preacher parvient à distiller toute au long de cette première saison l’univers singulier du comic d’origine : frissons, humour grinçant, violence et émotions sont au rendez-vous et témoignent de l’amour des créateurs du show pour le matériau d’origine et leur connaissance approfondie de ce dernier. Offrant un certain équilibre entre les rapports parfois tragiques des personnages et un humour à faire pâlir les grenouilles de bénitier, la série parvient à conférer une véritable identité à la série qui se retrouve également dans son esthétique. On baigne dans une atmosphère visuelle solaire qui nous transpose littéralement dans un petit patelin texan. La violence est aussi une partie intégrante de cette saison : bien qu’elle se fasse ressentir tout du long, elle ne se révèle qu’en de rares occasions avec un fracas, donnant lieu à de véritables fulgurances en terme de mise en scène mais aussi en se plaçant parfois comme point d’orgue d’un épisode comme la scène de baston dans le bar que l’on peut voir dans le pilote ou une scène, plus tardive dans la série, impliquant Jesse et trois autres personnages à la nature pour le moins surprenante dans une chambre d’un motel miteux. Cependant tout n’est pas parfait au paradis.

3d-preacher_saison_1_steelbook_br-0Cette première saison de Preacher offre une luxueuse exposition pour sa galerie de personnages…Tout au long de la saison. Rogen et Goldberg s’attachent à créer une histoire pour presque chaque personnage sans pour autant bâtir de vrais arcs narratifs forts. Prenons l’exemple du personnage principal Jesse Custer ; un homme d’église qui cherche un sens à son existence et à sa foi. La première pierre posée dans la caractérisation du personnage dans le comic – et dont découle LA grosse révélation et point de départ de l’histoire – n’est réduit qu’à un simple cliffhanger de fin de saison – je ne ferai pas l’affront de révéler ledit cliffhanger, pour ne pas être excommunié. Ce qui définissait clairement le personnage devient un élément de surprise et Custer devient un personnage subissant le monde au lieu de l’affronter comme son avatar dans le comics. Le reste des personnages est relativement bien écrit et ils sont bien joués mais le tout rend cette saison pauvre dans sa construction scénaristique et en vient à frustrer presque religieusement le spectateur. Le Blu-Ray – ainsi que le DVD – offre, en plus des épisodes composant cette première saison, de nombreuses scènes coupées ainsi que deux modules sur la création de la série – couplés avec des images du tournages du pilote réalisé par Rogen et Goldberg – et de l’élaboration des scènes de combat. Tout cela participe à prolonger l’expérience de visionnage sans pour autant être source d’épiphanie. Preacher mitige de par son aspect formel mais aussi par son fond. Ni mauvaise ni passionnante, la série offre une saison introductive qui peine à convaincre pleinement malgré de bonnes intentions qui font office de vraie profession de foi de la part des géniteurs de cet objet télévisuel et leur grandes connaissances des « textes sacrés » de Ennis et Dilon avec une volonté de vraiment jouer avec et d’écrire leur propre évangile. Imparfaite donc mais pleine de promesses pour le futur, la série étant renouvelée pour une seconde saison. Les voix du Seigneur sont-elles vraiment impénétrables ? Réponse en 2017 avec cette plongée plus profonde dans cet univers où anges, entité divine, humains et vampires se croisent et se foutent sur la gueule.


A propos de Mathieu Pluquet

C'est après avoir découvert Le Voyage de Chihiro, Blade Runner et L'Exorciste que Mathieu se passionne pour le cinéma; depuis cette passion ne l'a pas quitté. Sinon il aime les comics, le café et est persuadé qu'un jour il volera dans le TARDIS et rencontrera le Docteur (et qu'il pourra lui piquer son tournevis sonique). Ses spécialités sont la filmographie de Guillermo Del Toro, les adaptations de comics et le cinéma de science-fiction.

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