Kick-Ass 2 2


L’ennui avec ces films populaires, c’est que tous les jeux de mots ont déjà été faits pour les en-têtes d’articles, et l’ennui avec ces en-têtes, c’est qu’il est difficile de maintenir le suspense quant au bilan de l’article. Merde alors, et moi qui avais une chouette accroche digne du Journal de Mickey genre “un film de super-héros super zéro”, il va falloir que je développe…

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 La corde qui casse

J’espère que vous vous rappelez de Kick-Ass, le premier de 2011, parce qu’il était vraiment chouette en plus de s’être fixé des objectifs narratifs intéressants. D’ailleurs, comme il reste encore quelques pelos qui ne l’ont toujours pas vu, j’aimerais resituer un peu le décor, et puis ça m’évitera de m’éparpiller tout au long de l’article avant d’aborder certains points importants. Kick-ass, c’est l’histoire d’un geek un peu looser (pléonasme) qui décide un jour de lutter contre la racaille avec un costume ridicule et deux batons de majorette. Rendu insensible à la douleur suite à une opération chirurgicale, il poursuit son entreprise et rencontre ou affronte d’autres super-héros improvisés du même acabit. Seulement, au milieu de ce défilé de minables en costumes ridiculement moulants, il y avait Bat Papa et Hit Girl. Ces deux-là portaient bien des déguisements ridicules, sauf qu’ils étaient armés et entraînés. Une alliance se crée entre ces membres d’un trio constitué donc d’un Nicolas Cage, d’un looser en terminale et d’une élève de 5ème. Comme les vrais super-héros, Kick-Ass se fait un ennemi juré, et c’est sa vengeance qui tissera le scénario de Kick-Ass 2. Vous voyez, on y vient, rasseyez-vous.

Kick-Ass 2 raconte donc comment l’ancien Red Myst devenu le Motherfucker se constitue une armée de punks à chien et de metalleux pour prendre le pouvoir et se venger de Kick-Ass, l’assassin de son père. Pendant ce temps, Wendy a juré à son tuteur qu’elle cesserait d’alimenter les fantasmes d’internet en combattant avec sa perruque violette et qu’elle adopterait une vie normale. De son côté, Kick-ass est un peu deg’ d’avoir perdu sa coéquipière et décide de continuer l’aventure non pas en solo mais en allant à la rencontre d’autres super héros (ça me fait mal de désigner tous ces loosers par ce titre que l’on attribue habituellement à ceux qui sauvent le monde et qui affrontent des complots nazis, mais que voulez-vous). Trois pitchs classiques, vus et revus dans les aventures de super héros, puisqu’abordant des thèmes ou évoquant des épreuves par lesquelles un porteur de collant doit passer pour accéder à la postérité et entrer dans la Légende. Rappelons au passage que Sangoku n’a jamais eu besoin de toutes ces conneries et qu’au Japon, on ne s’encombre pas de la ringardise des comics américains mais je divague. Vague.

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Seulement, Kick-Ass 2 n’est pas un film de super-héros. Du moins, ils n’ont rien de super, puisqu’ils n’ont pas de super-pouvoirs (au passage, Batman n’est donc pas un super-héros, c’est un justicier facho et homosexuel), et c’est ce qui m’avait plu dans Kick-Ass, on ne perdait pas de vue que les protagonistes étaient tous de gros minables déguisés (à l’exception de Nicolas Cage et de Hit Girl donc). Kick-Ass premier du nom réussissait pourtant à mettre en scène de faux-héros et à remplir des objectifs plus audacieux (mais à sa portée), ce sur quoi se vautrent 70% des films de vrais super-héros comme Thor, Hulk, Green Lantern et ce genre de lurons ridiculement virils jusqu’au slip. Kick-Ass 2 tire une croix sur tout ça. Comme je le signalais plus haut, les trois intrigues initiales ont été vues et revues dans des tas de films de super-héros et ne se retrouvent que pour aboutir sur une bataille finale dont le dénouement rend finalement vaine la première heure du film. En fait, ce qui est dommage, c’est que les situations n’ont été que vaguement adaptées au contexte de ces faux super-héros, et le fait qu’aucun d’entre eux ne soit supposé savoir se battre ou tenir une arme n’entre absolument pas en compte. En fait, on aurait pu tous les remplacer par des personnages sérieux avec de vrais pouvoirs que cela n’aurait rien changé.

Ce qui est assez dérangeant, c’est que le film aurait pu être une amusante leçon envers ceux qui veulent jouer aux super-héros ne croyant pas aux messages véhiculés par les vraies aventures de super-héros, comme le fameux “un grand pouvoir implique de grandes responsabilités”. A la place, on a l’impression de pénétrer dans une dimension onirique dans laquelle les wannabe du Comic-Con s’imaginent être capables de quelque chose. Mais si, imaginez un cosplayer qui avant de s’endormir contemple son costume minablement roulé en boule sur sa chaise de bureau en se fantasmant défendre la veuve et l’opprimé et enfin avoir la reconnaissance de ses contemporains. Eh bien Kick-Ass 2 c’est ça. Et ce n’est pas une bonne chose. Je vais faire vite sur le syndrome du dialogue qui prend le spectateur pour un imbécile qui sévit particulièrement au début du film, vous savez, quand des personnages expliquent à voix haute ce qui s’est passé six mois plus tôt pour être sûrs que le spectateur fasse le rapprochement. A côté de ça, Tintin qui pense à voix haute passerait pour un modèle de retenue et de bluff. Kick-Ass 2 est donc une catastrophe en termes de narration, voyons donc ce qu’il lui reste puisque après tout, Kick-Ass premier du nom plaisait grâce à certains détails, certaines répliques bien senties et des scènes d’action parfois bien branlées.

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Du côté gag et répliques, ça oscille entre les punchlines efficaces qu’on attend dans ce genre de films et les vannes minables sur Justin Bieber pour faire marrer les geeks et le public de 9gag dans la salle, en dehors de ça, c’est le calme plat du côté des zygomatiques. Si alors, ahaha qu’est-ce qu’on se poile, il y a une scène conçue comme un super gag qui a tourné au malaise en moins de temps qu’il n’a fallu pour l’oublier. Les débats sur l’humour, le fameux “on peut rire de tout et n’importe quoi” brandi par les débiles sans en connaître le sens original, on connaît et on ne reviendra pas dessus. Mais ce serait bien de signaler aux scénaristes et à un peu tout le monde que les blagues sur le viol, c’est rarement valable, et que NON, le motherfucker (qui a 17 ans) qui s’apprête à violer la copine de Kick-Ass mais qui se tripote à cause d’une panne, ce n’est pas marrant. Enfin si, ça a fait marrer plein de gens dans la salle, double malaise. Kick-Ass 2 est comme ça, quand il n’y a pas d’action, il fait de l’humour et on sombre dans le American Pie. “Lol il croit qu’il se branle” “oh putain des barres, elle chie dans le réfectoire”. Oui, je n’ai aucun scrupule à gâcher la surprise du film car il m’a gâché une bonne heure de ma soirée, bien qu’ils avaient essayé de m’acheter avec un porte-clé à l’entrée de la salle. J’ai tenu bon au nom du Journalisme Total.

Donc ouais, seulement une heure car je ne suis pas ingrat, Kick-Ass 2 a beau être salement médiocre, il reste divertissant. Certaines scènes d’actions sont bien chorégraphiées, on retrouve la BO cache-misère qui claque pour aider les combats à avoir un impact à l’écran, et puis oh, ça se regarde. Kick-Ass 1 réussissait plein de trucs. Pour une fois dans un film, un couple se formait (non, ça c’est le truc dont AUCUN film ne sait se passer) et la fille ne se faisait pas kidnapper par le méchant ou ne trahissait le héros. Pour une fois, les scénarii de films de héros étaient tournés en dérision grâce à des loosers en costume qui échouaient systématiquement. Pour une fois, certains interdits étaient levés quant au traitement des enfants. Kick-Ass 2 ne réussit rien de tout ça mais offre un film qui se bouge le cul avec une galerie de personnages sympathiques pour leur grande majorité. Kick-Ass 2 enfile lui aussi le costume d’un super-héros, sauf que cela lui réussit beaucoup moins bien qu’à ses protagonistes. Messieurs les scénaristes, ré-accordez votre scenar-o-tron car à force de toujours tirer sur les mêmes ficelles, il y en a toujours une qui casse. Messieurs dames, merci bonsoir.

PS : Oh, et on esquissera un sourire poli devant la présence de Jim Carrey en guest star, ne comptabilisant pas plus de temps de présence à l’écran que le générique de fin.


A propos de Nicolas Dewit

Maître Pokémon depuis 1999, Nicolas est aussi champion de France du "Comme ta mère" discipline qu'il a lui même inventé. Né le même jour que Jean Rollin, il espère être sa réincarnation. On sait désormais de source sure , qu'il est l'homme qui a inspiré le personnage du Dresseur "Pêcheur Miguel" dans Pokemon Rouge. Son penchant pour les jeux vidéoludiques en fait un peu notre spécialiste des adaptations cinématographiques de cet art du pauvre, tout comme des animés japonaises pré-Jacques Chirac, sans vraiment assumer.


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