Captain America : Le Soldat de l’Hiver 2


Depuis son rachat par Disney et le succès international d’Avengers, on pensait que l’écurie Marvel allait se réfugier dans un univers résolument fun, tourner vers l’auto-dérision, peut être davantage accessible au public enfantin ciblé généralement par Mickey et ses confrères. Que nenni, depuis trois films, Marvel semble broyer du noir (voir notre article) et privilégier la noirceur apocalyptique des intrigues. Ce Captain America : Le Soldat de l’Hiver s’inscrit parfaitement dans cette nouvelle tendance.

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Release the Kraken !

Le premier volet des aventures de Captain America n’était pas particulièrement réussi, parce qu’il n’arrivait jamais à choisir son camp entre la comédie d’action marinée dans la parodie et l’identité pop de son personnage, et le film de guerre sérieux et légèrement badass. On regrettait donc que Joe Johnston, l’homme aux manettes de ce premier volet, ne se soit pas d’avantage lâché, d’un côté ou de l’autre, pour donner une véritable identité à la première aventure de l’une des plus grandes icônes de la culture populaire américaine. La présence du Captain au sein de la joyeuse troupe des Avengers (Joss Whedon, 2009) était déjà plus habilement exploitée. Pour la première fois catapulté dans l’époque actuelle, cet homme, relique d’un passé sombre, était constamment confronté à ce vingt-et-unième siècle dont il ne comprenait pas Captain-America-The-Winter-Soldier-Chris-Evanstous les codes. Le personnage en devenait presque comique, jouant le ringard de base, sous les saillies de Tony Stark alias Iron Man. Beaucoup s’en étaient d’ailleurs émus. Comment le plus emblématique des super-héros Marvel, qui deviendra le leader naturel des Avengers et le chef du S.H.I.E.L.D. pouvait autant passer pour un bouffon ? Il advenait donc nécessaire de redorer le blason – ou, devrais-je dire, le bouclier – de Rogers en lui donnant une seconde aventure solo.

Confiée aux frères Russo – dont les plus grands faits d’armes sont des comédies bas de gamme et quelques réalisations d’épisodes de sitcom – le second volet de Captain America avait de quoi nous faire craindre le pire. Et pourtant, porté par un scénario en béton armé, regorgeant de très bonnes idées et de séquences d’anthologies, le film se positionne directement dans le top des meilleurs productions Marvel, et pourrait même prétendre au titre suprême. Le film démarre deux ans après les événements relatés dans Avengers. Steve Rogers, ancien petit fluet au sein de l’armée américaine pendant la seconde guerre mondiale transformé en soldat d’élite invincible, cryogénisé et réveillé à l’époque moderne, doit désormais s’adapter à un monde dont il ne connaît rien. Mais le mal qu’il affrontait plus de soixante années plus tôt est toujours présent, dans l’ombre. Le S.H.I.E.L.D. est corrompu, et Nick Fury mis en branle. Captain America et ses deux alliés, Sam Wilson – un ancien captain-america-the-winter-soldier-falconmilitaire qui occupe un poste administratif et aide les vétérans à se réintégrer et qui accessoirement deviendra le Faucon, devenant instantanément l’un des super-héros les plus cool de l’univers cinématographique Marvel – et la Veuve Noire, toujours interprétée par la sublime Scarlett Johansson qui s’évertue pendant deux heures à cambrer le dos pour faire ressortir de sa combinaison moulante sa poitrine d’un côté, et ses fesses rebondies de l’autre, à tel point que ce qui la rend super-héroïque, c’est de ne pas avoir de scoliose alors qu’une telle position devrait lui broyer les vertèbres, sont alors poursuivis par un super-vilain de poids, se faisant appeler « Le soldat de l’Hiver ». Les trois comparses devront faire le nécessaire pour sauver leur vie, mais aussi le S.H.I.E.L.D.

_1393970563Vous l’aurez surement compris, le scénario de ce second volet est un hommage assumé aux thrillers conspirationnistes et politiques des années 60 à 70, bien qu’ici, la menace n’est en rien soviétique. On y retrouve par ailleurs les codes du cinéma d’action des eighties ce qui donne un savoureux mélange entre Les Hommes du Président (Alan J. Pakula, 1976), Les Trois jours du Condor (Sydney Pollack, 1975) et Piège de Cristal (John McTiernan, 1988). Quelques séquences d’action, parfaitement exécutées, font partie des meilleurs scènes de la galaxie Marvel jusqu’alors : je pense à l’attaque et la course-poursuite contre la voiture blindée d’un Nick Fury tentant de se dépatouiller d’une tentative d’assassinat musclée. La présence au casting de Robert Redford fait partie d’ailleurs des quelques éléments servant d’hommage à ce cinéma de jadis, qui mêlait action et sujet politique, et que le cinéma hollywoodien actuel a quelque peu abandonné au profit de séquences apocalyptiques et destructrices – hantées par le spectre des attentats de New York – que les deux précédents Marvel : Iron Man 3 (Shane Black, 2013) et Thor, Le Monde des Ténèbres (Alan Taylor, 2013) convoquaient à foison. Même si l’intrigue de ce Captain America : Le Soldat de l’Hiver est l’une des plus sombres des deux phases de l’univers cinématographique de Marvel, il garde toutefois un brin de comédie : quelques séquences et répliques servant à détendre l’atmosphère. A ce titre, le nouveau super-héros introduit dans cette aventure, ce fameux Faucon interprété par le très bon Anthony Mackie, est la caution humoristique du film.

captain-america-the-winter-soldier-stills-feature-celebrity-castAlors certes, le méchant présenté par le titre n’est en fait qu’un second couteau – Marvel en fait sa spécialité, c’était déjà plus ou moins le cas dans Iron Man 3 – ce qui peut légèrement décevoir les fans qui espéraient un opposant légèrement plus charismatique pour le Captain. Mais l’idée de dévoiler progressivement une entité maléfique, conspirationniste, s’épandant sur le monde entier et au sein même de l’organisation chargée de protéger ce monde est d’une efficacité redoutable et donne au film, comme au combat de Rogers, une ampleur toute nouvelle au sein d’un film Marvel. Le final – on ne vous le dévoilera pas ici – conclut la première phase de l’univers et invite le spectateur à venir découvrir ce qu’il adviendra du S.H.I.E.L.D par la suite, et donc, ce qu’il adviendra de nos super-héros fétiches. Nul doute que les événements relatées dans ce Captain America : Le Soldat de l’Hiver auront des répercutions massives dans les aventures communes ou solitaires des différents Avengers. En plus de devenir le meilleur film Marvel jamais produit, Captain America : Le Soldat de l’Hiver pourrait aussi devenir une clé de voûte dans l’univers cinématographique de la franchise, et sa vision, devenir absolument obligatoire pour comprendre tous les films futurs.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.


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