R.I.P.D. Brigade Fantôme 2


Adapté d’un comic-book à succès de Peter M. Lenkov, R.I.P.D : Brigade Fantôme est l’un de ces blockbusters estivaux que l’on va voir un peu par défaut – faute d’une programmation potable et attrayante – et éventuellement aussi parce qu’il y’a Jeff Bridges dedans, et qu’il y joue un cow-boy.

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Men in Black

Dans R.I.P.D Brigade Fantôme, un tandem de flics très très spécial puisque morts, travaille pour une unité tout aussi spéciale : la R.I.P.D ou Rest in Peace Departement, où ils sont chargés de nettoyer la terre des mauvaises âmes qui n’ont pas voulu quitter notre monde. Dans ce tandem, on retrouve un vieux (Jeff Bridges) qui a beaucoup de mal à appliquer le protocole – et pour cause, c’est un ancien shérif de la période du Far West, et dans l’Ouest à l’époque, le protocole on se le flanquait bien profond… L’autre, bien sûr, est un jeune premier (Ryan Reynolds) agent modèle de la police de Boston, récemment décédé sur le terrain. Leur mission commune est d’appréhender les âmes dangereuses qui tentent d’échapper au Jugement Dernier en se dissimulant parmi les vivants. Mais comme dans tout film de ce genre, nos héros mettent le doigt sur un complot susceptible de mettre fin à notre monde. Ils n’ont plus le choix, il leur faut rétablir l’équilibre cosmique et empêcher que le tunnel qui mène vers l’au-delà ne s’inverse, ce qui permettrait l’avènement des morts.

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Dès la lecture du synopsis, le constat est effarant. « Mais bordel de merde, c’est quoi ce mix improbable entre Ghostbusters (Ivan Reitman, 1984) et Men in Black (Barry Sonnenfeld, 1997) !? ». Il est clair que le scénario de R.I.P.D Brigade Fantôme pourrait tout à fait être l’un des scénarios refusés de Men in Black 3 (Barry Sonnenfeld, 2012) dont les studios n’auraient pas vraiment voulu se séparer : « Rhôôô les gars, ça serait con quand même, c’est suffisamment pourri pour foutre les fans de MIB en colère, je suis d’accord avec vous, mais assez bon pour qu’ils aillent le voir quand même si on change vaguement l’histoire et les personnages ! ». Force est de constater que le film réemploie la même base scénaristique : un buddy movie de science-fiction, avec un duo de flics jeune/vieux combattant des créatures qui envahissent la terre en se faisant passer pour des humains. Si le scénario est un repompage absolument ridicule de la dernière comédie d’horreur familiale réussie de ces dernières années, R.I.P.D. n’arrive que rarement à attraper un rire, ni à saisir le spectateur d’effroi. La seule idée à peu près bonne du film, celle que les deux héros ont des “avatars” pour pouvoir infiltrer le monde des vivants (une bombasse pour Jeff Bridges et un vieux chinois pour Ryan Reynolds) est totalement sous-exploitée. Peu drôle, traînant incroyablement sur la longueur, s’évaporant dans des séquences de caractérisation des personnages particulièrement ratées, le film ressemble un peu à la copie de Ludovic, qui était avec moi en CE2, et qui parvenait à un exploit : copier sur son voisin pendant les contrôles mais avoir quand même tout faux.

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Avec un budget de plus de 130 millions de dollars, on imaginait qu’au moins, les effets visuels et la 3D seraient à la hauteur. Que nenni. Il s’agit sans nul doute de l’un des films les plus laids de l’année, visuellement parlant. Les créatures, qui devraient être terrifiantes de par le réalisme de leurs immondices et autres protubérances, n’ont d’immonde que leur modélisation 3D réalisée à la truelle, et la 3D, une nouvelle fois convertie, n’apporte rien de fort intéressant tant la mise en scène de Robert Schwentke – ayant déjà commis le très mauvais Flight Plan (2005) et le sympathique mais pas inoubliable Red (2010) – n’est absolument pas pensée pour la mettre en valeur. Reste à sauver, pour être gentil, la prestation ultra-caricaturale de Jeff Bridges, en constante roue-libre et auto-dérision dans son costume de Texan grincheux amoureux de son Stetson. A côté de cette bête, il est beaucoup plus difficile pour Ryan Reynolds d’exister dans son rôle de jeune premier à peine déboussolé par ce qui lui arrive. Il est effarant de constater que ce dernier se constitue, film après film, un statut indéboulonnable d’acteur le plus transparent de l’histoire du cinéma, la place ayant été laissée vacante depuis quelques années par Ben Affleck. Il aurait encore beaucoup de boulot pour espérer remplacer dans l’esprit du public, la gouaille comique du Will Smith… Tristesse et désespoir. Ce sont les seuls sentiments qui peuvent habiter le spectateur à la sortie de ce film bien morne, à peine divertissant, qui contribue à nouer toujours plus le dessein funeste de la comédie d’horreur familiale sur nos écrans (voir mon article sur la mort de la comédie d’horreur familiale), faute de réinvention et d’audace. On regrettera surtout que cette pâle copie de Men In Black, sans âme, un poil cheap, ne soit pas un énième mockbuster signé The Asylum, parce qu’au moins, on ne l’aurait pas vu au cinéma.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.


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2 commentaires sur “R.I.P.D. Brigade Fantôme