Les classiques du cinéma : Rio Bravo (Livre)


Akileos construit patiemment une collection British Film Institute : Les classiques du cinéma autour des films poids lourds de l’histoire du cinéma. De l’analyse oui, mais non sans humour et passion : nouvel exemple avec Rio Bravo de Robin Wood.

Western existentialiste ?

Rio Bravo (Howard Hawks, 1959), vous ne pouvez pas dire que vous n’en avez jamais entendu parler (si en fait, on peut toujours, mais c’est punchy d’entamer un article comme ça). Considéré comme un des meilleurs westerns de tous les temps voire ça et là comme un des meilleurs films de l’histoire du cinéma américain, même Quentin Tarantino nous en bourre le mou, ayant souvent répété le culte qu’il y vouait. Il est incontestable, pour quiconque s’intéresse au western ou au cinéma de manière générale, que Rio Bravo est une des œuvres phares de ce genre hollywoodien, or la question d’identifier précisément pourquoi, au-delà du ressenti du spectateur, même averti, se doit toujours d’être rappelée. C’est ce à quoi s’attèle le critique et professeur de cinéma britannique Robin Wood, dont l’essai d’analyse a été publié par Akileos dans leur collection BFI : Les classiques du cinéma.

Contrairement au bouquin sur Le Parrain que votre serviteur n’avait non pas moins dévoré, Wood ne livre pas un texte axé sur les coulisses de l’œuvre, sa réception, sa conception, son impact, mais bien à 90% sur une étude de l’œuvre en ce qui est vu et entendu à l’écran. Si un défaut se fait sentir, il réside peut-être justement dans le peu d’écarts que l’auteur se réserve, ou dirons-nous plutôt des extrapolations un peu trop auto-centrées. Dès les premières lignes, Robin Wood nous fait comprendre que sa sensibilité politique est « de gauche » et qu’il cherche, de son propre aveu, à voir en Rio Bravo, un film de gauche également, ou « plus à gauche que » (l’exemple du Train sifflera trois fois) se basant sur cet axe d’analyse pour la philosophie du film et de son tournage. Cette présente politisée, dans le contexte d’un réalisateur, Hawks, que Wood lui-même présente comme apolitique peut souligner un paradoxe et agacer, donnant l’impression d’une espèce de prosélytisme d’opinion plutôt que d’un travail d’analyste cinématographique réel. De la limite entre intérêt pour la subjectivité et débordement…Bien que sur le papier, l’analyse est intéressante et à considérer.

C’est heureusement le seul point noir d’un livre indispensable pour les westernophiles et les hawksophiles. L’auteur y trace les lignes thématiques, parfois scène par scène, s’arrêtant sur chacun des personnages et surtout, une des réussites du film, les rapports entre eux. Il ne s’interdit pas non plus de parler du sous-texte homosexuel, du racisme ordinaire éventuel, ou de comparer le film aux thèses existentialistes de Jean-Paul Sartre, au détour d’une trajectoire d’un protagoniste ou d’un dialogue, rapprochement étonnant encore une fois vue la personnalité de Hawks qui n’a pas pu avoir vent des théories sartriennes à l’époque où un livre tel que La nausée peinait à traverser l’Atlantique. Au-delà de l’aficionado, ce bouquin d’analyse est un must-have pour les cinéastes et les scénaristes en devenir (du moins ceux qui prendraient ce cinéma américain en exemple) tant les richesses de la mise en scène ET du scénario sont décortiquées avec précision (je répète pour le scénariste en herbe ce bouquin vaut toutes les méthodes du monde), et mettent en lumière le travail de cinéma que Rio Bravo a demandé à ses faiseurs, pour avoir la place qu’il a aujourd’hui.

 


A propos Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.

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