RKO Radio Pictures Naissance d’un Titan (Livre)


L’auteur Richard B. Jewell, fort d’archives et de nouveaux documents internes fraîchement redécouverts, propose dans RKO Pictures Naissance d’un Titan édité et traduit en France par Lobster Films, d’explorer les rouages du studio hollywoodien à travers le prisme de sa direction et de ses finances.

Le logo RKO Pictures pour notre critique du livre Naissance d'un titan.

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King Kong aux prises avec un ptérodactyle, dans le film produit par le célèbre studio RKO Pictures Naissance d'un titan.

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R, K, O. Ces initiales forment à elles seules, pour certains cinéphiles, une petite « hypotypose » – comme aurait dit votre professeur de Français – un mot qui, à lui seule, convoquerait une image vivace et un son : une grande tour de radio émettant des ondes à travers le globe. Malgré le déclin bien plus précoce de la RKO, qui entama sa chute et arrêta de produire des films dans les années 50, le nom et le studio parvinrent à garder comme une aura, une place à part dans l’âge d’or des studios hollywoodiens et dans la mémoire collective cinéphile. Certains films estampillés RKO sont aujourd’hui considérés, à juste titre, comme des pierres angulaires de l’Histoire du cinéma. Tels que L’impossible Monsieur Bébé (Howard Hawks, 1938) et le non moins culte Citizen Kane (Orson Welles, 1941). D’autres encore ont plus spécifiquement marqué les cinémas de genres. On pense ainsi instantanément au plus grand colosse du cinéma qu’est King Kong (Merian C. Cooper & Ernest B. Schoedsack, 1933), ou encore, à une myriade de westerns, de La Conquête de l’Ouest (Wesley Ruggles, 1931) à La Captive aux Yeux Clairs (Howard Hawks, 1952).

Beaucoup de longs-métrages estampillés RKO ainsi que les cinéastes affiliés à cette maison mériteraient d’être étudiés et analysés en détails. Cependant, Richard B. Jewell fait le choix de se concentrer plus amplement sur le contexte de production plutôt que sur les productions elles-mêmes. Repartant des archives de la RKO, des documents, des lettres et mémos exhumés, c’est avant tout par le prisme de l’entreprise en tant que telle, de ses dirigeants et de son management qu’est analysée l’histoire de la RKO dans cet ouvrage. Le travail de recherche documentaire et de mise en lumière des coulisses du studio permet ainsi de découvrir les origines de la création de la RKO mais aussi ce qui fera les germes de son déclin : des changements de directions très réguliers, des difficultés financières, notamment durant la Grande Dépression.

Couverture du livre RKO Pictures Naissance d'un Titan édité par Lobster Films.Bien que le travail de recherche semble considérable et exhaustif, ce choix de Jewell d’axer uniquement son ouvrage sur les instances dirigeantes et le contexte de production de la RKO peut paraître surprenant. Si le cadre de production, les contraintes budgétaires, l’instabilité de la direction, les conflits internes ayant cours dans la société tout au long de sa période d’activité peuvent être intéressants à mettre en perspective – notamment pour mieux comprendre les films produits et le contexte dans lequel ils ont vu le jour – il semble assez incongru d’analyser un grand studio hollywoodien uniquement par ce biais. Certes, le budget accordé à un King Kong ou à un Citizen Kane, son box-office, son contexte de production, l’état de la RKO et la stratégie choisie par ses dirigeants en 1933 sont potentiellement des informations intéressantes, mais elles sont difficilement une fin en soi, à moins de vouloir animer un cours de comptabilité ou de management. Rien ou presque n’est ainsi dit de la réception critique des films, de leur impact culturel, du changement dans le paysage cinématographique qu’ils ont pu enclencher.

En dépit d’un récit d’une minutie et d’une précision exemplaire, on peut ainsi déplorer que l’histoire de la RKO, de ses dirigeants et de ses contraintes de production ne soient pas assez articulés avec ce qui devrait être l’élément central : les films. Un budget élevé ou faible, un box-office positif ou décevant ne peuvent pas suffire à expliquer la réussite ou l’échec d’un studio et de ses films, ses qualités intrinsèques, ou sa postérité et son héritage. Naissance d’un Titan est un travail d’historien clair et complet sur une industrie, mais qui néglige un peu trop sa composante – son essence même – avant tout artistique.


A propos de Martin Courgeon

Un beau jour de projection de "The Room", après avoir reçu une petite cuillère en plastique de plein fouet, Martin eu l'illumination et se décida enfin à écrire sur sa plus grande passion, le cinéma. Il est fan absolu des films "coming of age movies" des années 80, notamment ceux de son saint patron John Hughes, du cinéma japonais, et de Scooby Doo, le Film. Il rêve d'une résidence secondaire à Twin Peaks ou à Hill Valley, c'est au choix.

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