Les Mitchell contre les machines


Premier long-métrage de Michael Rianda et Jeff Rowe, Les Mitchell contre les machines a bien malheureusement fui les salles de cinéma pour débarquer directement dans (pratiquement) tous les salons du monde via la plateforme Netflix, ce 30 avril 2021. Si on peut s’attrister de cette arrivée directement dans nos foyers, une chose est certaine : ce nouveau long-métrage issu des studios d’animation Sony veut vous emmener dans un voyage… Bien loin de votre canapé.

La voiture des Mitchell dans les airs, prête à s'écraser ; elle semble foncer droit vers nous, dans l'habitacle on voit les membres de la famille hurler ; scène du film Les Mitchell contre les machines.

                                    © Sony Animations / Netflix

Into the Mitchells Family

« Par les vrais humains derrière Spider-Man : Into the Spiderverse et La grande aventure Lego », telle est la seule mention de l’affiche, exception faite du titre du film d’animation. Il faut dire que ces « vrais humains » se sont fait un nom, ou plutôt deux d’ailleurs, toujours associés au studio Sony : Phil Lord et Chris Miller. Génies de Pixar mis à part, ces deux gus se sont affirmés comme les nouveaux rois de l’animation – et du live-action aussi, quand on ne les vire pas à quelques jours de la fin de tournage pour tout retourner, comme Disney l’a fait sur Solo : A Star Wars Story (Ron Howard, 2018). Les deux joyeux lurons se sont d’abord faits remarquer avec les deux premiers opus de Tempête de boulettes géantes (Phil Lord et Chris Miller, 2009 puis Cody Cameron et Kris Pearn, 2014), géniaux de drôlerie et d’inventivité, puis avec le chef-d’œuvre La grande aventure Lego (Phil Lord et Chris Miller, 2014). Leurs quelques excursions du côté des productions en prises de vue réelles ne sont pas en reste, tant les œuvres méta-hilarantes que sont 21 Jump Street (2012) et son sequel (2014) sont tout aussi remarquables que leurs pendants animés. Puis, à l’hiver 2018, c’est la consécration avec une production dont ils confient la réalisation à trois jeunes gens talentueux pour donner ce qui est sûrement le meilleur film adapté des aventures de l’homme-araignée depuis le Spider-Man 2 (2004) de Sam Raimi, le très inspiré Spider-Man : Into the Spiderverse – qui mêlait déjà plusieurs types d’animation et mettait en scène ces « marginaux » qui cherchaient désespérément une place dans le monde.

Quatre robots humanoides volent dans le ciel laissant des traces de fumée rosées puis l'un d'eux atterrit avec force ; scène du film Les Mitchell contre les machines.

                                     © Sony Animations / Netflix

Mais Les Michell contre les machines, ça raconte quoi ? Katie Mitchell est une future cinéaste prometteuse, s’essayant à son art par le prisme d’internet et produisant des courts-métrages avec ce qu’elle a sous la main. Grosso modo, du carton, du scotch, son chien Monchi, quelques skills en effets spéciaux et son petit frère, Aaron, féru de dinosaures. Seul problème : Katie est comme beaucoup de jeunes gens qui rêvent de mettre en image le feu d’artifice d’idées qui explosent à l’intérieur de leurs têtes… Très esseulée. Elle est en effet la seule à percevoir clairement son potentiel, et sa famille a bien du mal à comprendre véritablement qu’elle a un diamant d’inventivité qui scintille à l’intérieur de son foyer. Cette relation compliquée est cristallisée ici entre Katie et son père Rick, papa poule aussi génial que maladroit et qui va avoir du mal à accepter que sa fille parte étudier le cinéma dans une université en Californie, à des kilomètres et des kilomètres de sa famille. Pour se racheter auprès de sa fille, et afin de ressouder la famille avant le grand départ de son ainée, Rick Mitchell annule le billet d’avion de Katie et décide de l’emmener à sa pré-rentrée avec toute la famille, sous forme de road-tripVacation (Harold Ramis, 1983) style – mais une révolte de robots, censés être notre Siri 3.0 va quelque peu… Bousculer le voyage … Vous allez sûrement vous dire : « Mais elle est où l’originalité dans tout ça ? On a vu mille fois ces thématiques de daddy issues, de cinema therapy et de révoltes technologiques. ». Vous avez raison jeunes et moins jeunes lecteurs de Fais pas Genre ! Mais je vous rappelle que l’important n’est pas l’arrivée : c’est le voyage.

Plan d'ensemble sur la petite ville calme et verte du film Les Mitchell contre les machines.

                                © Sony Animations / Netflix

Tout d’abord, il est impressionnant de constater à quel point Les Mitchell contre les machines est un pur produit de son temps avec un esprit de liberté de ton, de changement radical entre deux blagues, tout en revendiquant une culture du meme et des internets. Indéniablement, on repense à tous ces dessins animés made in Cartoon Network ou Canal J et qui atterrissent aujourd’hui sur Adult Swin : Angela Anaconda, Le laboratoire de Dexter, Bob l’éponge, Gravity Falls, Final Space ou même Rick & Morty. Les deux réalisateurs viennent en puiser le meilleur pour le lier à la culture et aux outils cinématographiques et les faire coexister de manière homogène. A l’instar de Spider-Man : Into the Spiderverse (Peter Ramsey, Rodney Rothman, Bob Persichetti, 2018) qui mélangeait plusieurs techniques d’animations afin de matérialiser ses problématiques de multivers, Les Mitchell contre les machines nous démontre ainsi visuellement les tensions familiales. D’ailleurs, la bonne surprise c’est la place que chaque personnage arrive à prendre au sein de ce conflit père-fille. La mère, le petit frère, le chien et les deux acolytes qu’ils récupèreront en chemin apporte à chaque fois une nouvelle dynamique et leurs propres enjeux au récit devenant un vrai film familial, où l’intérêt ne se trouve pas essentiellement dans les relations conflictuelles des deux personnages principaux.

La jeune Katie Mitchell frappe une nuée de robots dans les airs à l'aide d'une arme technologique qui dégage un laser bleu ; scène du film d'animation Les Mitchell contre les machines.

                                     © Sony Animations / Netflix

À la mise en scène, il y a une idée à la seconde. Que ce soit au premier plan ou au fin fond de l’arrière plan, rien n’est laissé à l’abandon. On n’a qu’une envie, c’est d’y replonger tête la première pour apprécier encore davantage toute la densité de l’image, les quelques gags ou encore les jeux de surimpression et collage, ici et là, que l’on aurait ratés. Le mélange d’animation, de prises de vues réelles ou encore de véritables memes d’internet offre une dynamique nouvelle à l’image, donnant un aspect patchwork très plaisant. En réalité, c’est bien simple, Les Mitchell contre les machines possède un cœur gros comme ça, qui lui permet de faire mouche à chaque fois. Une bienveillance permanente émane du long-métrage d’animation, qui va jusqu’à aborder très simplement et avec justesse des thématiques LGBTQIA+. En aucun cas, l’orientation sexuelle de Katie n’est synonyme de conflit au sein de la famille, c’est un non-événement dans le sens où ce trait est juste là pour enrichir la personnalité du personnage. C’est fait dans un élan tout à fait normal, sans appuyer la chose mais tout en la rendant visible … Et ça, ça fait du bien. 

On l’a trop oublié ces derniers temps, mais à l’image de leur road-trip improvisé, le cinéma est une expérience de partage d’émotions. Le film a ceci de passionnant qu’il assume pleinement cette vocation à réunir les familles devant l’écran pour converger émotionnellement. Aussi, même si l’on regrettera amèrement de ne pas avoir pu apprécier un long-métrage d’une telle qualité sur grand écran, on appréciera que sa diffusion sur les plateformes permettent à des familles, parents et enfants réunis sur le même sofa, d’en apprécier communément le spectacle. Car de cette réalisation transpire une ode à l’esprit de famille – l’intrigue fait d’ailleurs réellement écho à la vie de l’un des réalisateurs, Michael Rianda – jusque dans son générique final, présentant les équipes artistiques et techniques via leurs photos de famille. La famille Mitchell est certes plus dysfonctionnelle que sa version Pixar, Les Indestructibles (Brad Bird, 2004), dont ils s’assument être une variation super-normale, super-loser mais surtout… Super-humaine. 


A propos de William Tessier

Si vous demandez à William ce qu'il préfère dans le cinéma, il ne saura répondre qu'avec une seule et simple réponse. Le cinéma qu'il aime est celui qu'il n'a pas encore vu, celui qui ne l'a pas encore touché, ému, fait rire. Le teen-movie est son éternel compagnon, le film de genre son nouvel ami. Et dans ses rêves les plus fous, il dine avec Gégé.

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