Final Fantasy, de ta console au cinéma


Final Fantasy, avec plus de trente ans d’existence, est une des séries vidéoludiques les plus emblématiques du jeu vidéo japonais. Repoussant régulièrement les limites graphiques, portant une attention extrême à la narration, il n’était pas étonnant que la franchise fasse quelques incursions dans le cinéma d’animation. Préparez vos chocobos, sortez vos plus belles materia, c’est l’heure de sortir Final Fantasy sur grand écran.

Vue sous-marine d'une femme qui pose le pied sur l'eau, un ciel étrange aux tons ocres et nuageux pour fond, scène du film Final Fantasy les créatures de l'esprit.

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La Cinématique Finale

Dans son état major, le héros de Final Fantasy XV Kingslaive, Nyx Ulric.

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En avril débarquait sur PS4 le très anticipé Final Fantasy VII Remake, revisite totale de l’opus le plus célèbre de la plus célèbre des sagas vidéoludiques. Comme chaque nouvelle sortie majeure dans la franchise, Final Fantasy VII Remake fut un événement considérable dans le monde du jeu vidéo. C’est d’autant plus un événement que le jeu Final Fantasy VII (ou FFVII) était déjà devenu à lui seul une licence cross-media. Après le cultissime jeu original de 1997, son éditeur Square Enix lançait en effet, une dizaine d’années plus tard, Compilation of Final Fantasy VII, projet regroupant sous une même bannière des jeux, des séries animées tirés de l’univers FFVII, et même un film. Final Fantasy VII : Advent Children (Tetsuya Nomura, 2007) est la deuxième incursion au cinéma de la franchise, après Final Fantasy, Les Créatures de l’Esprit (Hironobu Sakaguchi, 2001) et avant Kingsglaive : Final Fantasy XV (Takeshi Nozue, 2016). Ces œuvres s’inscrivent toutes différemment dans la saga. Advent Children est une suite directe au scénario original de FFVII, reprenant ses protagonistes quelques années après les événements qui clôturent le jeu, lorsqu’un mystérieux gang de motards tentent de faire revenir à la vie le légendaire antagoniste Sephiroth. Kingslaive n’est pas une suite, mais un prequel complément aux événements de FFXV, narrant la guerre entre royaumes ennemis dans le monde magique d’Eos. Ni prequel ni sequel, Final Fantasy, Les Créatures de l’Esprit avait pour ambition de développer des personnages, un univers et un scénario totalement inédits, en se situant sur une terre ravagée par de mystérieuses créatures fantomatiques dont le docteur Aki Ross essaye de percer les mystères afin de sauver l’humanité. Et si, après tant d’années, quasiment tous les opus Final Fantasy sortis depuis 1987 sont des hits vidéoludiques, il est difficile d’en dire autant lorsque l’on évoque ces 3 adaptations filmiques. Entre échecs commerciaux, prouesses techniques, accueils critiques mitigés et fanbase incertaines, Final Fantasy et cinéma, c’est une relation pour le moins chaotique.

Il y a peut-être un seul élément sur lequel à peu près tout le monde s’accorde lorsqu’il s’agit des trois films Final Fantasy, c’est leur beauté. Les Créatures de l’Esprit, avec ses presque vingt ans d’âge demeure un film d’animation extrêmement plaisant visuellement malgré quelques défauts (personnages un peu rigides, expressions faciales manquant parfois de réalisme, notamment les sourires). Il était lors de sa sortie le nec plus ultra de l’animation 3D, risquant même le pari d’une esthétique photo-réaliste et de prendre pour protagonistes des humains, à une époque où les plus grands studios américains d’animation ne s’y risquaient pas – c’est l’époque chez Pixar de Toy Story 2 (John Lasseter, Ash Brannon, Lee Unkrich, 1999) et Monstres et Cie (Pete Docter, David Silverman, Lee Unkrich, 2001), deux films mettant encore les humains au second plan, le studio étant conscient de ne pas avoir des outils suffisamment au point pour donner un rendu réaliste aux personnages humains. Quelques années plus tard Advent Children lui aussi est visuellement bluffant, d’autant plus qu’il apportait pour la première fois – avant de nouveaux jeux vidéo – l’univers désormais culte de FFVII à un nouveau niveau de graphismes, réinventant presque les designs originels des personnages et des lieux. Kingslaive, cette fois réalisé en performance capture apporte une dizaine d’années plus tard, encore une fois, une nouvelle prouesse visuelle. Si les choix esthétiques de ce dernier opus sont questionnables (une imagerie néo-médiévale/magique pas forcément très originale), la technique est éblouissante. En deux mots comme en cent : c’est beau. C’est au-delà de ce constat que les choses se compliquent.

Au premier plan à droite, une épée large et rouillée plantée dans le sol, au second plan à gauche, un chevalier blond s'approche, scène de Final Fantasy VII : Advent Children.

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L’épineuse question autour de ce triptyque Final Fantasy est surtout celle de l’adaptation. Ces incursions dans le cinéma sont-elles de bonnes adaptations ? Ou même de bons films ? La fidélité à la saga, c’est une des vives critiques faites par les fans devant Les Créatures de l’Esprit. Le long-métrage développe un univers totalement nouveau, et fait, à quelques clins d’œil près, très peu de références à la saga. Cela étant dit, chaque opus chiffré (les sorties « majeures » de la franchise) développe à chaque fois un nouvel univers et de nouveaux personnages. Pour Les Créatures de l’Esprit, c’est une veine orientée plus science-fiction qu’Heroic Fantasy qui est choisi, à l’image d’opus comme Final Fantasy VII ou Final Fantasy XIII par exemple. Finalement, le long métrage respecte relativement bien les codes de la saga en créant de toutes pièces un univers, et en y insérant quelques-uns des gimmicks communs à la saga (un des protagonistes se nomme Sid, nom récurrent dans beaucoup de Final Fantasy). On ne peut donc pas reprocher à cet opus de tomber dans l’écueil du fan service à outrance. Dans le même temps, il est difficile de lui trouver une grande originalité : les personnages sont pour beaucoup des archétypes assez connus (particulièrement l’antagoniste ultra-caricatural), la trame semble vue et revue. D’une inventivité et d’une ambition folles notamment sur le plan visuel, la narration n’en reste pas moins très classique.

Advent Children est un cas bien différent. Cette fois-ci, il est indéniable que le film se trouve au plus près du matériau d’origine. Son univers et son ambiance seront familiers à n’importe quel fan de FFVII. Et cette familiarité est clairement à double tranchant, car si les fans s’y retrouvent aisément, on met ici au défi n’importe quel profane de comprendre quoi que ce soit à l’heure quarante qui compose Advent Children. Cette fois-ci le fan service marche à plein régime, et on est très heureux de voir arriver un à un tous les personnages de la joyeuse bande du jeu original, à condition bien sûr de les connaitre préalablement. Difficile de dire si la moindre émotion peut poindre si les noms de Cloud Strife ou Aerith Gainsborough ne vous parlent pas. C’est une situation bien étrange qui se déploie alors : l’histoire est relativement simple pour les connaisseurs, indéchiffrable pour tous les autres, malgré les efforts d’une voix off au début du film. Voir Advent Children de manière autonome, c’est un peu comme se retrouver devant Twin Peaks : Fire Walk With Me (David Lynch, 1992) sans avoir vu la série : le puzzle a beau être charmant, il est strictement impossible de le résoudre. Enfin la question de l’adaptation se pose encore dans des termes différents pour Kingslaive, sorti simultanément au jeu vidéo. La réponse serait presque plus simple car le film reste assez cryptique pour tout le monde. Pensé comme un complément, montrant des événements restant hors champs dans le jeu et des personnages manquant cruellement de substance, lobjet fait l’effet d’une (très) belle cinématique d’introduction, mais difficilement d’un long-métrage à part entière. Il est en réalité assez complexe de jauger et comparer des œuvres aussi protéiformes, qui n’ont comme réel lien qu’un nom de franchise en commun et une certaine appétence pour la prouesse technique et visuelle. Un peu, finalement à l’image des jeux vidéo Final Fantasy eux-mêmes.


A propos de Martin Courgeon

Un beau jour de projection de "The Room", après avoir reçu une petite cuillère en plastique de plein fouet, Martin eu l'illumination et se décida enfin à écrire sur sa plus grande passion, le cinéma. Il est fan absolu des films "coming of age movies" des années 80, notamment ceux de son saint patron John Hughes, du cinéma japonais, et de Scooby Doo, le Film. Il rêve d'une résidence secondaire à Twin Peaks ou à Hill Valley, c'est au choix.

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