Years and Years


Lorsque l’un des créateurs de Doctor Who (Russell T. Davies, 2005-en production), rencontre l’univers et l’ambiance de Black Mirror (Charlie Brooker, 2011-en production), cela nous donne Years and Years, mini-série britannique diffusée sur la BBC et imaginant le futur d’un pays, à travers les liens d’une famille de Manchester. Une chose est certaine, le spectateur n’en ressort pas indemne.

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Brexit Mirror

Si, pour certains, la découverte de Black Mirror (Charlie Brooker, 2011-en production) était un choc à chaque nouvel épisode, rien ne vous prépare à celui de Years and Years. Durant six épisodes, la vie familiale des Lyons nous est narrée sur une quinzaine d’années. Ainsi, la série commence en 2019, de nos jours donc, nous présentant une famille de quatre frères et sœurs adultes, dont le père est absent et la mère récemment décédée, qui ont eux-mêmes des conjoints et des enfants pour certains. La matriarche, et éternelle figure de la famille, étant leur grand-mère siégeant à chaque repas familial. Ce sont ces personnages que nous allons regarder évoluer et grandir durant six épisodes, qui nous sembleront comme quinze années d’une vie. Au cœur de leur problèmes se trouveront l’infidélité, la crise d’adolescence de leur enfant, leur peine amoureuse et leur recherche de satisfaction personnel dans leur travail respectif. Des motivations normales, pour une famille normale, ressemblant à la nôtre, comme celle de nos voisins. Et c’est dans cet aspect que la mini-série trouve une résonance exceptionnelle : sa capacité à faire de ses personnages des archétypes de monsieur-tout-le-monde, rendant la suite encore plus déroutante. Car oui, en dehors des ressorts de la vie intime, ce sont également les changements géopolitiques, technologiques et environnementaux qui se retrouvent au cœur du processus d’écriture. Ainsi Years and Years ne se contente pas de retracer la vie d’une famille britannique par leur simple échange et relation, mais elle se sert de cette famille comme d’un miroir sur les changements et problématiques du monde entier. L’effet papillon, donc.

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Si les épisodes de Black Mirror nous serrent les tripes à chaque fois, la cruauté de Years and Years dans le processus de « retournage d’estomac » est encore plus sadique. Là où chaque épisode de la série de Charlie Brooker change de personnages, celle de Russell T. Davies prend son temps, et installe, par son scénario, un attachement inévitable à chaque membre de la famille Lyons. Et là où la comparaison avec Black Mirror est inévitable, c’est dans son traitement et sa vision du futur. Un futur où la technologie nous éloigne les uns des autres, où des systèmes s’effondrent et des révoltes naissent. Une nouvelle fois, si Black Mirror rendait ses intrigues lointaines, par rapport à notre présent, Years and Years s’octroie le luxe d’amener ses questionnement et peurs jusqu’à nous. Parfois même en anticipant, de quelques mois seulement, des faits bien réels comme l’arrivée au 10 Downing Street de Boris Johnson, personnage politique très proche de celui interprété par Emma Thompson dans la mini-série – qui réalise des merveilles dans le rôle, d’ailleurs. Tout ce que dénonce et essaye de prévenir Russel T. Davies est à nos portes et se trouve être d’ores et déjà des problèmes de société. Il n’en imagine que les conséquences, désastreuses certes, de la non-réaction de la classe politique et des peuples impliqués. Ainsi naissent des séquences à faire froid dans le dos, où des extraits de journaux télévisés s’enchainent créant une transition dans les années qui passent et nous informant sur les catastrophes d’échelles mondiales qui s’accumulent encore et encore. La composition musicale de Murray Gold, très effrayante par ces chants de chœurs d’enfants, ajoutent à ces moments une fatalité qui nous transpercent jusqu’à la fin de chaque épisode. Si la musique ne dure qu’un instant, le choc est plus perméable et prend son temps pour s’installer chez le spectateur, et sera réveillé à chaque nouvelle séquence de ce genre, revenant comme un fantôme viendrait vous hanter.

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Si l’attachement aux personnages principaux fonctionne si bien, onm le doit autant aux formidables qualités d’écriture qu’à l’interprétation des acteurs. En l’espace d’un épisode, chaque membre de la famille Lyons est caractérisé, sans devenir un banal archétype, et trouve une place particulière dans le traitement de chacune des thématiques de la série, que ce soit Stephen et les banques, Daniel et la crise des migrants, Edith et les révolutions humaines, ou encore Bethany et les nouvelles technologies. Même si chacun est affilié, plus ou moins, à un traitement particulier de notre société, cela n’empêche pas les histoires de chacun de se croiser et d’interagir. Le personnage de Vivienne Rook, politicienne interprétée par Emma Thompson et symbole du mal de ce monde, étant la propre création des actes de chacun – et se permettant d’exister que grâce aux consentements et agissements de tous. Si les six épisodes de Years and Years trouvent une fatalité et un sentiment d’impuissance à chaque avancée, son final est bien plus nuancé qu’on ne pourrait le croire. Russell T. Davies ne tire pas de conclusion défaitiste sur l’état actuel et futur de notre monde, mais démontre que si nous ne faisons rien, cela ne fera qu’empirer. Sans pour autant être utopiste, il nous rappelle également que derrière chaque bataille gagnée, il se cache une nouvelle bataille à mener. Le tout étant de ne jamais s’épuiser et de garder espoir… année après année.


A propos de William Tessier

Si vous demandez à William ce qu'il préfère dans le cinéma, il ne saura répondre qu'avec une seule et simple réponse. Le cinéma qu'il aime est celui qu'il n'a pas encore vu, celui qui ne l'a pas encore touché, ému, fait rire. Le teen-movie est son éternel compagnon, le film de genre son nouvel ami. Et dans ses rêves les plus fous, il dine avec Gégé.

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