Miracle Workers – Saison 1


Avec la série Miracle Workers, Simon Rich transforme Mr. Pink en Dieu et Harry Potter en ange asocial. Tous deux devront unir leur force pour sauver la Terre de la destruction. Le scénariste de Vice Versa (Pete Docter, 2015) revient avec une histoire dont lui seul possède le secret, où la drôlerie est au service de cas désespérés !

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L’élu de la comédie

Il y a deux ans, Man Seeking Woman (Simon Rich, 2015-2017) se terminait après trois années de bons et loyaux services au nom du burlesque, de la fantasy et du n’importe quoi. Digne héritière des séries comiques de la chaîne télévisée FX comme Wilfried (Jason Gann, Adam Zwar et Tony Rogers, 2011-2014) en son temps, il s’agit de l’adaptation du propre roman de Simon Rich, The Last Girlfriend on Earth : And Other Love Stories, où l’on suit Jay Baruchel dans ses tumultueuses et surprenantes recherches amoureuses. Cette année, l’auteur et showrunner revient avec Miracle Workers, nouvelle adaptation d’une de ses œuvres littéraires pour une mini-série en sept épisodes. Le postulat de base est assez simple : Dieu s’emmerde, il décide de détruire la Terre mais deux anges veulent laisser une chance de survie à la planète. Pour cela, ils doivent réaliser l’une des prières qu’ils reçoivent quotidiennement…Alors oui, dit comme cela, on s’imagine que la série est davantage une grosse marrade plutôt qu’un drame métaphysique sur la condition humaine. Quoi que…

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Comme The Good Place (Michael Schur, 2016-en production), Miracle Workers se questionne sur « l’après ». Plus généralement, lorsque nos vies ont été insignifiantes, problématiques voire désastreuses dans « la vraie vie », à quoi bon continuer de vivre dans « celle d’après », et surtout dans quel but ? Ce sont les réponses à ces questions que recherchent Craig et Eliza (interprétés respectivement par Daniel Radcliffe et Geraldine Viswanathan), et qu’ils pensent trouver dans leur mission de sauvetage de la Terre. En face d’eux, Steve Buscemi – le seul et l’unique, mesdames et messieurs ! – incarne un Dieu désabusé qui pense que la Terre a fait son temps et qu’il faut tout faire exploser pour créer un restaurant, aux normes peu conventionnelles…Et c’est là que se trouve toute la réussite scénaristique de la mini-série : avoir un méchant pas vraiment méchant mais aux pouvoirs impressionnants et à la personnalité terriblement pathétique. Steve Buscemi est pour beaucoup dans l’aboutissement ambivalent de ce personnage, qui aurait pu être un piège à lui seul et générer un aspect one-man-show inconvenant. Heureusement, l’acteur ne mange pas de ce pain-là, et interprète avec équilibre ce personnage loufoque. Néanmoins, si Miracle Workers se doit d’exister et d’être vu, c’est pour la simple et bonne raison que le show confirme la « théorie de l’élu qui fait marrer les gens après avoir sauvé le monde », déjà prouvée par Elijah Wood…Si, si.

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Depuis Harry Potter et les reliques de la mort – partie 2 (David Yates, 2011), Daniel Radcliffe se cherche. Tandis que Emma Watson enchaine les rôles et les propositions cinématographiques, celui qui interprétait l’élu s’essaye dans le style horrifique et les cinémas de genres. Si ces tentatives laissent pas mal de sceptiques au passage, Horns (Alexandre Aja, 2014) révèle chez le jeune britannique un talent comique qu’on ne lui soupçonnait pas (même si les vrais fans d’Harry Potter avaient déjà détecté ce talent dans le sixième opus avec une certaine potion de chance et une imitation d’araignée mémorable). Bref. Depuis le long-métrage d’Alexandre Aja, la comédie est une part importante de la filmographie du comédien de Et (beaucoup) plus si affinités (Michael Dowse, 2014) à Insaisissables 2 (Jon Chu, 2016), en passant par Swiss Army Man (Dan Kwan et Daniel Scheinert, 2016), c’est avec une destinée assez logique qu’il arrive dans l’univers de Simon Rich et de Miracle Workers. Et si la série est davantage une gourmandise qui se dévore en deux heures de temps qu’une vraie proposition de cinéma et de genre comme pouvait l’être Man Seeking Woman (Simon Rich 2015-2017), elle se doit d’exister pour cette formidable transformation finale et complète de Daniel Radcliffe dans la comédie, pure et dure.

Au-delà de ses atouts d’interprétation et de comédie, Miracle Workers c’est surtout une pure douceur. Dans un monde où les séries deviennent légions et où commencer une série implique peut-être, pour ne pas dire « sûrement », de la suivre durant plusieurs années afin d’avoir le fin mot de l’histoire, cette mini-série comique amènera un peu de fraicheur dans votre calendrier de sériephile. Alors oui, on n’est surement pas devant un objet réellement intéressant dans la forme et si vous cherchez des plans esthétiques travaillés, où le chef décorateur a bossé durant trois mois et a été à 23 000 kilomètres de chez lui pour s’imprégner des tendances locales d’une région, fuyez, ce n’est pas pour vous. Pour tous les autres, si vous acceptez le simple fait de regarder une série réalisée de manière assez factuelle, mais où l’énergie et la folie ont été placées dans les situations, les dialogues et l’incarnation des personnages : venez, c’est surement votre came. Miracle Workers est de ces séries simples mais bien faites, où qu’importe la finalité, aussi prévisible soit-elle, c’est le voyage humain qui est au centre du récit. Et ça, c’est beau…Amen ?


A propos de William Tessier

Si vous demandez à William ce qu'il préfère dans le cinéma, il ne saura répondre qu'avec une seule et simple réponse. Le cinéma qu'il aime est celui qu'il n'a pas encore vu, celui qui ne l'a pas encore touché, ému, fait rire. Le teen-movie est son éternel compagnon, le film de genre son nouvel ami. Et dans ses rêves les plus fous, il dine avec Gégé.

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