Sherlock – Saison 4 1


Comme à chaque fois, l’attente de la nouvelle saison de Sherlock fut insoutenable. Trois ans après une saison 3 en perte d’inspiration et d’authenticité, la série revient pour une quatrième saison qui vient tout juste de se terminer. Un article que l’on vous garantit avec plein de spoilers dedans : regardez donc cette nouvelle saison avant de plonger tête baissée dans ces quelques paragraphes.

Miss Me ?

Depuis sa première saison en 2010, Sherlock – série anglaise produite par la BBC – n’en finit pas de grossir son parterre de fans fidèles. Une performance qui relève un peu de l’exploit quand on sait que chaque saison est entrecoupée d’une interminable attente de plus de deux ans – trois ans, cette fois – et qu’elles sont toujours clôturées sur des cliffhangers tellement fous qu’ils laissent chaque fois en émoi les petits cœurs des midinettes complètement sherlockés (voir l’épisode Un Scandale à Buckingham – S02E01) et ceux des autres aussi. L’une des raisons de cette attente insoutenable, nous dis t-on, concerne principalement des impératifs de planning avec lesquels les deux stars du show – Benedict Cumberbatch incarnant Sherlock et Martin Freeman son fidèle Watson – tentent désespérément de se démener pour venir mettre en boîte les nouveaux épisodes. Qu’on se le dise, c’est peut-être principalement parce que l’attente est aussi longue que les scénarios sont au final toujours si bons et les retrouvailles si passionnées. La série nous avait laissés sur le carreau en 2014 avec la fin de sa saison 3 coupant net sur la révélation du retour de la némésis du héros : le terrible James Moriarty. Ce dernier coup de cymbale parvenait à relever un peu le goût d’une saison qui avait un peu tournée aigre, peinant à être au niveau de l’incroyable seconde saison (2012) et délaissant le principe même de la série – des épisodes d’une heure trente chacun réadaptant dans notre monde actuel les meilleures nouvelles et aventures écrites par Sir Arthur Conan Doyle – pour s’engluer bêtement dans des artifices de soap opera avec des révélations et trahisons familiales en veux-tu en voilà, et de films d’espionnages vus et revus à base d’agents secrets et de gang des pays de l’Est. Il aura fallu donc attendre trois ans – même si nous a été offert l’an dernier un admirable épisode spécial L’Effroyable Mariée qu’il convient de ne pas oublier en cas de revisionnage, puisqu’il entretien des liens concrets avec la quatrième saison – pour pouvoir à nouveau retrouver le plus taciturne et asocial, mais néanmoins brillant et attachant des héros du petit écran.

On attendait quand même sacrément au tournant cette nouvelle saison, d’abord parce que les probabilités qu’elle constitue la fin définitive de la série étaient assez grandes – rappelons que Benedict Cumberbatch s’est engouffré dans l’univers Marvel avec lequel il peine déjà à tenir ses engagements – mais aussi parce que la promesse du retour de James Moriarty nous permettait d’espérer un retour aux sources. A ce titre, le scénario du premier épisode de cette nouvelle saison, The Six Thatchers, est d’une malice déconcertante. Durant plus d’une heure dix, on sert les dents et on craint de devoir prononcer la phrase qui tue « Sherlock ? Moi, j’ai décroché… » tant le début de l’épisode est un condensé amplifié de tous les défauts de la saison précédente. L’histoire de Mary et John, tout jeunes parents, ralentit l’intrigue et s’éparpille toujours plus dans le drame familial avec un John qui s’amourache d’une jeune fille croisée dans un bus, tandis que le passé d’ex-agente secrète de Mary, que l’on croyait définitivement enterré, ressurgit à nouveau. Heureusement que l’enquête parallèle, intrigante, nous rappelle que l’on est bien entrain de regarder Sherlock… Et puis, vient enfin un final d’épisode qui termine le travail que la saison précédente n’a pas osé faire : les scénaristes remettent les choses à plat en faisant succomber Mary d’une balle dans le ventre. Un moindre mal quand on sait que le personnage pesait d’un tel poids sur l’intrigue, qu’il était un réel fardeau pour la série et ses personnages clés. Son sacrifice nécessaire fut donc la véritable bonne nouvelle de ce premier épisode laissant présager que la série allait pouvoir, enfin, repartir du bon pied.

La mort de Mary a beau nous laisser complètement indifférents, il n’en est pas de même pour les deux héros qui vont évidemment ressortir un peu chamboulés et marqués par les récents événements. Au début du second épisode, The Lying Detective, John essaie tant bien que mal de faire son deuil en enchaînant les séances de psychanalyse, tandis que Sherlock se morfond dans la culpabilité – Mary est mort en s’opposant à une balle qui lui était en réalité destinée – et dans les drogues dures. On comprend dès lors qu’en plus d’être nécessaire pour la survie de la série, la liquidation de Mary l’est tout autant pour que les deux personnages principaux puissent évoluer et enfin se retrouver. C’est d’ailleurs tout l’enjeu de ce second épisode dans lequel Sherlock met en place tout un plan, au péril de sa vie, pour sortir John de sa torpeur. L’idée, qui lui est soufflée par un message vidéo posthume de Mary, est un peu saugrenue mais toutefois assez exaltante. Notre détective adoré va littéralement se jeter dans la gueule du loup en dénonçant publiquement un certain Culverton Smith – incarné par l’excellent Toby Jones – qu’il pense, à raison, être un terrible tueur en série. En se confrontant de si près au visage de la mort, Sherlock tente donc de convaincre John Watson de reprendre du service à ses côtés, persuadé que ce dernier ne pourra pas laisser Sherlock risquer seul une mort certaine. L’épisode réjouit parce que, débarrassé de ces protubérances disgracieuses, la série retrouve ici ses enjeux initiaux, sa couleur, son énergie. Si le grand retour de Moriarty n’est alors encore qu’une vague promesse non tenue – Sherlock reste persuadé qu’il est bien mort dans le mémorable final de l’épisode La Chute du Reichenbach (S02E03) – Sherlock trouve en Culverton Smith un nouvel ennemi de choix, terrifiant stratège qui n’a absolument rien à envier au fade Magnussen, en grande partie responsable de la déception que constituait la saison 3. Ce nouveau chapitre relance la série et les personnages, ressoude les liens d’amitié et densifie les caractères. Martin Freeman creuse ici en Watson des territoires émotionnels qu’il n’avait pas encore conquis – son interprétation dans la scène de craquage est absolument bluffante – quand Cumberbatch déroule de son côté un jeu halluciné dans un épisode durant lequel son personnage oscille entre phase maniaque sous speed et descente dépressive. Et parce que décidément, pour cette nouvelle saison, les scénaristes semblent avoir décidé d’écrire non pas un mais trois cliffhanger de fou furieux – un par épisode, vous suivez ? – The Lying Detective s’achève sur un énième rebondissement : l’existence de la sœur cachée de Sherlock et Mycroft, revenue pour accomplir une énigmatique vengeance.

C’est donc tout naturellement dans son dernier épisode, intitulé The Final Problem, que cette saison 4 finit par pleinement emballer. On a beau espérer très fort que cet épisode ne constitue pas The Final  tout court de la série, on est bien forcé d’admettre qu’il en a tout l’air tant il résout à lui seul sept années de mystères. En faisant connaissance avec Eurus, la troisième Holmes, on ne s’attendait pas à rebattre les cartes de la série entière, à faire voler l’échiquier en l’air. L’apparition de ce nouveau personnage permet aux scénaristes Steven Moffat et Mark Gatiss – qui interprète aussi, brillamment, le personnage de Mycroft Holmes, j’en profite pour le rappeler au passage – de dévoiler que l’antagoniste initial du héros – je parle de Moriarty, si vous suivez pas faites donc une mise à jour de votre palais mental – n’est en réalité qu’un vulgaire pion manipulé par une vraie reine du plan diabolique. Enfermée contre son grè dans une prison-asile de haute sécurité du gouvernement britannique – elle ressemble en tous points à la prison d’Arkham ou à l’asile de Shutter Island (Martin Scorcese, 2010) – et ce depuis qu’elle est enfant, Eurus dispose de capacités de persuasion très spéciales qui lui permettent de manipuler assez aisément n’importe quel esprit humain. C’est en usant de ses pouvoirs qu’elle a mis au point, cinq années en arrière avec James Moriarty, un plan machiavélique censé mettre hors d’état de nuire Sherlock et Mycroft. Confronté à sa sœur qu’il avait oublié, Sherlock va devoir puiser dans ses traumas enfantins et dans le tréfonds de ses émotions refoulées pour contrer les pièges tendus par Eurus. Ainsi, la série prend son virage le plus brusque en faisant voler en éclats les caractéristiques jusqu’alors inébranlables du personnage : égocentrique, égoïste, insensible, indifférent, asocial, ingrat et même parfois cruel, le personnage campé par Benedict Cumberbatch est malmené durant une heure et demi jusqu’à ce que les barrières psychologiques qu’il s’est dressées telles une carapace volent littéralement en éclats et qu’il arbore de fait un visage plus sensible et humain.

La série atteint ainsi de tels sommets d’émotion et de tension qu’on serait presque tenté de ne pas en demander davantage. Maintenant qu’on a découvert que Moriarty n’était qu’un pantin et que le cas Eurus nous a été dévoilé, que faire d’une nouvelle saison de Sherlock sinon risquer à nouveau de s’engluer dans les maladresses et les tergiversions hors-sujets de la troisième saison ? Après cette nouvelle épreuve traversée, le détective ne sera plus jamais le même. Aussi, peut-être qu’il conviendrait de penser que si Sherlock n’est plus tout à fait Sherlock, c’est qu’il est temps désormais que la série s’achève dans un dernier élan avec cette quatrième saison. Disons-le, si celle-ci sonnait comme une véritable entreprise de rachat, elle s’impose aussi, n’ayons pas peur de le dire non plus, comme l’une des meilleures saisons qu’ait données la série.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.


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Commentaire sur “Sherlock – Saison 4

  • Dexter

    Mouef, pour se rejouir de cette saison 4, il faut commencer par oublier pas mal d’aberrations ( pour rester poli ) de ce dernier episode. Que ce soit Hooper ( la pauvre, que devient elle après cet appel ? ) , Sherlock ( est il toujours ce sociopathe ultra performant ou est il devenu un grand sentimental ? ), cette soit disant ” prison forteresse uuuuultra sécurisé façon Hannibal le très très méchant ” ( qui au moment ou l’intrigue explose semble plus sortir d’une parodie façon ” moi moche et mechant” ou ‘ y a t il un flic pour sauver le film ” ?), la ‘soeur ‘ des Holmes qui cumule tous les clichés possibles des ado torturées sauce US( ouiiiin, j’aime personne, je me lacère les poignets et puis je joue avec des allumettes et puis je tue des animaux en souriant de manière malsaine mais je dis rien pasque je souffre en profondeur …). Ce dernier épisode a du être sponsorisé par Disney tant sa bêtise et sa naiveté sont crasses et indigne des deux première saisons.Pour ce dernier épisode, Il fallait à tout prix caser ” une fille, jolie , incomprise mais qui au fond ne réclame que e l’amuuuuuuuuur” …ben non…c’est une série anglaise, donc si ce personnage est la psychopathe d’élite que le scénario essaie de nous vendre, c’est pas pour réclamer un bisou sur le front à la fin..elle devrait n’avoir aucune émotion jusqu’au bout. L’épisode deux pour sa part tente de faire echo aux récents scandales des stars de la BBC ( Jimmy Savile en tête) pour présenter un méchant qui se cache derrière la vitrine d’un mécène aimé de tous…mais une fois de plus, que de choses tarabiscotées sans aucun intérêt ( pourquoi a t il besoin de se confesser à ses proches pour leur effacer la mémoire par la suite ? si au final rien n’est utilisé dans l’intrigue…surtout pour découvrir que la soit disante ” cliente ” de Holmes se révèle au final totalement déconnectée de l’intrigue ( on ne sait pas comment elle se retrouve parachutée la dedans d’ailleurs…) et son seul intérêt est de constituer le lancement de l’épisode 3.