Transformers 4 : L’Âge de l’Extinction 2


Après trois épisodes ayant rapporté énormément d’argent, Hollywood compte bien profiter de sa petite poule aux œufs d’or, et demande à Michael Bay de replonger une nouvelle fois dans son bac à jouets et son stock de feux d’artifice pour réaliser le premier film américain made in China.

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Michael Bay de Goji

Il y a des mystères, des forces obscures qui vous amènent à faire des actions que vous ne contrôlez pas vraiment : comme aller au cinéma voir un film, qui, en théorie, a autant de chances de vous intéresser qu’un avion de Malaysia Airlines a de chances d’arriver à bon port ! J’ai remarqué qu’on se retrouve quand même beaucoup plus dans cette situation en période de vacances d’été. On a rien à faire, on regarde fébrilement le programme cinéma et puis on y va. Qu’est-ce que l’humain peut être faible parfois. C’est dans ces obscures circonstances que je me suis retrouvé dans une salle – quasiment vide – pour me lancer dans une épopée robotique de Transformers-4-Autobot-Carsdeux heures et quarante cinq interminables minutes, alors même que je n’avais jamais vu les trois épisodes précédents. Bon, d’accord, les robots dinos de la bande-annonce m’ont un peu motivé à y aller, je l’admets. Ils sont d’ailleurs en grande partie responsable du sentiment innommable qui m’a envahi à la sortie du film : quel étrange sensation que d’être déçu d’un film dont on attendait rien de plus que des robots dinos, qui au final, n’apparaissent que les dix dernières minutes du film. Ça, c’est dit.

L’histoire, pour la faire courte, arrive à être totalement inconsistante tout en ne tenant pas sur une feuille de papier toilette, ce qui est un paradoxe très étrange. Les intrigues et sous-intrigues s’enchaînent, enrobées dans les explosions et les transformations de robots en voitures tunées dignes des meilleurs modèles du salon de l’auto-tuning du Nord Pas de Calais. En vrac, on a ce personnage totalement bidon joué par Mark Wahlberg, bon père de famille – on y croit pas – inventeur de génie – on y croit… encore moins – qui ne veut pas que sa fille se fasse troncher par un pilote de rallye parce qu’elle est mineure, et achète pour trois balles un vieux camion pourri qui s’avère être Optimus Prime, le chef charismatique d’une armée de robots aliens qui peuvent se transformer en voiture avec des flammes et des jantes chromées. D’autre part, on a ce scientifique un peu dégénéré – amusant Stanley Tucci – chargé par la CIA de créer une armée de Transformers pour… anéantir les Transformers. Ah et puis, on a quelques pontes de la CIA, des mecs méchants avec des lunettes et des grosses voix, qui veulent tuer la fille de Mark Wahlberg et passent un pacte avec un super robot de l’espace qui lui aussi veut tuer tous les robots et réunir tous les chevaliers robots ou je sais plus trop quoi. Bref. Et vers la fin, y a des dinosaures robots.

T4-ultimate-sonic-rs-610x298Passé l’amusement, on est obligés de subir l’assommant spectacle pyrotechnique que Michael Bay met en place. La fameuse raillerie qui consiste à associer le bonhomme à l’équation 1 plan = 1 explosion est ici démentie, puisqu’en moyenne on atteint plutôt 7,6 explosions par plan, ce qui lui permet d’exploser le record de 3,6 détenu jusqu’alors par Roland Emmerich. Mais Bay n’aime pas seulement les explosions d’immeubles et les robots qui se fracassent le pare-brise à coup d’épées géantes, il kiffe aussi les courses de voitures, et les caméras embarquées aux endroits les plus improbables des véhicules. Pour s’en donner à cœur joie, il place dans son scénario de grand gamin un champion de rallye – le mec de la pouffiasse de fille de Mark Wahlberg – dont l’unique utilité scénaristique est d’effectuer des trajectoires toutes plus spectaculaires avec son véhicule emprunté à Sébastien Loeb.

Globalement, peu de rires accompagnent ce déluge d’action – il faut dire que peu de monde s’était risqué à l’aventure, nous n’étions sûrement que des âmes égarées, souhaitant trouver un coin frais autre part que dans leur salon – alors même que l’on sent bien que Michael Bay y prend un malin plaisir, et s’amuse comme un gosse avec ses petits joujoux. Dans cet exercice auto-parodique, certains acteurs s’en tirent un peu mieux, à l’image d’un Stanley Tucci dont la verve comique n’est plus à prouver, et qui fait office de cousin éloigné du scientifique collectionneur de Kaijus dans le Pacific Rim (2013) de Guillermo Del Toro. Parlons-en d’ailleurs, depuis la sortie du film assez décevant du visionnaire mexicain, les deux réalisateurs n’ont cessé de s’envoyer des petits pics amicaux pour savoir qui avait la plus grosse… armée de robots. Michael Bay a accusé son confrère d’avoir totalement pillé l’univers Transformers. Guillermo Del Toro s’en était vivement défendu, y allant même de quelques déclarations provocantes : « Mes combats à moi ne se déroulent pas dans en environnement bien éclairé et propre qui ressemble à Grimlock-Optimus-Prime-In-Transformers-4-Age-of-Extinction-Wallpaper-2880x1800une pub pour voiture. Ils se passent durant une tempête, avec une mer sauvage et déchaînée… ». Lorsque l’on tend un peu l’oreille et que l’on ouvre les yeux – fermer les deux étant relativement tentant –, l’on voit dans Transformers 4 : L’Âge de l’extinction plusieurs réponses de Michael Bay à son confrère et à son film de robots. Dans le film, Stanley Tucci recréé des Transformers un peu low-cost pour l’armée américaine, et l’un d’entre eux, présenté comme « quelque peu raté et difforme » possède un énorme trou dans le ventre comme celui que possèdent les Jaegers de Del Toro. Devant le robot, le scientifique fait grise mine et s’esclaffe : « Ce trou, ça n’a aucun sens, ça ne sert à rien, et c’est particulièrement laid ». Michael Bay va encore plus loin, en plaçant tout le dernier tiers de son film, une énorme séquence de bataille, à Hong Kong. Il revisite par la même occasion la bataille particulièrement spectaculaire du film de Del Toro, pastichant même l’utilisation des énormes bateaux comme arme de guerre. Revisionner le film une seconde fois permettra sûrement de voir d’autres allusions, mais il faut en avoir le courage, en tout cas, aucune de ces saillies scénaristiques ne réussit à être vraiment drôle et à échapper au doux sentiment de déjà-vu.

Pour le reste, on pourrait polémiquer dix paragraphes sur le fait que le film n’est qu’une succession immonde de placements de produits à tout-va, entre les marques américaines Red Bull, Oreo, Victoria’s Secret ou Bud, le pire reste la partie chinoise du film ou transformers-4-lâge-de-lextinction-critique-film-michael-bay-mark-wahlberg-la-critiqueriechaque plan est monnayé et sponsorisé : les stars asiatiques qui viennent faire coucou deux secondes, les marques de voitures chinoises qui s’immiscent au premier plan, les sites internet en tout genre qui viennent envahir l’image pour être immanquables, une marque de brique de lait chinois qui a même le droit à sa petite séquence humoristique avec un Tucci toujours au top… sans oublier que tous les ordinateurs du film sont des Lenovo, y compris aux Etats-Unis, alors que je ne suis même pas sûr que cette marque soit plus vendue que les ordinateurs Vtech des années 90. La séquence la plus what the fuck du film reste quand même le moment où Mark Wahlberg va retirer de l’argent en plein milieu du Texas, dans une banque chinoise… avec une carte de crédit chinoise – gros plan à l’appui ! Dès qu’on se renseigne un petit peu sur les méthodes de production du film, on comprend qu’il est en fait fabriqué pour le public asiatique, plus à même de rapporter des dollars car tout simplement plus nombreux. L’audace scénaristique de faire, dans un blockbuster américain, des services secrets américains les grands méchants du film est donc quelque peu dévalué, puisqu’il participe de cette même dynamique : faire un film chinois à Hollywood dans une volonté essentiellement commerciale.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.


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