The Call


Passé partiellement inaperçu, voir même largement inapprécié par la critique frigide, The Call est l’un de ces petits films venus de nulle part qui finalement révèle avoir de solides arguments pour surprendre son petit monde. Embarquez dans un haletant voyage dans le coffre d’une voiture, sur une autoroute couvrant plus de cinquante ans de cinéma d’horreur.

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Highway to Hell

Je ne vais pas vous le cacher, voir ce film en salle n’était pas pour moi une priorité. Pourtant bien informé par l’actualité des sorties, je n’avais à peine eu écho de la sortie de ce petit film, distribué dans assez peu de salles avec une couverture presse restreinte, et somme toute, assez mauvaise. C’est par curiosité, et bien aidé financièrement par ma carte de cinéma illimité que je me suis finalement retrouvé devant The Call. Se rendre dans une salle de cinéma sans savoir concrètement ce que l’on va voir laisse bien évidemment plus de place à la surprise : regard neutre, esprit vide de toute considération, aucune projection ou espoir placé dans une bande-annonce racoleuse laissant rêveur. Alors en découvrant ce petit thriller horrifique d’une efficacité décapante, surpris, oui, je l’ai été. Et pourtant, tout concordait pour en faire un navet. Produit par la filiale cinématographique de la WWE – la fédération de catch professionnelle des États-Unis – refusé par Joel Schumacher – quand on sait le nombre de mauvais films qu’il a accepté de faire, on peut allègrement se demander si celui-ci sera pire que tout – et finalement retombé entre les mains de Brad Anderson, surtout connu pour son plutôt bon The Machinist (2005), mais qui avait surtout commis l’incongru L’Empire des Ombres (2010) présenté à Gérardmer où il avait reçu peu d’éloges… Vous l’aurez compris, l’historique du film flaire à deux milles lieues le plan pourri. Mais l’ingéniosité et l’inventivité de son scénario – écrit par Richard d’Ovidio à qui l’on doit, là aussi, les très moyens scripts de 13 Fantômes (Steve Beck, 2002) et Hors Limites (Andrzej Bartkowiak, 2001) – donne à ce The Call une dimension toute autre.

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L’histoire ? Jordan Turner (Halle Berry) est opératrice au centre d’appel d’urgences de Los Angeles, le fameux 911. Chaque jour, elle prend les appels d’une centaine d’affaires sordides : agressions, suicidaires, meurtres, cambriolages… Cette fois, au bout du fil, c’est une adolescente (Abigail Breslin, oui oui, la petite bigleuse de Little Miss Sunshine) qui lui parle. Elle est dans un coffre de voiture, kidnappée par un détraqué, et pour la sauver, Jordan va devoir faire preuve de sang-froid et mettre ses traumas de côté. Une course contre la montre commence, et toutes les équipes de police de la ville volent à la rescousse de la jeune fille. La première originalité de ce scénario, c’est donc de mettre en lumière une profession jusqu’alors peu représentée au cinéma, à savoir les opérateurs des centres d’appels d’urgences, véritables poumons de la sécurité des villes. En charge des appels, ils sont les seuls à pouvoir contacter les équipes de police et les secours instantanément. La ruche : c’est ainsi que l’on surnomme cette énorme salle où les petites ouvrières, accrochées à leurs téléphones, prennent les appels de centaines de personnes en détresse. Le film met admirablement en lumière ce travail difficile, ce travail de l’ombre, nécessitant une maîtrise de soi hors du commun.

L’autre grande trouvaille du film réside davantage dans son habilité à tenir le spectateur en haleine. Le scénario est construit comme une course effrénée, une montagne russe à grands virages, dans laquelle les loopings et changements de direction se caractérisent par des passages successifs d’un sous genre à un autre. Si le film démarre comme un thriller d’immersion fort haletant, il tourne très vite au film de course-poursuite – prenant même des contours de film d’espionnage – avant d’entamer un virage nerveux vers le survival et le film de serial-killer maniaque. Alors qu’à ce stade, on croit tenir là l’identité finale du film, le scénario surprend à nouveau en emmenant son histoire jusqu’au torture-porn puis enfin, au revenge movie. C’est donc un peu comme si les cinquante dernières années du cinéma d’horreur étaient condensées dans un même film à l’intrigue fort bien ficelée.

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Du côté du casting, si Halle Berry fait le taf avec beaucoup de sincérité, on ne lui pardonnera pas sa coupe de cheveux absolument hideuse. Pour le reste, la jeune Abigail Breslin, ayant bien grandi, ne fait pas des prouesses dans son interprétation de la lolita en détresse mais parvient toutefois à créer une compassion immédiate du spectateur envers son personnage, enfermé dans le coffre de l’enfer. Elle livre là une performance semblable à celle de Ryan Reynolds dans Buried (Rodrigo Cortes, 2010). Enfin, Michael Eklung, un habitué du cinéma d’Uwe Boll, trouve sans nul doute ici son meilleur rôle en incarnant ce psychopathe bon chic bon genre, père de famille traumatisé par la disparition de sa sœur dont il était apparemment amoureux. Le spectre de Frank Zito, le dingue scalpeur de Maniac (William Lustig, 1980) – dont nous vous avions chroniqué le très bon remake (voir l’article) – n’est pas loin et le réalisateur n’hésite d’ailleurs pas à clairement citer sa référence dans plusieurs scènes directement inspiré de ce classique de l’horreur. Parce qu’il ravive certains plaisirs coupables, oscillant d’un sous-genre de l’horreur à un autre, The Call est un petit bonbon acidulé qui ravira autant les amateurs du cinéma de genre que ceux préférant les thrillers à suspense efficace.

Joris


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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