Tripper


Grand habitué du cinéma d’horreur pour lequel il a plusieurs fois mis à contribution sa sublime moustache, David Arquette réalise ici son premier long métrage en tant que réalisateur. Entre hommage aux classiques du slasher et farce potache politique, le film tire son charme de tous ses défauts ; chronique d’un film raté qui réussit le tour de force d’être bien quand même.

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Reagan Rules

Après avoir donné de son talent de comédien (sic) à des films cultes – la saga Scream – et moins cultes – qui garde un souvenir impérissable de Arac Attack à part Nicolas Dewit ? – la carrière de David Arquette ne se résumait plus qu’à l’attente désespérée d’une énième suite à l’un des succès de sa filmographie. Quelques apparitions çà et là n’ont pas suffi à l’asseoir comme un acteur que tous les réalisateurs s’arrachent. Forcé de constater qu’il allait vite grossir comme tous les chômeurs s’il ne se bougeait pas davantage, notre ami David s’est tout simplement dit qu’il ne serait pas mieux servi que par lui-même. Avec des potes, peu de thunes, et une femme un peu plus connue que lui – c’est Courtney Cox sa femme… au cas où tu ne lis pas le magazine One depuis tes onze ans… tu peux éventuellement être passé à côté de cette information capitale – il a mis en chantier son propre film d’horreur, espérant bien surfer sur le succès de la saga de Wes Craven, récemment relancée, on vous en a même parlé le temps d’un article.

The Tripper raconte l’histoire d’une bande de jeunes hippies qui se met en route pour un rassemblement du type Woodstock du pauvre dans les bois. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que quelques années plus tôt, un jeune môme un brin étrange, probablement bercé trop près du mur durant son enfance, a commis un massacre et voue désormais une haine sans nom à l’encontre des hippies. Entre deux scènes de défonce – dans tous les sens du terme, et dans tous les sens tout court – et deux scènes de hippies qui courent nus dans les bois après un lapin, le film s’amuse de son petit jeu de massacre, entrecoupant l’absurde rassemblement sous fond de LSD par des scènes d’attaques d’un psychopathe à la hache, portant un masque… de Ronald Reagan !

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Si le film traite avec dérision et sens de la parodie le rassemblement hippie, il prend une toute autre forme lorsqu’il s’agit d’aborder les motivations politiques de son ersatz de Leatherface. Le message politique anti-conservateur que David Arquette tente d’immiscer dans les tréfonds de son nanar de luxe sonne creux et produit un effet inversé. C’est justement cette incapacité à résulter d’un quelconque message politique derrière le grand-guignol qui donne au film le charme fou de ces nanars qui se prennent au sérieux. Peut-on d’ailleurs parler de nanar quand celui-ci se sait mauvais et se tourne en dérision ? Il n’y a pas pire qu’un mauvais film qui joue éperdument de sa merditude. Comme si, en cours de route, le réalisateur s’était dit : « Bon dieu de merde, ce qu’on fait c’est vraiment de la grosse daubasse… Mettons quelques clins-d’oeil aux spectateurs pour leur faire comprendre qu’on le fait exprès. Ça passera. C’est ce que fait Michael Haneke après tout… ». Bien au contraire, c’est quand le film se décomplexe totalement de cette barrière du ridicule que le charme opère. Il n’y a pas mieux qu’un mauvais film qui fonce tête baissée, droit dans le mur, suicidaire et sûr de lui. C’est exactement le cas du film de David Arquette qui fonce comme un taureau en furie dans son bourbier de sujet politique.

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Habillant même son générique de fin de la bande son d’un long discours anti-Reagan – plaidoyer écologiste sur fond de reggae – Arquette saisit à pleine main ses revendications militantes pour en faire de jolis pâtés bien difformes qui viennent garnir l’ensemble du film de protubérances disgracieuses, mais non dénués de charme. Dans sa maladresse, le film finit par capter cette magie propre aux « jolis petits films ratés », qui transforme le navet en un captivant thriller politique aux pourtours de slasher sanguinolent. Il s’agit bel et bien de ce genre de films qui transforment tout spectateur en une larve difforme étalée sur son fauteuil, bave au coin des lèvres, regardant à la télé la transposition cinématographique d’un Maxi Best Of Big Mac dans un McDo du 12ème arrondissement de Paris en période de forte affluence. Oui, c’est tout à fait ça. C’est mal cuit, ça coule de partout, en deux mots : franchement dégueulasse. Mais bordel de merde, qu’est-ce-qu’on en redemande.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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