Piranha 3DD 3


A peine sorti en DVD et Blu-Ray aux USA, la suite de Piranha 3D d’Alexandre Aja n’a toujours pas de date de sortie en France. Réalisée par l’inconnu John Gulager (qui a déjà trois films à son actif), Piranha 3DD – un jeu de mots, puisqu’en anglais, DD est un degré de mesure pour le tour de poitrine – arrive-t-il à se hisser au même niveau que le film précédent ?

We’re gonna need bigger boobs

Un an après les événements du lac Victoria, à savoir une attaque de piranhas préhistoriques, cette zone est devenue inhabitable, presque abandonnée. A quelques kilomètres de là, un parc d’attractions aquatique, le Big Wet, s’apprête à ouvrir. Chet, le co-propriétaire, n’emploie que des stripteaseuses-sauveteuses, ce qui n’est pas du tout du goût de l’autre propriétaire et belle-fille de Chet, la jeune Maddy. Alors que l’eau qui remplit les bassins du Big Wet est pompée directement dans un lac souterrain communiquant avec le lac Victoria, les piranhas trouvent un accès et envahissent le parc le jour de son ouverture, afin de se nourrir de chair fraîche…

Avec sa bande-annonce racoleuse à souhait et en jouant à fond la carte de la parodie et de l’absurde, Piranha 3D était l’agréable surprise cinéma de la fin de l’été 2010. Après deux premiers longs-métrages américains vraiment très moyens, Alexandre Aja surprend agréablement avec un film qui tient autant de l’horreur 70s que de la comédie, dans lequel les effets gores s’enchaînent sans temps mort. Le film – qui n’est pas un remake du film culte de Joe Dante – est un énorme succès aux USA et marche également très bien en France, et, comme pour tout bon film à succès, une suite est donc mise en place assez rapidement. Et comme pour tout bon film à succès, elle est nettement moins bonne que le premier.

Les ingrédients sont pourtant les mêmes: une fête, des filles aux gros seins, une jeune héroïne un peu coincée, un puceau qui veut sortir avec mais elle est déjà avec le beau gosse de la classe qui se révèle être un parfait connard, des piranhas affamés, beaucoup de sang, et Christopher Lloyd dans une parodie de Doc Brown. Seulement, comme dans toute mauvaise suite qui se respecte, on essaie de viser plus haut: des piranhas encore plus affamés, donc, des seins encore plus gros, et ainsi de suite. Alors, pourquoi est-ce que ça ne prend pas?

La réponse est simple: tout simplement parce qu’en voulant faire mieux que le premier opus, ce deuxième volet apparaît comme une pâle copie du film d’Aja, dont il reprend une grande majorité des morts et des effets, qui réutilise la vue des piranhas, et tant d’autres éléments encore, mais moins bien exploités – les SFX puent le numérique mal camouflé, et les effets gores bien moins drôles et réussis que ceux du duo Nicotero/Berger. Ce sont des personnages similaires à ceux du premier qui sont mis au premier plan, et ce sont bien évidemment les moins intéressants, malgré le fait qu’ils soient interprétés par des acteurs plus expérimentés que les jeunes du premier volet, notamment Katrina Bowden et Danielle Panabaker (vue dans The Ward de Carpenter l’année dernière). Du coup, on en est réduits à attendre les apparitions des quelques stars, qui tournent beaucoup leurs personnages en dérision. On notera avant tout Christopher Lloyd et SURTOUT David Hasselhoff, sur qui repose tout l’humour du film dès sa première apparition.

A vrai dire, la seule prestation de David Hasselhoff ne parvient pas à sauver le film. Et pourtant, c’est le seul élément positif des 82 minutes du long-métrage. Même le retour de Ving Rhames (que l’on croyait mort dans le premier film, c’est déjà limite) est ridicule: accompagné du caméraman débile qui a constamment une trace de crème blanche sur le nez – qui aurait mieux fait de mourir dans le premier film, lui aussi – et amputé des deux jambes, notre bon vieux Marsellus Wallace a désormais la phobie de l’eau, qu’il essaie d’affronter, tant bien que mal, avant l’attaque des piranhas. Il surjoue à l’extrême, et c’en est presque désolant. Le Hoff, quant à lui, donne constamment dans l’auto-parodie, un exercice auquel il se prête avec plaisir, et ça se ressent dans le produit fini. Les références à Alerte à Malibu pleuvent, et le voir ainsi jouer de son image constitue la seule occasion de rire de tout le film.

Gardons le meilleur pour la fin: les incohérences, un chapitre brièvement abordé plus haut, en évoquant la non-mort de Ving Rhames dans Piranha 3D. Parler de toutes les incohérences de ce film reviendrait à écrire un article entier là-dessus, mais il ne le mérite pas; c’est pourquoi je préfère m’attarder sur deux éléments particuliers: l’inexistante intelligence des personnages, et l’évolution des piranhas. Commençons, si vous le voulez bien – et de toute façon, vous n’avez pas le choix, c’est moi qui écris – par les personnages et leur taux d’intelligence équivalent à zéro. En effet, le film se déroule dans un parc aquatique, et qui dit parc aquatique dit toboggans, piscines, bassins, douches, et tout ce qui va avec. Si des piranhas attaquaient un endroit comme celui-ci, donc, il serait assez facile de sortir de l’eau. Plus facile, en tout cas, que de sortir d’un lac, comme dans le film précédent. Alors… POURQUOI EST-CE QUE CES CONNARDS RESTENT ENCORE DANS L’EAU 40 MINUTES APRES LE DEBUT DE L’ATTAQUE??? Ils sont dans des putains de pataugeoires, pas des piscines olympiques, non, DES-PA-TAU-GEOIRES, et ils ne sont même pas capables de sortir de l’eau… Bref. Concluons avec la seconde incohérence: les piranhas. Vous vous souvenez les dernières secondes du film d’Aja, où Doc appelait Jennifer pour lui dire que le lac Victoria avait été attaqué par des bébés piranhas? Dans le dernier plan, Adam Scott se faisait bouffer par un énorme piranha presque aussi gros qu’un humain. Si, comme moi, vous pensiez voir les piranhas adultes dans la suite, ce n’est plus la peine d’espérer, il n’en est rien. En fait, ce sont les mêmes que dans le premier – ce qui est impossible, puisqu’ils sont tous morts après l’explosion du bateau – et en plus, ils arrivent à se glisser n’importe où, y compris dans un robinet, ou encore… dans un vagin.

Il était évident que la suite de Piranha 3D n’allait pas être un chef-d’œuvre, pas aussi bonne que le film d’origine, mais force est de constater que dans ce cas précis, c’est raté sur toute la ligne! C’est dommage, car Aja avait su faire sérieusement un film qui ne se prenait pas au sérieux et qui assumait avec humour ses excès. Piranha 3DD arrive rarement à nous décrocher un sourire, et ce cruel manque de dérision fait qu’il ne vaut guère mieux qu’un banal DTV pour ados qui veulent voir du sang et des filles avec des seins énormes dans le même film.


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.


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