Dream House


Nouveau film du cinéaste irlandais Jim Sheridan, Dream House est un thriller flirtant avec le film d’horreur de bas étage. Avec une bande-annonce qui dévoile toute l’histoire et un scénario pauvre comme tout, ce huitième long-métrage pourrait bien être son plus mauvais.


8 + 10 + 10 = 28. Mais “8 + 10 + 10” = Atenton. Et ça c’est beau.

Décidément, le rêve américain ne réussit pas à Jim Sheridan. Après le catastrophique Réussir ou mourir, terrible ersatz surfant sur le succès de 8 Mile, et Brothers, drame familial plutôt moyen sur les conséquences morales du conflit afghan, le réalisateur irlandais remet le couvert avec Dream House, thriller (supposé être) horrifique. Il y a quelques mois, un court trailer laissait songeur: une histoire de maison hantée mélangée à une quête d’identité menée par un personnage schizophrène. Avec en prime, Daniel Craig, qui avait brillé cet été dans Cowboys et Envahisseurs, ici dans un rôle inédit. Et en réalité, il n’y a bien que Daniel Craig qui vaut le détour, dans une intéressante interprétation du schizophrène suspecté de meurtre.

Voici l’histoire en quelques mots: Will Atenton quitte son travail d’éditeur à New York pour vivre dans une petite maison de banlieue avec sa femme et ses deux filles. Ils vivent heureux dans la maison de leurs rêves, mais se sentent très vite épiés. Ils apprennent par leur voisine que l’ancien propriétaire avait tué sa famille avant d’être interné dans un asile. Will va donc mener l’enquête, afin de découvrir ce qui ne tourne pas rond dans sa maison…

Vous aurez facilement compris que le scénario, écrit par David Loucka (à mettre immédiatement sur liste noire), regorge de clichés, quand il ne s’agit pas de situations grotesques. Déménagement d’une grande ville à un patelin paumé, une jeune famille vivant sur le lieu d’un crime, l’esprit du protagoniste qui s’emmêle, jusqu’à ne plus savoir distinguer les vivants des morts… Tous les clichés les plus évidents du thriller surnaturel sont là, souvent empruntés à Stephen King, mais restant toujours largement en-dessous. On passera rapidement sur les quelques “originalités”, parmi lesquelles le groupe de jeunes gothiques qui viennent se recueillir dans la cave de la maison, et le nom Atenton, construit de toutes pièces par l’autre personnalité de Daniel Craig, en simplifiant l’écriture anglaise des chiffres 8 – 10 – 10, et qui relève de la vandammerie de bas-étage. Ca ne fait jamais peur, et ceux qui ont eu le malheur de voir la bande-annonce comprendront vite que la vraie chute du film tombe après 45 minutes, les 45 restantes n’étant que remplissage empreint de bons sentiments qui n’arrivent même pas à émouvoir, même pas un tout petit peu.

On peut reprocher à Naomi Watts et Rachel Weisz de ne pas y croire une seconde, à David Loucka d’avoir pondu un incroyable torchon, mais la palme de la déception revient à Jim Sheridan. Réalisateur talentueux, scénariste brillant, auteur de grands films tels que In America (2003) ou son plus célèbre Au nom du père (1993), il dégringole depuis plusieurs années (cf. premier paragraphe). Ici, il ne se contente pas juste de filmer, mais bel et bien de pomper sur ses confrères ayant réussi à percer dans le milieu de l’horreur. Les deux modèles évidents que Sheridan s’acharne à copier sont Les Autres et Shining, à tel point que le film finit par tourner à l’exercice de style raté, style Gus Van Sant (cf. Psycho).

Ultra-prévisible, ridicule et tournant à vide après sa première moitié, Dream House n’est même pas un nanar, non, il est bien trop affligeant pour ça. C’est juste un très mauvais film, sans aucun réel rebondissement. The Wicker Man version 2005 a ici un vaillant successeur.


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.

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