La Valse de l’Empereur


Unique « comédie musicale » d’un des grands maîtres américains de l’humour, La Valse de l’Empereur (Billy Wilder, 1948) est une aparté fantasque dans sa filmographie, une parenthèse récréative d’après-guerre aux couleurs chatoyantes et ton léger. Un petit plaisir sucré que nous offre Rimini Éditions avec sa sortie en Blu-Ray.

© Tous droits réservés

Wilder en mode mineur

© Tous droits réservés

Au tournant du XXème siècle, alors que l’empereur d’Autriche François-Joseph donne un bal dans son château, un mystérieux intrus se joint à la réception et va faire ses adieux à la comtesse Johanna Von Stulzenberg – ainsi sont introduits les personnages de Bing Crosby, chanteur et acteur vu dans La Mélodie du bonheur (Stuart Heisler, 1946), et Joan Fontaine, qu’on ne présente plus. Assistant à la scène depuis le balcon de la grande salle du palais, plusieurs femmes de la cour observent la scène et la commentent. Ainsi s’ouvre l’histoire en flash-back de Virgil Smith, commis voyageur américain venu vendre des phonographes à l’empereur, son chien Buttons à ses côtés. Il rencontre fortuitement la comtesse Johanna venue célébrer avec son père le choix de son caniche noir pour se reproduire avec le chien dudit empereur. Les deux canidés se battent et voici que Shéhérazade, la chienne de Johanna, fait une dépression nerveuse. Un vétérinaire et docteur en psychanalyse préconise une confrontation entre les deux chiens pour dissiper la peur de Shéhérazade. Johanna et Virgil vont donc être amenés à se revoir et, malgré leurs différences de classes et de culture, commenceront à s’aimer…

© Tous droits réservés

La romance mièvre se profile à l’horizon (et on n’y échappe pas) mais Billy Wilder a l’intelligence de pousser les curseurs au maximum dans tous les domaines : costumes précieux et sophistiqués, paysages et scènes tout aussi bucoliques que pittoresques, chants tyroliens à la limite du risible, couleurs saturées par un Technicolor trichrome encore mal fixé et vibrant (le film est la première incursion du réalisateur à la couleur, qui ne réutilisera à nouveau que six films plus tard avec Sept ans de réflexion en 1955)… Mais l’idée scénaristique la plus cocasse est celle d’utiliser les deux chiens comme intermédiaires des protagonistes : les animaux véhiculent de manière concrète et sans ambages les émotions et les pensées que leurs maîtres ne peuvent se permettre d’exprimer. À tel point que le vétérinaire impérial s’empresse de pratiquer, de manière absurde, hilarante et pourtant crédible (quel génie ce Wilder !), la psychanalyse freudienne naissante sur les seuls animaux !

Les dialogues font mouche, comme toujours chez le cinéaste, accompagné ici d’un de ses collaborateurs récurrents, Charles Brackett. C’est à eux qu’on doit les scénarios de Ninotchka (Ernst Lubitsch, 1939), Boule de feu (Howard Hawks, 1941) et bien sûr La Scandaleuse de Berlin (Billy Wilder, 1948). Chacun en prend pour son grade, de la rigidité désuète autrichienne au manque de savoir-vivre américain. Un doux mélange inoffensif, comme une parenthèse enchantée et innocente avant les oeuvres plus caustiques qui suivront : La Scandaleuse de Berlin déjà citée mais aussi Boulevard du crépuscule (1950) et Stalag 17 (1953). En somme, on se souviendra de cette « valse impériale » comme un intermède musical dans la vaste filmographie de Billy Wilder, un film mineur qui n’en est pas pour autant déplaisant.

La version Blu-Ray de Rimini propose un master de bonne qualité même si la copie ne semble pas récente. La vibration du Technicolor offre un rendu organique et nostalgique, tout comme les rares brûlures de cigarette ou rayures restantes. Une conversation d’une demie-heure entre les journalistes Mathieu Macheret et Frédéric Mercier, qui abordent les différentes caractéristiques et thématiques du film, complète cette belle édition.


A propos de Baptiste Salvan

Tombé de la Lune une nuit où elle était pleine, Baptiste ne désespère pas de retourner un jour dans son pays. En attendant, il se lance à corps perdu dans la production de films d'animation, avec son diplôme de la Fémis en poche. Nippophile invétéré, il n’adore pas moins "Les Enfants du Paradis", son film de chevet. Ses spécialités sont le cinéma d'animation et les films japonais.

Laisser un commentaire