Sur la Piste du Marsupilami


Huit années après RRRrrr !!! (Alain Chabat, 2004), petit succès public comptabilisant plus d’un million de spectateurs mais grosse déception pour la critique, et dix ans après la réussite totale que fut Astérix & Obélix – Mission Cléopâtre (2002), Alain Chabat revenait aux affaires, avec l’adaptation d’une autre bande-dessinée, Sur la piste du Marsupilami (2012) tiré de l’œuvre de Franquin.

Le Marsupilami dans le film Sur la piste du Marsupilami (critique)

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Humour Nul

L’amour que porte Alain Chabat au monde de la bande dessinée, des personnages hauts en couleur, et à un humour enfantin, souvent plus adulte qu’il n’y parait, n’est plus à prouver depuis le succès colossal aussi bien public que critique de son Astérix & Obélix – Mission Cléopâtre (2002). Il paraît alors difficile, voire suicidaire, de chercher à renouveler le succès d’une telle recette, surtout avec une bande dessinée bien moins connue de tous. Mais de l’œuvre originale de Franquin, Alain Chabat ne garde que le mythe autour du Marsupilami et la Palombie, le reste n’étant que nouveauté issue de l’imaginaire du scénariste. Ainsi, quand bien même vous avez dévoré les BD de Franquin encore et encore, Sur la piste du Marsupilami ne cessera de vous surprendre. C’est à la fois la grande qualité du long-métrage – proposer un scénario 100% Chabat dans un univers 100% Franquin – et à la fois son défaut le plus persistant, : n’être qu’un long enfilage de sketchs (très réussis au demeurant) trouvant une finalité exemplaire dans le numéro de chant et de danse du général Pochero (Lambert Wilson). Cette nouvelle réalisation est sûrement la plus « Nuls » offerte par l’ex-trublion de la chaîne cryptée. Là où Astérix & Obélix – Mission Cléopâtre était plus homogène, Sur la piste du Marsupilami ressemble énormément, dans le ton, aux longs-métrages des ZAZ, comme Y’a-t-il un pilote dans l’avion ? (Jim Abrahams, David Zucker et Jerry Zucker, 1980), et se permet des moments hors du temps et des clins d’œil complètement gratuits ! En réalité, Alain Chabat s’amuse comme un gosse le ferait dans une cour de récréation, et l’état est contagieux…. Houba, Houba !

Jamel Debbouze et Alain Chabat dans le film Sur la piste du Marsupilami (critique)

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L’une des autres grandes réussites de cette adaptation est dans la mise en scène du Marsupilami. La créature imaginaire, complètement animée en CGI, semble plus vraie que nature et possède un atout charme inégalable. La longue queue jaune à taches noires sera le premier élément visible de l’animal et apportera le dynamisme nécessaire au personnage, qui, avouons-le, se fait très (trop ?) discret… Alors en effet, la comédie familiale de Alain Chabat ne s’appelle pas « Le Marsupilami part à l’aventure », mais n’être que “sur la piste” du Marsupilami durant prêt de deux heures est quelque peu frustrant. Ce personnage iconique, et au centre de l’univers créé par Franquin, n’est ici qu’un élément scénaristique que tous les personnages poursuivent et recherchent, comme un simple trésor déshumanisé. C’est d’autant plus dommage que l’alchimie avec les personnages de Dan Geraldo et Pablito Camaron, respectivement interprétés par Alain Chabat et Jamel Debbouze, fonctionnement presque automatiquement. Et si les deux acteurs n’avaient pas énormément de scènes ensemble dans Astérix & Obélix – Mission Cléopâtre, la présence du marsupial aurait permis de casser et renouveler cette énergie que l’on semble connaître sur le bout des doigts. Alors oui, ne boudons pas notre plaisir, car avoir Alain Chabat et Jamel Debbouze qui se donnent la réplique dans une aventure familiale drôle et finement écrite, c’est trop rare pour commencer à faire les difficiles. Néanmoins, les ajouts de Géraldine Nakache, Fred Testot, ou encore Patrick Timsit, ne participent pas à créer une réelle fraîcheur… bien au contraire, d’ailleurs. Seul Lambert Wilson, impeccable à contre-emploi, marque les esprits durablement bien qu’il ne profite, comme le Marsupilami, que de trop peu de temps de présence à l’écran, lui qui pourtant ne demande qu’à être vivant…

Lambert Wilson, Jamel Debbouze et Alain Chabat dans le film Sur la piste du Marsupilami (critique)

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Derrière la drôlerie et l’aventure, Sur la piste du Marsupilami est également et surtout une jolie fable écologique, à l’image des œuvres originales. Le long-métrage ne déroge pas à la règle et offre une morale bienveillante, où les vannes ne sont jamais un coup d’épée dans l’eau mais servent toujours un propos plus important que le simple rire. Pour servir cet axe narratif, la direction artistique fait des miracles, où la richesse des couleurs donnent à chaque plan l’allure des cases de bande dessinée, tandis que les prises de vue en pleine nature offrent du réalisme pour nous faire croire à cette aventure. Il y a des choses que les fonds verts ne remplaceront jamais, Alain Chabat le sait et travaille son long-métrage comme un artisan le ferait. C’est sûrement ce qui nous fait pardonner chaque imperfection, chaque faux pas que peut faire Sur la piste du Marsupilami : l’amour d’un film fait avec les mains, dans des décors naturels et avec une équipe de talents hétéroclites dirigée par un chef d’orchestre qui connait chaque instrument sur le bout du doigt. En fin de compte, que l’on aime ou non, on se retrouve avec l’envie irrésistible d’y retourner, comme si le long-métrage avait finalement un goût de trop peu. Cela tombe bien, les œuvres de Alain Chabat nécessitent souvent plusieurs visionnages pour en découvrir toutes les facettes, tel un mille-feuilles de la blague. Pour les derniers du fond, qui ont du mal à déceler les références, le DVD propose un sous-titrage en palombien (ceci n’est pas une fantaisie de l’auteur de ces lignes, regardez vos DVD), ultime vanne d’un enfant capable de sous-titrer entièrement son film dans une langue complètement inventée. Sur la piste du Marsupilami est finalement la preuve que cet humour qu’on pensait qui n’existait plus, il n’existe ! Il s’appelle Alain Chabat.


A propos de William Tessier

Si vous demandez à William ce qu'il préfère dans le cinéma, il ne saura répondre qu'avec une seule et simple réponse. Le cinéma qu'il aime est celui qu'il n'a pas encore vu, celui qui ne l'a pas encore touché, ému, fait rire. Le teen-movie est son éternel compagnon, le film de genre son nouvel ami. Et dans ses rêves les plus fous, il dine avec Gégé.

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