Sierra


L’un des derniers longs-métrages de Alfred E. Green trouve une seconde vie grâce à une ressortie en haute définition dans la collection « Western de légende », éditée par Sidonis. En réalité, bien que sympathique, Sierra (1950) reste une production sous-budgétée et au scénario vain.

Audie Murphy et Wanda Hendrix dans le western Sierra (1950)

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Au nom du père

Audie Murphy et Wanda Hendrix dans le western Sierra (1950)

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Adapté du roman The Mountains are my kingdom de Stuart Hardy, Sierra n’est pas le premier long-métrage à narrer cette histoire. La vallée interdite (Wyndham Gittens, 1938) adaptait déjà l’œuvre littéraire, avec Noah Beery Jr. et Frances Robison dans les rôles principaux. Ici, c’est Alfred E. Green, réalisateur de polar et de western des années 1920 à 1950, qui met en scène cette nouvelle adaptation. Devant sa caméra, Audie Murphy et Wanda Hendrix, tout juste mariés, se donnent la réplique pour la première fois. Sierra reste un témoignage marquant de cette tumultueuse histoire d’amour puisque qu’ils se séparent avant la sortie du long-métrage en salles. Ceci n’est que la partie immergée d’un iceberg beaucoup plus gros, tant la production fût chaotique : des chevaux blessés et tués, des conditions météorologiques qui empêchèrent des scènes de se tourner – creusant davantage dans un budget déjà serré, tandis que Audie Murphy souffrait de troubles post-traumatiques et était incapable de sourire à cause du soleil qui avait créé des cloques sur ses lèvres. Si Sierra manque de rebondissements, l’histoire de sa création, elle, n’en manque pas.

Toute l’histoire du film tient sur un mouchoir : une femme découvre qu’un père et son fils vivent cachés dans la vallée, à cause des agissements de ce premier. Très vite, l’identité et la nature du crime, pour lequel tout le village l’accable, est révélé. C’est alors que le fils cherche à tout prix à redorer le nom de son père, avec l’aide de la femme qui se révèle être avocate. Plus proche de L’homme qui tua Liberty Valence (John Ford, 1962) que des Sept mercenaires (John Sturges, 1960), par son aspect bavard, ce western, oublié de tous, ne marque guère les esprits bien longtemps. En effet, si l’intrigue « policière » est cousue de fil blanc, l’innocence du père étant flagrante dès la simple mention dudit crime, le reste n’est qu’un enchaînement d’action sans queue ni tête, où le summum est atteint lorsque le personnage de Lonesome endort le shérif grâce au son de sa guitare. On a connu mieux comme séquence de western inoubliable où les colts tirent à tout va, et où la moralité du cavalier solitaire est mise à rude épreuve face à l’injustice que vivent les villageois. Avec Sierra, toute l’histoire ne démarre qu’à mi-parcours, après trente minutes de long-métrage. Le seul réel intérêt, s’il en est un, est un plan en prise de vues réelles d’un troupeau de chevaux sauvages descendant la colline. Lorsque l’on re-contextualise la séquence à l’époque, c’est assez impressionnant. Dommage que cela ne dure que l’espace d’un instant.

Jaquette du DVD de Sierra (1950) western édité chez Sidonis CalystaLa restauration est convenable bien que peu mémorable. Néanmoins, dans l’un des bonus proposés, où Patrick Brion présente le long-métrage, il mentionne une chose intéressante à propos de Audie Murphy. L’acteur est l’un des soldats américains les plus décorés de la Seconde Guerre Mondiale, il était apparemment très violent envers les Allemands qui ressemblaient à son père. Que l’histoire soit vraie ou non, légèrement romancée ou complètement véridique, cela donne énormément à réfléchir à propos de Sierra. Si la place du père était aussi compliquée dans la vie de l’acteur, cette volonté de vouloir sauver à tout prix ce père de fiction dans cette histoire est un miroir intéressant sur sa propre vie. De même, la relation privée qu’entretenait Audie Murphy et Wanda Hendrix est assez intrigante à analyser par le prisme de cette production. Au final, le réel apport de Sierra au genre du western, et au cinéma de manière plus générale, se trouve peut-être dans cette analyse qui dépasse le simple cadre de la fiction. Un film accessoire, qui permet surtout de mieux comprendre d’autres œuvres cinématographiques, sûrement plus importantes que lui, une clé de compréhension méta sur une industrie en pleine essor. Ah ! Et il y a Tony Curtis, crédité Anthony Curtis d’ailleurs, qui apparaît pour l’une de ses premières fois au cinéma. Autre anecdote, pour un film qui collectionne ses « petites histoires de légendes » sans jamais s’imposer comme un réel “Western de Légende”.


A propos de William Tessier

Si vous demandez à William ce qu'il préfère dans le cinéma, il ne saura répondre qu'avec une seule et simple réponse. Le cinéma qu'il aime est celui qu'il n'a pas encore vu, celui qui ne l'a pas encore touché, ému, fait rire. Le teen-movie est son éternel compagnon, le film de genre son nouvel ami. Et dans ses rêves les plus fous, il dine avec Gégé.

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